Des robots animaux pour lutter contre le braconnage

Aux Etats-Unis, des automates permettent de piéger les chasseurs indélicats, en les prenant en flagrant délit de braconnage. Explications.
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Le braconnage se pare de multiples facettes. Il peut s'agir de la chasse d'espèces protégées bien sûr mais aussi de tirs en dehors des saisons et des horaires légaux ou sur des réserves privées. Or, par définition, le braconnier pris en flagrant délit implique généralement un animal blessé, voire mort. Outre-Atlantique, des robots mimant les animaux traqués permettent de réprimer les chasseurs contrevenants à la loi. Tour d'horizon de cette nouvelle faune électronique.

Appâter les chasseurs clandestins

Un corps de résine couvert de poils d'animaux morts, une tête parée de vrais bois. Dans la nuque, les pattes et la queue, de petits moteurs télécommandés. Voici Robo Deer ( voir la vidéo ), RoboCerf en français, utilisé à travers les Etats-Unis pour leurrer les indélicats tentés de chasser en dehors des périodes d'ouverture de la chasse.

En Utah, la chasse, quelle que soit la saison, est interdite de nuit. Pourtant, les cerfs faisaient régulièrement l'objet, une fois le soleil couché, de tirs nourris. Les braconniers, parfois sans même descendre de leur véhicule, visaient le cervidé posté sur le bord de la route. Et ce malgré les peines maximales encourues dans l'Etat: six mois de prison, amende de 2400 dollars et confiscation des armes.

Pour endiguer le phénomène, les autorités ont décidé d'appâter les chasseurs clandestins avec RoboCerf. Posté à des endroits stratégiques (lieux d'anciens braconnages, sites de rassemblement de cervidés), sur le bas-côté de la route, l'automate tente ses potentiels prédateurs. Sous la bonne garde de quatre hommes en embuscade.

Flagrant délit de braconnage

Le premier garde-chasse se charge de télécommander les mouvements de la tête et du poitrail de l'animal, pour le "rendre aussi réaliste que possible", explique Matt Briggs, sergent à la Division des ressources de la nature de l'Utah, à l'agence Associated Press. Le deuxième homme est chargé de filmer le flagrant délit. Les deux derniers agents sont chargés d'appréhender le chasseur en situation d'illégalité.

Déployé depuis plusieurs années en Utah, RoboCerf a permis d'engager des centaines de poursuites pour faits de braconnage. Les opérations se sont multipliées à travers tous les Etats-Unis. Et ont donné lieu à des situations pour le moins inédites.

En Géorgie, RoboCerf a dû être remplacé en 2006 après avoir reçu... plus de 1 000 charges de chevrotine! Car devant l'animal impassible, des braconniers perdent leur sang-froid. Certains, ahuris par ce cerf qui ne fuit pas, le criblent de flèches ou de balles. D'autres, excédés, tentent d'écraser la proie avec leur voiture.

La peur de la répression... et du ridicule

Toujours est-il que le système fonctionne. Les chasseurs se montrent plus prudents. La peur de la répression? Sans doute, mais pas seulement. La peur du ridicule -celui de se faire berner par une bête en plastique- entre aussi en compte. Les braconniers pris en flagrant délit "se couvrent de honte auprès des chasseurs locaux", précise Bill Bruce, du Département des ressources naturelles de l'Indiana, à l'Associated Press.

Des braconniers épinglés, et vexés, ont même intenté des actions en justice, au motif qu'ils ont été poussés à la faute. Mais beaucoup ne s'y font plus prendre. Ainsi RoboCerf a été remisé au placard en Indiana, après plusieurs années de bons et loyaux services. Custom Robotic Wildlife, société américaine spécialisée dans les animaux robots, réfléchit à rendre encore plus vivants ses automates. En les dotant par exemple de cartouches de dioxyde de carbone pour simuler la respiration.

Robots animaux, un lucratif business

Car les cerfs, élans, dindes, faons, antilopes et autres ours robotisés font l'objet d'un lucratif business. Custom Robotic Wildlife, société dirigée par le taxidermiste Brian Wolslegel, vend ses appâts électroniques dans 48 Etats américains et au Canada. Les faux cerfs coûtent entre 1200 et 1700 dollars pièce, prix vite amorti par les amendes.

Outre les départements chargés de protéger la faune, des particuliers peuvent également se procurer des animaux plus vrais que nature. Les coyotes pourront ainsi effrayer les oies qui pénètrent les jardins. Et ironie de l'histoire, des chasseurs pourront aussi acquérir des cerfs ou des renards télécommandés... pour s'entraîner!

Sources

Robo Deer used to catch poachers accross the US , Huffington Post , 10 septembre 2011

Robotic Bambi takes aim at poachers , Wired , décembre 2009

Etats Unis: des cerfs en plastique contre le braconnage , Le Point , 13 Octobre 2011

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