Combattre l'illettrisme en entreprise, un gain pour tous

Travailler quand français et calcul sont mal maîtrisés est un parcours semé d'embûches et une source de malaise chez le salarié, qui peut être formé.

Rédiger une liste de courses, retirer de l'argent au distributeur, déchiffrer les panneaux indicateurs constituent tant d'actions quotidiennes qui semblent évidentes...lorsque la lecture, l'écriture ou le calcul sont maîtrisés. Or 3,1 millions de personnes, dont plus de la moitié travaille, sont illettrées en France. Comment gérer l'illettrisme au sein de l'entreprise ? Quelles mesures peuvent être mises en place sur le lieu de travail pour former les salariés ?

Etat des lieux de l'illettrisme au travail

L'Agence Nationale de Lutte Contre l'Illettrisme (ANLCI) redéfinit exactement le terme. Alors que l'analphabétisme s'applique aux personnes n'ayant jamais fréquenté l'école, sont concernées par l'illettrisme les personnes ayant débuté leur scolarité en France mais qui ne maîtrisent pas suffisamment la lecture, l'écriture ou encore le calcul. L'illettrisme peut être imputable à plusieurs causes.

Cursus scolaire écourté, pratique insuffisante de la lecture et de l'écriture ou encore problèmes de santé représentent, d'autant plus lorsqu'ils sont associés, des facteurs d'illettrisme. S'ensuivent des obstacles au quotidien, d'autant plus difficiles à assumer sur un marché du travail compétitif. La volonté de cacher sa gêne devant les collègues afin d'éviter toute stigmatisation oblige à la mise en place de stratégies de contournement.

Comme prétexter un oubli de lunettes ou la fatigue pour échapper à l'épreuve de la lecture ou de l'écriture en public…Un proche averti de la situation pourra aider, en toute discrétion, la personne en proie aux difficultés... Une dissimulation qui rend difficile la détection de l'illettrisme, y compris au sein de l'entreprise. Pourtant, 57% des personnes maîtrisant mal les bases scolaires occupent un emploi. La société, épaulée par des organismes, peut néanmoins les aider.

Lutter contre l'illettrisme, gain considérable pour les salariés comme pour les entreprises

La signature d'accord-cadre entre l'ANLCI et des organismes de formation doit ainsi favoriser le combat contre l'illettrisme au travail . Sur le terrain, la subtilité s'impose aux formateurs. D'abord, pour engager la discussion avec les employeurs. Ensuite, pour aider les employés illettrés à surmonter leur malaise. Pour éviter toute stigmatisation, le terme "illettrisme" est banni. Sont plutôt évoquées maîtrise des compétences de base et formation aux écrits professionnels.

La meilleure connaissance des savoirs de base facilite le travail des employés. Compréhension des consignes de sécurité ou encore diminution des erreurs relatives à la pratique de l'écrit constituent des avancées pour le salarié, qui de fait, voit sa confiance en lui remonter. Un mieux-être qui se manifeste aussi dans la sphère privée, quand il devient possible de trouver son chemin sans aide ou de surveiller les devoirs des enfants. Et l’entreprise y gagne également.

Notamment parce que l'efficacité de ses employés augmente. Sans oublier la valorisation de l'image de la société, en interne comme dehors. Un plus parfaitement intégré par certains patrons. Ainsi, Serge Cathala a permis à deux salariés de son entreprise spécialisée dans le cuir de se former aux connaissances de base. Dans Le Monde du 8 février 2011, il constate : " donner du travail à ces gens, et en plus, les former, ce n'est pas donner une mauvaise image de l'entreprise".

Financer la lutte contre l'illettrisme

Les fonds consacrés à la lutte contre l'illettrisme doivent inviter les entreprises à s'investir. Les Organismes Paritaires Collecteurs Agréés (OPCA), en charge des financements affectés aux formations sur le lieu de travail, destinent maintenant une partie de leur budget à la lutte contre l'illettrisme, selon Le Monde daté du Mardi 8 février.

Le Fonds Paritaire de Sécurisation des Parcours Professionnels (FPSPP) contribue de son côté au programme "langue et compétence" - à destination des personnes illettrées mais aussi des migrants - à hauteur de 5,3 millions d'euros. Auxquels s'ajoutent les financements apportés par le Fonds Social Européen (FSE). Insuffisant estime Christian Janin.

Le responsable emploi de la CFDT déplore, dans les colonnes du Monde , que "la lutte contre l'illettrisme" ne représente pas une "priorité nationale", alors que l'Etat a prélevé 300 millions d'euros dans le FPSPP en 2010. Insuffisantes également les 50 000 personnes formées tous les ans au sein des entreprises selon Christian Janin, au regard des trois millions de personnes concernées par l'illettrisme en France.

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