Ed Wood Jr, le groupe lillois à la musique inclassable

Après un extended play puis un premier album bien accueilli, le duo musical nordiste rock poursuit son chemin. Interview des deux Lillois.

"Surface ne possédant qu'un seul bord et qu'une seule face". Ainsi le Larousse définit-il le Ruban de Möbius, énigme qui n'a cessé d'éveiller la curiosité des mathématiciens et physiciens. Même nom pour une affaire complètement différente mais tout aussi intrigante: le premier album du groupe lillois Ed Wood Jr, duo de rock inclassable. Rencontre avec Olivier Desmulliez et Thibault Doutriaux.

Le Ruban de Möbius (Swarm Records, Mai 2010)

Rythmes syncopés ou plus lancinants, voix féminines ou masculines, percussions très présentes ou accent plus mélodique...Autant de possibilités offertes par l'utilisation d'une guitare, d'une batterie, de samples et de voix et regroupées sur le premier album du groupe Ed Wood Jr , intitulé Le Ruban de Möbius et sorti en Mai 2010 chez Swarm Records.

Si leur style peut être décrit, au choix, comme du "math rock, noise rock, art rock, rock instrumental bruitiste, alambiqué et franchement abrasif", les deux membres d’Ed Wood Jr se revendiquent simplement du...rock. "Tout est question de perception, qui diffère selon les gens. Mais des personnes d'orientations musicales très diverses se retrouvent dans notre musique" précise Thibault.

Si leur musique est souvent catégorisée math-rock – qualificatif généralement attribué aux duos guitare / batterie - il ne faut voir aucune référence mathématique dans le titre... "Nous ne trouvions pas de titre au thème n°8. Le chiffre a été renversé pour donner ∞, le symbole de l'infini et la représentation du Ruban de Möbius. De quoi nommer une chanson et l'album. » démystifie Thibault.

Un tournant?

Après un extended play - format qui entre le single et l'album propose de 4 à 7 titres - sobrement intitulé Ep et le Ruban de Möbius bien accueilli notamment dans la blogosphère, le groupe Ed Wood Jr s'apprête à passer à la vitesse supérieure. Dix jours de tournée en mai 2011 mèneront Olivier et Thibault d'Auxerre à Strasbourg, en passant par Lyon, Bordeaux et Tours.

Cette petite escapade à travers la France sera sans doute la dernière entièrement organisée par le duo lillois, bientôt épaulé par une agence de presse et pris en charge par des tourneurs professionnels. Deux semaines de résidence aux 4 Ecluses à Dunkerque en septembre 2011 seront l'occasion de peaufiner l'aspect scénique de leurs concerts, que le groupe trouve, malgré lui, "théâtral" en raison des mouvements limités par les batterie, guitare et autre clavier.

Un travail concrétisé en novembre 2011 par un nouvel album, après un peu plus de trois années de collaboration. Issu de la fin d'un groupe, Ed Wood Jr naît "verbalement" en janvier 2008, après l'arrêt de la précédente formation musicale d’Olivier et Thibault. Le premier tient la guitare, gère les samples et loops. Le second s'affaire à la batterie. Une fois le duo créé, les événements s'enchaînent. Un mois seulement après leur première répétition, une date était bloquée pour leur premier concert...

Le duo ou une plus grande liberté

Peut-être le fait de limiter leur formation à deux instruments a-t-il favorisé la créativité d’Ed Wood Jr. "Ca laisse beaucoup plus de libertés, la marge de manœuvre est plus grande" justifie ainsi Olivier un choix clairement affiché. Car même à deux, il n'est pas toujours aisé d'être sur la même longueur d'onde... Comment décrire par des mots des sons que chacun des musiciens peut entendre différemment sans sa tête?

"Difficile de trouver un langage commun quand il s'agit de musique. A deux, il nous arrive de ne pas nous comprendre lors de la composition de certains morceaux. Alors à 4 ou 5..." explique ainsi Thibault. Et d'où vient cette référence à celui que beaucoup considèrent comme l'un des pires réalisateurs américains de tous les temps et le créateur de ce que la postérité a appelé les séries Z ?

Olivier éclaire sur l’origine du nom du groupe dont il est l'initiateur: "Pour la folie qui animait Ed Wood Jr. Le personnage croyait en ce qu'il faisait, malgré la piètre qualité de ses œuvres. Un constat à la fois triste et rigolo, mais qui rend compte du travail artistique. Beaucoup de créations et d'investissement, y compris pour un retour minime..."

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