Bataille autour de la vente de médicaments en grande surface

Les pharmaciens s'opposent fermement à la vente de médicaments déremboursés dans l'enceinte des grandes surfaces réclamée par Michel-Edouard Leclerc.

Autour du médicament, au moins un consensus: il ne s'agit pas un produit comme les autres. Comme le rappelle l'Ordre national des pharmaciens (ONP), en premier lieu, il ne doit pas nuire. L'efficacité doit en être prouvée, la fabrication garantie. Sans oublier la traçabilité, depuis l'achat des matières premières jusque l'identification du patient. La distribution quant à elle est réservée aux officines. Ce à quoi s'oppose Michel-Edouard Leclerc. Retour sur une bataille qui fait rage depuis quelques années.

La campagne de Michel Edouard Leclerc

Michel Edouard Leclerc, fils d'un épicier de Landerneau devenu roi de la grande distribution en France, se bat depuis la fin des années 90 pour conquérir un nouveau terrain: le secteur de l'automédication. L'entrepreneur souhaite pouvoir mettre en vente dans les parapharmacies de son enseigne les médicaments courants à prescription médicale facultative non remboursés (PMF-NR) par la Sécurité Sociale, aujourd'hui disponibles en libre-service dans les officines.

Actuellement, seules les pharmacies sont autorisées à dispenser - terme préféré à "distribuer" dans la législation - les médicaments, remboursés ou non. Un monopole en défaveur du malade selon Michel Edouard Leclerc, convaincu que la mise en vente, dans les parapharmacies des hypermarchés, des antitussifs, antalgiques courants et autres veinotoniques permettrait d'en faire baisser les prix.

La campagne lancée en 2008 par Michel Edouard Leclerc - surnommé MEL - diffusée sur TF1 et M6 malgré un avis négatif du bureau de vérification de la publicité, expose la situation ainsi:"Les médicaments sont remboursés ou ne le sont pas. Les médicaments non remboursés sont de plus en plus chers. Leclerc demande que ses pharmaciens puissent vendre ces médicaments non remboursés à des prix Leclerc."

La réponse des pharmaciens à Michel Edouard Leclerc

Des propos auxquels ont peu goûté les pharmaciens...Un différend qui se solde par une plainte déposée par trois groupes pharmaceutiques contre cette "campagne déloyale dénigrant les pharmaciens sous le faux prétexte de défense de l'intérêt général du consommateur" selon le Point . D'abord interdite par le Tribunal de Grande Instance de Colmar, la campagne publicitaire est finalement autorisée à nouveau en cour d'appel en mars 2010.

Au départ, le principal motif invoqué par les pharmaciens est celui de la protection du patients. Isabelle Adenot , présidente du Conseil National de l'Ordre des Pharmaciens indique ainsi que "la pharmacie n'est pas un commerce comme les autres et que le médicament, bien de santé, n'est pas un produit comme les autres". Et rappelle que les salariés d'une pharmacie n'ont pas d'intéressement financier sur les produits dispensés en officines.

En outre, les parapharmacies des grandes surfaces ne pourraient avoir accès au dossier pharmaceutique, consultable par cinq millions d'officinaux, et qui permet d'améliorer le conseil des pharmaciens quant aux substances administrées Et éviter interactions médicamenteuses et contre-indications. Mais force est de constater que l'automédication, de plus en plus pratiquée en France, conforte Michel Edouard Leclerc dans son combat contre les pharmaciens. Qui ont alors décidé d'attaquer la grande surface sur un autre point.

Des prix moins chers en grande surface?

UDGPO, Univers Pharmacie et Direct Labo, les trois groupes qui avaient porté plainte contre la campagne de Leclerc n'ont pas renoncé et attaque le géant de la grande distribution sur... ses prix. Ainsi, une étude réalisée sous contrôle d'huissier révèle que dans cinq régions différentes, sur les 25 produits les plus vendus en parapharmacie (eau nettoyante de Mustela ou dentifrice Elmex), les parapharmacies des grandes surfaces affichent des prix supérieurs de 3,52% à 18,32% à ceux pratiqués en officine.

Des résultats - sur lesquels les deux camps ne cessent de s'affronter - exposés sur le site semoquerdumonde.com , pastiche du célèbre sesoigner-moinscher.com , vitrine Internet de la campagne lancée par le numéro 1 de la distribution en France. Ainsi, sur le site construit à l'initiative d'Univers Pharmacie et de son président Daniel Büchinger peut-on voir Michel-Edouard Leclerc transformé pour l'occasion en Pinocchio...

Des sorties médiatiques dont beaucoup doutent qu'elles n'ont pour seul objectif la protection du malade... La volonté des pouvoirs publics de réduire le déficit de la Sécurité Sociale et l'augmentation de l'automédication accroissent le volume de médicaments déremboursés vendus et donc les bénéfices engrangés grâce aux traitements PMF-NR. Personne, du côté de la grande distribution comme des officines, ne souhaite passer à côté de ce juteux marché.

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