Compteur électrique communicant - Les débuts difficiles de Linky

Cette installation, qui permet d'ajuster au mieux la production d'électricité au regard de la consommation, soulève de nombreuses polémiques. Explications.

Chaque hiver, les rigueurs climatiques causent des pics de consommation d'électricité. Un vrai casse-tête pour EDF qui doit faire face, entre 18 et 20 heures essentiellement, à l'utilisation massive d'énergie, dans les bureaux encore en activité et les foyers où rentrent les usagers. Un exemple qui illustre la nécessité d’une meilleure gestion de la production d'électricité, qui ne peut être stockée. Mis en place dans cette optique, le nouveau compteur communicant Linky provoque une levée de boucliers.

Qu'est-ce que Linky?

Le tout nouveau compteur communicant installé par Electricité Réseau Distribution France (ErDF) appartient aux «smart grids» (réseaux intelligents). Linky permet, comme tout compteur traditionnel, de calculer les consommations d'électricité des habitations ou des entreprises. Mais selon le site d'ErDF , cette installation nouvelle génération possède des avantages indéniables sur son ancêtre.

En premier lieu, Linky permet de transmettre à distance et presque en temps réel (compter 10 à 30 minutes de décalage) les informations relatives à l'utilisation d'électricité. Et donc d’affiner la production d’énergie en fonction de la demande et de régler certains dysfonctionnements sans qu'un technicien ne se déplace obligatoirement. Dans un second temps, ErDF présente Linky comme « le premier pas vers une meilleure maîtrise de votre consommation d’électricité ».

Ce système de compteur communicant est testé actuellement en Touraine et dans la région du grand Lyon. 300.000 Linky ont ainsi été installés avant que ne soit décidée (ou non) une généralisation à la France entière, qui verrait le déploiement de 35 millions de ces nouveaux compteurs, qui en théorie, ne coûteraient rien aux utilisateurs.

Le coût réel du compteur communicant et les problèmes techniques

Selon ErDF , « le compteur Linky et son installation entrent dans les coûts de gestion du réseau » et « ne seront par conséquent pas facturés ». Faux, rétorque en septembre 2010 Que choisir dans un communiqué. Selon l'association de consommateurs, le coût élevé du compteur (estimé entre 120 et 240 euros) est à la seule charge du consommateur.

De plus, Que choisir s'émeut des nombreux problèmes techniques du compteur, qui disjoncte facilement et ne transmet pas toujours les données comme il le devrait. De plus, alors que le premier bilan des tests devait être établi au 31 mars 2011, l'expérimentation a été raccourcie par le gouvernement pour s'achever au 31 décembre 2010.

Une mise à l'épreuve écourtée qui ne permet pas de tester Linky pendant la période hivernale, pourtant la plus propice à un approvisionnement anarchique en électricité. Si l'association de consommateurs reconnaît que le compteur communicant évite la surestimation de factures, il ne permet pas aux usagers une meilleure maîtrise de leur consommation d'électricité.

La maîtrise de la consommation et le respect de la vie privée

François Moisan, directeur Stratégie, Recherche, International de l'Agence de l'Environnement et de Maîtrise de l'Energie (Ademe), reconnaît, en novembre 2010, dans un communiqué de l'AFP repris par l'Express que « tout seul, Linky ne fait que de la relève de consommation sans qu'un agent ne soit obligé de se déplacer ». Sans compteur facile d'accès et sans chiffres de référence pour aider à évaluer la consommation, difficile pour l’usager de maîtriser au mieux ses dépenses d'énergie.

Cependant le responsable de l'Ademe espère que des compléments comme un « afficheur déporté » dans le salon, un « lien avec un site Internet spécifique », ou encore un « système d'alerte sur téléphone mobile » permettront de gérer au mieux la consommation domestique d'électricité. En coopération avec le fournisseur d'énergie qui pourrait « couper à distance, pendant 10 minutes le chauffage chez les particuliers, pour délester de plusieurs centaines ou milliers de mégawatts la consommation en heure d'hyperpointe ».

En août dernier, la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL) mettait en garde contre les informations collectées par les fournisseurs via les compteurs communicants d'électricité ou même d’eau. L'heure du lever, le temps passé sous la douche ou l'utilisation de certains appareils... Autant de données personnelles quant aux habitudes des usagers. La CNIL souhaite également une efficace sécurisation des interfaces Internet impliquées dans la modification des abonnements ou la régulation de la consommation « pour éviter toute utilisation frauduleuse ».

Sur le même sujet