Kibera, le gigantesque bidonville de Nairobi

La capitale kenyane abrite le plus grand bidonville africain. Une réalité niée par les autorités, qui oblige les habitants et les ONG à s'organiser.
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Des abris de fortune balayés comme des fétus de paille... En janvier 2011 , les inondations ont littéralement dévasté les favelas, construites en dehors de toute planification urbaine. Les habitants des bidonvilles brésiliens ont été les premières victimes de l'urbanisation galopante et souvent anarchique de leur pays en plein développement économique. Une problématique retouvée un peu partout dans le monde. L'Afrique n'échappe pas à la règle et abrite aujourd'hui le deuxième plus grand bidonville au monde, à Nairobi, capitale du Kenya.

Kibera, le plus grand bidonville d'Afrique

Au début du XXe siècle, il y avait un petit morceau de forêt (Le Monde, 1er avril 2011). Quelques arbres offerts par les colons anglais aux Nubiens - devenus depuis les Soudanais - en remerciement du sang versé pour l'empire britannique. Les Nubiens appelèrent sobrement ce territoire Kibera, qui signifie "jungle" dans leur langue. Aujourd'hui s'y dressent des taudis de bric et de broc érigés sur un tas d'immondices, traversé par une seule voie praticable: des rails de chemin de fer où sont fauchés chaque année plusieurs habitants du bidonville.

220 hectares, selon les chiffres de l'Organisation non gouvernementale (ONG) Amnesty International , où s'entasseraient près d'un million de Kenyans, dans le plus grand dénuement. Les raccordements électriques sauvages permettent d'amener l'électricité jusque dans les masures. L'eau se fait à ce point rare qu'elle y est accessible pour un prix quatre fois plus élevé que dans les autres quartiers de Nairobi: une aubaine pour les revendeurs qui se sont emparés de ce marché florissant.

Quant aux infrastructures sanitaires, y compris les plus basiques, elles n'existent pas. Des conditions qui, couplées à l'extrême pauvreté qui règnent à Kibera, est un terrain favorable à la violence et aux maladies. Choléra, fièvres typhoïdes ou encore tuberculose ravagent régulièrement la population du bidonville, qui avec environ 200 autres, quadrillent Nairobi. Une réalité terrible, en grande partie niée par les autorités kenyanes.

Une réalité en partie niée par les autorités

Ainsi, le dernier recensement officiel de Kibera, effectué fin 2010, établit la population du bidonville à 170 000 habitants. Des chiffres dénoncés par les nombreuses ONG présentes sur place. Sur les plans de la ville, aucune mention du quartier. A la place y figure... une forêt! Prêt à revendiquer leur existence, les habitants épaulés par des associations ont mis au point Kibera Map , cartographie virtuelle de l'endroit que tout le monde voulait ignorer.

L'ONU-Habitat a bien mis au point des programmes de construction pour reloger les habitants du bidonville qui gonfle cependant de 10 000 personnes supplémentaires tous les ans en raison de l'exode rural. Alors de - très - nombreuses autres Organisations non gouvernementales s'affairent à Kibera pour pallier les carences du pouvoir politique. Ce qui fait dire à Erica Hegan , à l'initiative de Kibera Map, que le bidonville est "l'une des zones au monde où il y a le plus d'ONG au mètre carré".

Près de 3000 ONG s'y côtoieraient, selon le chiffres du journal suisse Le Courrier . Parmi elles, des associations peu fiables qui disparaissent dès le versement des fonds alloués à la cause de Kibera... De quoi semer la confusion des occupants du bidonville qui ne savent plus à qui se vouer. Des errements qui ne doivent pas faire oublier le travail des associations sérieuses qui œuvrent pour l'amélioration des conditions de vie de la population.

Des initiatives pour réduire la misère

Car les tâches ne manquent pas à Kibera. Pour relancer l'économie locale? Des microcrédits sont délivrés pour permettre l'ouverture de petits commerces ou l'établissement d'élevages de volaille par exemple. Pour éloigner les jeunes de la violence et de la criminalité? Des activités sportives et des heures de formation pour leur apprendre un métier.

Tant d'initiatives qui ne peuvent cependant résoudre les multiples problèmes qui gangrènent Kibera, terreau de révolte. Ainsi, à l'occasion de l'élection présidentielle de 2007 , qui avait donné lieu à de sérieux conflits interethniques en raison des origines différentes des deux candidats, Mwai Kibaki et Raila Odinga, le plus grand bidonville africain avait été le terrain de violents affrontements.

Depuis 2007, plus de la moitié de la population mondiale vit en ville. Lorsque l'incurie des autorités publiques empêche tout contrôle de l'expansion des villes, celles-ci ne symbolisent plus la modernité et le développement. Mais plutôt les espoirs déçus de ceux qui, quittant la campagne dans l'optique d'une vie meilleure, rencontrent à la ville la misère et la violence.

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