En Grèce le lac Koronia (Koroneia) s'assèche en silence

Appelé aussi lac de Coronée ou de Langadas, ce plan d'eau s'amenuise, sa biodiversité disparaît. La faute à la surexploitation et à une gestion anarchique.
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Région de Thessalonique. Dans les années 70, le lac de Koronia s'étendait sur près de 45 km², affichait une profondeur de près de cinq mètres. Faune et flore partageaient cette zone naturelle humide avec les populations humaines qui vivaient de la pêche et de l'agriculture traditionnelle maraîchère. Cette époque semble aujourd'hui bien lointaine.

Le lac de Coronée en 2011, sinistre décor

Le lac, complètement asséché sur 15km², a perdu un tiers de sa surface depuis 40 ans. Les eaux, descendues à un mètre permettent à l'homme de traverser le lac, à pied, de part en part. Un paysage désolé qui est né de plusieurs facteurs survenus simultanément, parallèlement à un climat sec qui n'aide guère à la reconstitution des réserves d'eau.

Le lac a été trop longtemps surexploité, en raison de l'abandon des cultures maraîchères au profit de celle du maïs, dont l'irrigation est très gourmande en eau. Les forages illégaux - certains pouvant pomper jusque 50 mètres de profondeur -, se sont érigés sur le lac de Langadas. Une activité agricole intensive qui a aussi conduit au rejet, directement dans le plan d'eau, énormément de matières nutritives, déséquilibrant ainsi l'écosystème et menaçant les espèces endogènes.

L'industrie y a également déversé des quantités d'eau chargée en métaux et en produits chimiques de tout genre – par exemple les colorants utilisés par les nombreuses usines textiles de la région. De la même manière, les eaux usées des populations vivant alentour dans les villes de Koronia, Egnatia mais surtout Langadas ont été rejetées directement dans le lac.

Les conséquences de la pollution et de la surexploitation du lac de Coronée

La zone humide s'est lentement mais sûrement étouffée sous ces tonnes de déchets venus de tout horizon. Ainsi, à la fin des années 1990, l'extinction totale des poissons du lac n'a pu qu'être constatée, à défaut d'être enrayée. Et la tentative de réintroduction, en 2004, d'espèces piscicoles s'est soldée par un échec cuisant.

Le lac de Coronée abrite de nombreux spécimens d'oiseaux rares ou endémiques tels que le héron crabier, le pygargue à queue blanche et le cormoran pygmée qui se trouvent de fait menacés par la disparition de leur habitat. En 2007, l'eurodéputée Evangelia Tzampazi (Parti Socialiste Européen, PSE) a donné l'alerte quant au danger qui pèse sur près de 200 oiseaux : mouettes argentées et rieuses, mais aussi flamants, avocettes ou plongeurs.

La cause de cette hécatombe? Le botulisme. En effet, la dégradation de l'écosystème a chassé faune et flore endogènes. Seuls des algues - dont la prolifération est favorisée par les nombreux nutriments rejetés dans le lac -, et des microorganismes réussissent à survivre dans ce milieu particulièrement hostile.

" Parfois le lac est si sale qu'on trouve un niveau de microbes aussi haut que celui d'un bassin d'épuration ", déplore, dans les colonnes du Monde daté du 16 Février 2011, Maria Moustaka, biologiste à l'université de Thessalonique. De quoi favoriser l'émergence d'épizooties - ces épidémies qui frappent les animaux, comme celle constatée chez les oiseaux.

Un plan d'eau pourtant protégé et arrosé de subventions

Pourtant, le lac de Koroneia est une zone classée Natura 2000 et protégée par la Convention internationale de Ramsar . Mais toutes les initiatives de protection ou de réhabilitation de la zone humide sont entravées, à cause d'une administration grecque particulièrement lourde et gangrenée par la corruption et le favoritisme. Ainsi, la station d'épuration construite à Langadas en 2001 grâce en partie à des fonds européens, n'est toujours pas, dix ans après, raccordée à la ville.

En 2004, 20 millions d'euros - soit 75% du coût total du projet -, sont alloués par l'Union Européenne à la Grèce, pour la réhabilitation du lac. Sept ans plus tard, seul le quart du projet a été mené à bien. Le gouvernement grec met lui-même la main à la poche, en 2009, pour extraire un milliard et demi d’euros de ses caisses et les consacrer à l'environnement en général et au lac de Coronée en partie.

Pourtant, malgré cet afflux d'argent, force est de constater le dessèchement de cet ancien joyau de la biodiversité. Une situation qui pousse la commission européenne, début 2011, à former un recours contre la Grèce, en raison de l'inertie du pouvoir et des manquements à ses obligations dans le domaine environnemental. Même si une sanction contre les Hellènes - en pleine crise économique -, est peu probable.

Loin d'être un cas isolé, le lac de Coronée appartient à tous ces milieux aquatiques ou humides menacés en Grèce. Rivières Evros, Nestos, Strymona ou encore Aliakmona - pour ne citer qu'elles dans la longue liste établie par l'ambassade de Grèce - mais aussi lacs Ismariza, Kerkini, Petron, Kastoria et autres témoignent d’une nature grecque bien malmenée.

Sources :

- Au nord de la Grèce, le lac Koronia se meurt, Alain Salles Le Monde du 16 Février 2011

- Sur le banc des accusés, la Grèce doit sauver le lac Koronia , Sophie de Busni, 24 Février 2011

- Environnement: la Commission traduit la Grèce devant la Cour de justice pour ne pas avoir assuré la protection du lac Koroneia , site Europa, 27 janvier 2011

- Site de l'Ambassade de Grèce

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