Gaz de schiste: les riverains en danger

Aux Etats-Unis, les premiers effets de l'extraction du gaz de schiste se font ressentir, tant sur la vie des habitants que sur l'environnement.

Officiellement, le discours de GDF-Suez est clair. Tout en rappelant que les gaz de schiste ont permis aux Etats-Unis d'atteindre l'autosuffisance énergétique, Gérard Mestrallet, le PDG du groupe gazier, a rappelé qu'il n'était pour le moment question que d'exploration en France... Pourtant l'éventualité d'exploiter un jour les gaz de schiste - notamment dans le Centre et le Sud de la France, soulève déjà des vagues de protestations. Alors qu'aux Etats-Unis, de tels forages ont montré leurs multiples conséquences.

Les gaz de schiste: une méthode d'extraction particulière... et critiquée

L'énergie est une denrée rare, et donc chère. Ce qui mène à une spéculation effrénée, à un point tel que des techniques d'extraction de sources d'énergie aux prix jusqu'ici prohibitifs deviennent rentables. Ainsi, l'exploitation des gaz de schiste emprisonnés dans la roche requiert une technique coûteuse et traumatisante: la fracture hydraulique, aussi appelée hydrofracture ou fracking.

Cette méthode est aujourd'hui au cœur des débats. Un mélange d'eau et de produits chimiques - près de 600 selon Josh Fox, réalisateur du percutant Gasland -, est injecté horizontalement à une profondeur de 2500 mètres, provoquant un "mini séisme". Sous l'effet de la pression, les roches se brisent, le gaz gèle. Des conditions qui facilitent l'extraction du précieux gaz.

Problème: parmi les énormes quantités de mélange nécessaires à une telle manœuvre - compter entre 4 et 28 millions de litres d'eau - seuls les deux tiers remontent à la surface chargés en gaz ( Le Monde , Un Eldorado empoisonné, 3 Avril 2011). Quid du tiers restant? Remonte-t-il dans les sols pour les contaminer ou s'évanouit-il dans les nappes phréatiques?

Des riverains menacés

Toujours est-il que les riverains des forages américains appellent à l'aide, notamment en Pennsylvanie, en Ohio, en Virginie-Occidentale et dans l'état de New York. Sur ces états s’étend Marcellus, immense territoire dont les profondeurs sont constellées de gaz de schiste. Le village de Dimock (Pennsylvanie) est ainsi devenu le symbole des dégâts provoqués par les forages de gaz de schiste.

Du robinet coule une eau jaunâtre et bulleuse, qui parfois s'enflamme au contact d'un briquet allumé ! Quand il ne s'agit pas de boue. Des familles entières tombent malades, "l'estomac en vrac" comme explique dans Gasland cette mère de Dimock. Les animaux domestiques, chats ou chevaux, perdent leurs poils, du poids et vomissent sans arrêt. Certains, notamment par peur de l'explosion, en arrivent condamner leur puits - souvent unique source d'approvisionnement en eau dans les villages américains.

Interpellées, les compagnies gazières ont réalisé des tests. Les agents dépêchés sur place n'y ont rien trouvé d'anormal. Sans toutefois oser goûter l'eau - à l'étrange couleur et à l'odeur particulière, que les riverains leur proposent... Des habitants désemparés qui se vont vus proposer de fortes sommes d'argent par les compagnies gazières pour qu'elles puissent exploiter leurs terrains.

Connivences avec le monde politique, lobbying: les industriels favorisés

Ainsi les industriels peuvent payer les parcelles des particuliers de 4.000 à 10.000 dollars l'hectare. Une surenchère permanente, en raison notamment de l'augmentation des prix de l'énergie en général et de ceux du gaz en particulier mais aussi à la faveur d'un climat politique américain favorable aux industriels du gaz durant les années 2000.

Lorsque George W. Bush succède à Bill Clinton en janvier 2001, il prend pour vice-président Dick Cheney. Comme le président, ce dernier a, au long de sa carrière dans les affaires, tissé des liens étroits avec l'industrie énergétique puisqu'il a dirigé la multinationale Halliburton , fournisseur de services aux entreprises des secteurs pétroliers et gaziers.

Peu après la réélection de George W. Bush en 2004, Dick Cheney a fait passer une loi qui exempte les exploitants de gaz de schiste des obligations imposées par le Clean Water Act, voté en 1972 - malgré le veto de Richard Nixon - et qui tente de prévenir la pollution de l'eau. Aucune nécessité non plus pour les entreprises gazières de dévoiler les produits chimiques utilisés, secrets industriels obligent.

Des faits décriés par Josh Fox dans son documentaire Gasland, qui s'attaque à l'exploitation des gaz de schiste, constate leurs conséquences sur la santé humaine et l'environnement et éclaire sur les connivences qui unissent industrie énergétique et politiques. Un pamphlet qui a valu à Josh Fox de voir son nom apparaître sur la Terror Watch List de l'équivalent américain du ministère de l'Intérieur.

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