Guerre du Vietnam: la photo de la petite fille sous le napalm

Kim Phuc, sujet d'une photographie célèbre de Nick Ut, est devenue le symbole des victimes civiles du conflit. Elle a pardonné pour se consacrer à la paix.
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Il est de ces photographies qui marquent. Le nom de Sharbat Gula n’évoque peut-être pas grand-chose. Mais son regard vert profond et ses cheveux bruns dissimulés sous un foulard rouge brique ont fait le tour du monde. Le visage de la jeune afghane, fixé par Steve McCurry pour le National Geographic , a immortalisé la souffrance des camps de réfugiés au Pakistan en 1984. Avant lui, Nick Ut avait gravé dans le marbre l’image de la jeune Kim Phuc. Retour sur une histoire hors norme.

Une photographie qui a marqué les esprits

Nue, elle court . De douleur et de peur, pour échapper à la folie humaine. Le 8 juin 1972, les Etats-Unis s’enlisent dans la guerre du Vietnam et lâchent, sur le village de Trang Bang, leurs redoutables bombes au napalm. La petite Kim Phuc, alors âgée de 9 ans, tente de s’échapper, victime innocente d’événements qui la dépassent, sous les yeux des soldats, journalistes et cameramen venus de tous les pays.

Beaucoup tentent de venir en aide aux civils désemparés. Initiative entravée par l’obstacle de la langue, sauf pour le photographe Nick Ut de l’agence Associated Press. De son vrai nom Huynh Công Út, le photographe vietnamien prend aussitôt en charge la fillette dont il vient d’immortaliser les souffrances sur le papier argentique. Sans ce secours rapide, la petite Kim Phuc n’aurait sans doute pas survécu aux nombreuses brûlures qui zèbrent son corps.

La prise de vue en noir et blanc ne paraît que 4 jours plus tard dans le New York Times , après d’âpres débats visant à déterminer si l’Amérique supportera la nudité frontale d’une enfant... Une fois la photographie publiée, elle parcourt – et indigne – le monde entier. Rapportant à son auteur le prix World Press Photo dès 1972 et le Pulitzer un an plus tard, elle participe à la prise de conscience générale quant aux horreurs d’une guerre dont l’issue semble bien incertaine.

Kim Phuc, oubliée puis rattrapée par une triste notoriété

14 mois d’hospitalisation et pas moins de 17 interventions sont nécessaires pour sauver Kim Phuc dont 65% de la surface corporelle est brûlée. 35% de sa peau fait l’objet de greffes. Une fois sortie de l’hôpital, et bien que les douleurs demeurent, la jeune fille tente de reprendre une vie normale. Loin des projecteurs des médias internationaux mais toujours en contact avec Nick Ut.

En 1982, le gouvernement vietnamien retrouve la trace de la petite fille de la si célèbre photo. Admise à l’école de médecine de Saigon, Kim Phuc se voit proposer de travailler pour les autorités vietnamiennes, en raison du symbole qu’elle incarne. Sûre de sa vocation, la jeune femme refuse; les autorités mettent fin alors d’office à sa scolarité.

Impuissante face au pouvoir des dirigeants politiques, Kim Phuc trouve refuge dans le Cao Dai, mélange de confucianisme, taoïsme, bouddhisme et christianisme. Puis elle s’appuie sur l’église de Saigon pour donner un nouveau sens à sa vie. Foi tenaillée au corps, Kim Phuc, qui vit aujourd’hui au Canada avec ses deux enfants , décide d’œuvrer pour la paix.

Ambassadrice de bonne volonté à l’UNESCO

"La guerre n'engendre que de la souffrance. C'est pour cela que je montre la petite fille de la photo. […] Aucun père, aucune mère au monde ne veut que cette photo se reproduise. Je voudrais leur transmettre ce que j'ai appris à valoriser: j'ai vécu la guerre, je sais la valeur de la paix. J'ai vécu avec ma douleur, je sais la valeur de l'amour lorsqu'on veut guérir. J'ai vécu avec la haine, je sais le pouvoir du pardon."

Ainsi Kim Phuc explique-t-elle les raisons qui l’ont poussée à devenir ambassadrice de bonne volonté à l’UNESCO et à créer la fondation internationale Kim Phuc , qui vient en aide aux enfants victimes des conflits. Tadjikistan, Ouganda ou Kenya…force est de constater que la tâche est ardue. Au gré de ses interventions publiques, Kim Phuc délivre, outre un appel à la paix, un message d’indulgence.

Ainsi, lors d’une cérémonie de commémoration de la guerre du Vietnam, face à un public composé essentiellement de vétérans, la jeune femme refuse toute idée de vengeance contre le pilote de l’avion qui a lâché sur Trang Bang la bombe meurtrière, appelant à la promotion de la paix. Elle ouvre ses bras à John Plummer, l’un des militaires qui avait organisé la destruction du village, présent ce jour-là dans l’assistance.

La guerre du Vietnam, bourbier pour l’armée américaine, a constitué, parmi d’autres faits historiques plus ou moins tragiques, une rupture et a marqué l’histoire contemporaine. Richard Nixon, dès la parution de la photo de Kim Phuc par Nick Ut, a mis en doute la véracité de ce qui sautait pourtant aux yeux. Des civils, victimes du chaos de l’histoire.

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