Ces agriculteurs empoisonnés par les pesticides

Des exploitants agricoles atteints de troubles neurologiques ou de cancers, suite à l'utilisation massive de pesticides, s'organisent pour se faire entendre

Les avancées scientifiques de l'entre-deux-guerres, notamment en matière de chimie, ont abouti à la mise à disposition d'un éventail considérable de pesticides, qu'ils soient destinés à la lutte contre les insectes, les champignons ou les mauvaises herbes. L'utilisation massive des produits phytosanitaires a permis l'augmentation de la productivité, au cours de ce qui a été appelé la "Révolution verte". Mais à quel prix?

La santé des agriculteurs fragilisée par l’exposition aux pesticides

Cancers de la vessie , de la prostate, lymphomes ou encore pathologies neurologiques à l'instar de la maladie de Parkinson constituent autant de maux qui touchent particulièrement les agriculteurs. Une étude menée par le Centre d'Immunologie de Marseille Luminy et dont les résultats ont été publiés en février 2010 rapporte ainsi que les exploitants agricoles présentent 100 à 1000 fois plus de cellules sanguines anormales que la population moyenne...

En cause? Les produits phytosanitaires en tout genre. Herbicides, insecticides ou encore fongicides, destinés à améliorer les rendements agricoles, sont massivement utilisés depuis la Révolution verte des années 1960-70, période faste de l'agriculture intensive. Si nul n'ignore aujourd'hui les conséquences que peuvent avoir les produits chimiques sur la santé humaine, les agriculteurs exposés depuis plus de trente ans à des mélanges toxiques sont aujourd'hui désemparés.

Face aux pathologies qui les touchent, les agriculteurs, mais aussi les viticulteurs, les pépiniéristes ou encore les jardiniers-paysagistes, n'obtiennent que peu de réponses. La Mutualité sociale agricole (MSA) a bien créé, en 1991, un réseau baptisé Phyt'Attitude destiné à recueillir les cas d’intoxications aigües des exploitants agricoles et à les sensibiliser aux dangers inhérents aux pesticides. Mais peu de données sont disponibles sur l’exposition à long terme à des substances chimiques et sur ses répercussions sur la santé.

(Ré)agir: la création de l’association Phyto-victimes

Paul François a bien malgré lui subi toute la toxicité des produits dont il pouvait faire usage dans le cadre de son activité. Céréalier, ce Charentais a, par accident en avril 2004, respiré des vapeurs du monochlorobenzène contenu dans le Lasso, herbicide du géant Monsanto. Le malaise qui s’ensuit le conduit à l’hôpital. Malgré le repos, l’agriculteur ne se remet pas totalement d’aplomb.

En proie à des vertiges, sujet au bégaiement et victime d’absences, Paul François doit attendre mai 2005 et de violents maux de têtes pour que les médecins détectent l’origine de ses douleurs et l’intoxication par le produit chimique. L’agriculteur, qui a depuis repris son activité, souffre encore aujourd’hui de troubles cérébraux et rénaux.

Après la reconnaissance de sa maladie professionnelle, Paul François lance une offensive contre Monsanto dont le toxique Lasso a été interdit en 2007 en France… soit 15 ans après son retrait du marché anglais et plus de dix ans après son interdiction aux Etats-Unis. Le producteur céréalier n’hésite pas, dans les colonnes de l’Express le 23 Avril 2010, à comparer les dangers des pesticides à ceux de l’amiante.

Une expérience douloureuse qui l’a mené à créer à Ruffec, le 19 mars 2011, l’association Phyto-victimes pour regrouper les professionnels qui souffrent aujourd’hui des suites de l’exposition aux biocides en tout genre. Pour faire entendre leurs voix et éclater la vérité car "même si les produits sont homologué, ils [les membres de l’association] ont l’impression qu’on ne leur a pas dit toute la vérité sur [la] toxicité [des pesticides] ."

Des pathologies multiples

Un combat d’autant plus ardu que les maladies dont sont victimes aujourd’hui les exploitants agricoles revêtent des visages multiples. Les pathologies – cancers de divers organes et troubles neurologiques – peuvent se définir comme multifactorielles et sont soumises aux conditions environnementales. De quoi compliquer la caractérisation des symptômes comme maladie professionnelle.

Une démarche qui en plus nécessite un parcours du combattant juridique, difficile dans le cas de personnes affaiblies par la maladie et souvent touchées par les difficultés financières courantes dans le secteur agricole. Sans compter le tabou autour de l’utilisation massive, des années durant, des pesticides en tout genre. Paul François préfère toutefois préciser sa démarche dans la La Charente Libre: "On n’est pas là pour dire qu’il faut interdire les pesticides et passer au tout bio."

Plutôt que de prôner le retrait total de telles substances – qui poserait en outre "un problème d’approvisionnement en France", le président de l’association Phyto Victimes préfère évoquer, dans l’Express , une diminution de leur usage: "Si les exploitations baissaient de 30 à 40% l’utilisation de produits phytosanitaires – nous sommes l’exemple vivant que ça fonctionne –, ce serait déjà un grand pas."

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