Comment la biodiversité reconquiert les terrils

Vestiges de l'activité minière, les terrils laissés à l'abandon par les hommes sont peu à peu regagnés par la nature, qui révèle bien des ressources.
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Signes d'une époque (pas si) lointaine où le charbon était une source d'énergie incontournable, les terrils restent associés à l'image sale de la houille et à l'atmosphère lugubre du Germinal de Zola. Un temps délestés de leur matière pour composer le bitume, les terrils ont été menacés de disparition. Finalement laissées à la nature, ces collines artificielles formées des sous-produits miniers se révèlent des écosystèmes hors du commun, conquis petit à petit par la faune et la flore. Petit tour dans le Nord-Pas-de-Calais.

A l'origine, il y a des graines déposées par le vent...

... les animaux, les oiseaux ou les hommes. Des semences sont transportées sur les pattes, dans les poils ou dans les plumes des animaux de passage, ou encore, lorsque celui-ci existait, par le réseau ferroviaire destiné à acheminer les déchets de l'exploitation minière. Ne se développent dans le milieu hostile des terrils que les graines des espèces les plus adaptées.

Terrain plutôt chaud en raison de la combustion spontanée des minerais et également en raison de sa couleur sombre, sol instable composé majoritairement de blocs de schiste mais aussi de grès, le terril s'avère un endroit bien peu accueillant. Ne survivent que des plantes peu exigeantes, aux solides accroches (tiges, racines ou stolons).

Ainsi, parmi de telles espèces dites pionnières retrouve-t-on le tussilage ( Tussilago farfara ) ou le réséda jaune ( Reseda lutes ). Cette végétation bien particulière permet de fixer les sols et de limiter leur érosion. La décomposition, inhérente à tout cycle de vie, de ces végétaux aboutira à la formation d'une couche d'humus, propice à l'arrivée d'autres espèces moins téméraires.

Parallèlement à la colonisation par les végétaux se développe une faune adaptée à la flore en place. Dans les zones dénudées, peuplées des seules espèces pionnières, vient s'abriter, dans les blocs de schiste, le traquet motteux ( Oenanthe oenanthe ). Dans les zones plus humides, notamment parmi les anciens bassins de décantation, vit le prolifique crapaud calamite ( Bufo calamita ), qui disparaît sitôt qu’apparaissent de nouvelles espèces.

L'apparition de la friche haute

Une fois l'humus en place, sur le terrain préparé par les espèces pionnières, des plantes plus exigeantes comme le millepertuis perforé ( Hypericum perforatum ), la carotte sauvage ( Daucus carota ) ou le mélilot blanc ( Melilotus albus ) s'installent. Souvent d'origine méridionale, ces dernières, sous forme d'une friche haute, attirent en grand nombre les insectes pollinisateurs.

Le papillon de type machaon ( Papilio machaon ) aime ainsi s'ébattre dans la carotte sauvage. Le criquet à ailes bleues ( Oedipoda caerulescens ) s'épanouit sur les terrils alors qu'il est par ailleurs introuvable dans la région. Le lézard des murailles ( Podarcis muralis ) est attiré, quant à lui, par la chaleur des collines artificielles. La friche haute va par la suite favoriser le développement d'une pelouse rase qui accueillera arbustes et arbres.

Des espaces aux allures de sous-bois

Les fourrés et arbustes épineux tels que l'églantier ( Rosa canina ) ou l'aubépine ( Crataegus monogyna ) s'implantent sur la pelouse. S'installent ensuite des arbres de taille plus importante et d'origine régionale comme le chêne ( Quercus robur ) ou le hêtre ( Fagus sylvatica ), avant l'arrivé du bouleau verruqueux ( Botula pendula ), symbole de la fin de la reconquête naturelle.

De nombreux oiseaux trouvent dans ces espaces boisés un abri ou tout simplement un point de passage. Le pic vert ( Picus viridus ), le pic épeiche ( Dendrocopos major ) ou divers genres de pouillots ( Collybita sp. ) sont ainsi retrouvés dans les anciennes collines des déchets de minerais. Sans oublier les hirondelles qui viennent nicher dans les falaises de schlamm, résultats de l’accumulation de schiste concassé.

La grande diversité qui s'est développée dans les terrils à la suite de leur abandon par l'homme les a sans doute sauvés. Car, si certains ont été reconvertis en base de loisirs, d'autres comme celui d'Avion, ont été classés zones naturelles protégées. Et paradoxalement constituent aujourd'hui, alors que le charbon est considéré comme l'une des pires sources d'énergie, un havre pour la biodiversité.

Sources :

  • Centre Permanent d'Initiatives pour l'Environnement (CPIE) - La chaîne des terrils
  • Parc naturel régional Scarpe-Escaut - Des patrimoines d'exception
  • Une mine de biodiversité , La Voix du Nord, 30 juin 2011

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