Citations assassines et disputes entre écrivains de renom

Les grands auteurs maîtrisent pour le moins le sens de la formule. Et usent de leur talent, parfois de leurs poings, pour étriller leurs confrères...
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Existent-ils encore aujourd’hui de grands écrivains capables de se livrer à de vifs échanges, diatribes et bons mots compris ? Non, selon Libération , qui à l’occasion des journées d’étude sur les querelles d’écrivains organisées par la revue Contextes en juin 2010, déplore l’apathie des auteurs actuels… Les bagarres – verbales ou physiques, auxquelles se sont livrés les écrivains par le passé pimentent un peu le morne présent. Florilège.

Des compliments qui n’en sont pas vraiment

Ernest Hemingway a demandé, en toute amitié, son opinion à Francis Scott Fitzgerald sur Le Soleil se lève aussi . Réponse de Fitzgerald : "A partir […] de la page 30, le roman commence à me plaire mais Ernest, je ne saurais vous dire le sentiment de déception que m’a fait éprouver ce début avec sa gouaille éléphantesque". Au moins, cette correspondance privée ( Lettres à Zelda , Gallimard) ne soumettait elle pas Hemingway à l’humiliation publique…

Balzac, dans un article paru en 1840 dans la Revue Parisienne décrit d’abord La Chartreuse de Parme de Stendhal comme "le chef-d’œuvre de la littérature à idées". Et écrit par la suite: "Le côté faible de cette oeuvre est le style, en tant qu’arrangement de mots, car la pensée, éminemment française, soutient la phrase. Les fautes que commet M. Beyle sont purement grammaticales: il est négligé, incorrect à la manière des écrivains du XVIIe siècle". Difficile à avaler pour un romancier

Norman Mailer manie le ton aigre-doux pour à la fois attaquer et congratuler Truman Capote, avec qui il se livrait un combat sans répit sur la littérature: "Truman Capote est aussi acerbe qu’une vieille fille de soixante ans, mais à sa façon c’est un petit mec qui a des couilles… et l’écrivain le plus parfait de ma génération : il écrit les meilleures phrases, où chaque terme, chaque rythme est soigneusement pesé."

Le spécialiste de l’attaque frontale: Louis-Ferdinand Céline

Céline, peu mesuré et rarement avare de critiques acides sur ses comparses écrivains, a gratifié Jean-Paul Sartre, à l’occasion de leurs virulents échanges, de plusieurs piques assassines. Surnommé "l’agité du bocal" par Céline, le philosophe est décrit comme "un polichinelle à parchemins tout exultant de se voir d’un seul coup, par miracle de l’Epuration, si grand homme!". Les œuvres de ses confrères ne trouvaient pas plus grâce à ses yeux.

Ainsi, "Mlle Sagan ne peut pas perdre son temps à conduire des voitures et bien tenir un stylo". A propos de Blaise Cendrars, Céline écrit "Essaye depuis trente ans que je le connais de faire un roman. Il n’y arrivera jamais". Un regard acerbe porté aussi sur les grands auteurs du passé. Ainsi, « Marcel Aymé réussit mieux les contes que Maupassant" et "Balzac n’avait pas de style" ( Lire , Hors Série n°7). Rien de moins.

Quand les mots ne suffisent plus… Même les Prix Nobel se bagarrent!

En 1976, le péruvien Mario Vargas Llosa décoche en public un coup de poing au colombien Gabriel Garcia Marquez. Les deux écrivains sud-américains, depuis tout deux récompensés par le Prix Nobel de Littérature (1982 pour Garcia Marquez, 2010 pour Vargas Llosa), rompent alors leur vieille amitié. La raison de cet accrochage? Personne ne le sait vraiment.

Certains évoquent leurs divergences politiques, Vargas Llosa, transfuge du parti communiste devenu libéral n’aurait pas supporté les critiques acerbes de Garcia Marquez, castriste... D’autres parlent, selon le Point , de manière beaucoup plus pragmatique, d’une tierce personne, objet de la brouille: la femme de Vargas Llosa… Réconciliés depuis 2007, les deux hommes au sang chaud sont la preuve que les écrivains ne se battent pas que pour l'amour de l'art…

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