Comment aider une personne atteinte d'aphasie?

Ce trouble du langage et de la communication constitue un réel handicap pour les malades. Et laisse leurs proches désemparés quant à l'aide à apporter.
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"Pierre se débrouille pour sa toilette, […] son ménage et même son repassage. Mais […] il ne dit rien à sa fille qui lui téléphone tous les jours. Il regarde le journal mais il ne le lit pas. [...] Vous ne verrez rien de son handicap ni de sa détresse." Ce témoignage, recueilli par la Fédération nationale des aphasiques de France (FNAF) illustre les souffrances des aphasiques, souvent ignorés et mal compris de leur entourage.

L'aphasie: origine et symptômes

L'aphasie, terme générique, décrit un trouble global de la communication, une "perturbation du code linguistique en général" selon la Fédération nationale des orthophonistes (FNO), qui résulte généralement d'une lésion cérébrale. L'accident vasculaire cérébral en constitue la première cause, mais l'aphasie peut également survenir à la suite d'un traumatisme crânien, d'une tumeur ou se développer en raison d'une démence, type maladie d'Alzheimer. Dans de rares cas, elle apparaît consécutivement à une inflammation ou une infection de type encéphalite.

La FNAF revient sur les quatre grandes fonctions touchées chez le patient aphasique.

  • Parler devient un obstacle. À la peine de trouver ses mots et d'exprimer une pensée pourtant claire s'ajoutent parfois des troubles de l’élocution.
  • Comprendre l'oral se complique lorsque le débit de paroles est trop rapide ou le sujet inconnu. Le moindre coup de téléphone se fait parcours du combattant, lorsque les gestes et intonations ne permettent pas de pallier le défaut de compréhension
  • Lire et écrire posent problème. Décrypter un programme TV, chercher un numéro de téléphone ou rédiger une lettre constituent autant d'habitudes anciennes qu'il faut se réapproprier.

Commencer communiquer avec un aphasique?

Parce que l'aphasie affecte la communication, les aidants se trouvent souvent désemparés. La FNAF leur livre quelques conseils et précautions d'usage à respecter, notamment dans la façon de s'adresser à une personne aphasique:

  • Ne pas parler à l'aphasique comme à une personne sourde ou déficiente et lui répondre franchement lorsqu'elle questionne sur son handicap.
  • Toujours garder à l'esprit qu'un aphasique comprend parfois parfaitement parfois par intermittence ce qui se dit. La prudence est donc de mise lorsque l'aphasie est évoquée devant lui.
  • Pour limiter les difficultés, essayer tant que possible de rester centré sur le même sujet de conversation. Et, surtout au début, tenter de formuler les questions qui amènent pour réponse oui ou non.
  • Utiliser les gestes du quotidien - s'habiller, se laver ou encore manger - pour verbaliser les actions en prenant garde toutefois de ne pas tomber dans le bavardage inutile.

  • Corriger les erreurs ou remplacer les jurons, qui surviennent parfois, doit se faire de manière délicate et indirecte.
  • Lorsqu'une conversation présente trop de difficultés, proposer de changer de sujet et d'y revenir plus tard.
  • Favoriser les gestes pour pallier les difficultés d'expression en évitant toutefois que ces derniers ne se transforment en unique outil de communication.
  • Toujours laisser le temps à une personne aphasique de s'exprimer sans l'assaillir de phrases qui accroissent sa confusion. Quand un terme ne vient pas, proposer un mot ou les premières syllabes.

Le plan d'aide aux aidants des personnes aphasiques

Le fort impact social de l'aphasie a conduit à la mise en place d'un plan d'aide aux personnes, issues de la sphère familiale ou professionnelles intervenant à domicile, accompagnant les aphasiques. "Campagne d'information et de formation", selon le communiqué de presse publié par la FNO le 9 novembre 2010, ce plan résulte d'une convention passée entre organisations sociales, associations engagées pour les aphasiques et instances spécialisées en orthophonie et psychologie.

Après les réunions publiques tenues lors du dernier trimestre de l'année 2010 par une équipe composée d'un médecin, d'un orthophoniste, d'un psychologue et d'une personne aphasique, des formations seront assurées dans toutes les régions durant l'année 2011 pour les professionnels d'une part et l'entourage familial de l'autre.

Ce pour les aider à surmonter les difficultés de communication avec la personne atteinte d'aphasie mais également à gérer la dimension psychologique du handicap. Car combattre l'aphasie demande rééducation longue et coûteuse en énergie, motivation et efforts quotidiens. Selon les estimations de la FNAF, l’aphasie concerne 300 000 personnes en France aujourd'hui.

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