La maltraitance financière des personnes âgées, un abus tabou

Les personnes âgées, vulnérables, constituent des proies faciles à spolier pour des prédateurs peu scrupuleux. Des délits discrets qui appellent des remèdes
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Sujet tabou, les mauvais traitements sur les personnes âgées peuvent prendre divers visages: physiques quand les coups pleuvent ou moraux quand les brimades ponctuent les journées. Une autre forme de maltraitance se voit aujourd'hui qualifiée de financière. Une problématique d'autant plus épineuse qu'elle fait intervenir, outre la vieillesse, l'argent et ce, souvent dans un contexte familial. Retour sur un phénomène discret mais d'ampleur.

La maltraitance financière, un seul mot pour plusieurs méfaits

Extorsion de fonds, procuration frauduleuse, escroquerie astucieuse, captation d'héritage, spoliation de biens voire chantage affectif constituent autant d'infractions dont peuvent être victimes les personnes âgées. Fragilisés par la vieillesse, souvent affaiblis par la maladie, parfois perdus dans les démarches administratives, les plus âgés constituent des cibles idéales pour les escrocs de tout poil.

Il s'agit d'un "phénomène encore sous estimé en France", estime Jean-Paul Delevoye. Le médiateur de la République a lancé une mission, courant de septembre 2010 à janvier 2011, destinée à mesurer l'ampleur des faits et à améliorer prévention et sanction de "cette forme insidieuse de maltraitance (...) encore mal connue et mesurée (...) qui ne se limite pas aux personnes résidant à domicile".

Définie, dans le rapport remis au médiateur de la République comme "tout acte commis sciemment à l'égard d'une personne âgée en vue de l'utilisation ou de l'appropriation de ressources financières de cette dernière à son détriment, sans son consentement ou en abusant de sa confiance ou de son état de faiblesse physique ou psychologique", la maltraitance financière peut être le fait de personnes d'horizons différents.

Les escrocs peuvent prendre plusieurs visages

L'entourage proche, famille et personnes de confiance, est le premier à profiter de la vulnérabilité des personnes âgées. Sur les ondes de RTL , on a pu entendre le témoignage d'une factrice, qui aidant une vieille dame, s'est aperçue des abus de sa fille. Chèques manquants et retraits d'argent inexpliqués justifiés selon la descendante de la vieille dame par sa présence quotidienne. Un salaire indûment prélevé dont la dame âgée avait conscience, sans toutefois oser s'insurger par peur que sa fille ne se fâche.

Des "pratiques familiales abusives" qui peuvent se prolonger au sein d'établissements accueillant les plus anciens, selon le médiateur de la République. Et ce, malgré la relative indépendance de la personne âgée vis-à-vis de la cellule familiale. Le rapport publié rappelle néanmoins que vols d'argent et d'effets personnels peuvent être aussi parfois le fait de salariés des structures.

Enfin, et là réside sans doute la surprise, Le Figaro rapporte les escroqueries finement organisées par des mouvements sectaires. Ces "véritables prédateurs (...) ont compris qu'ils pouvaient aisément vider les comptes des personnes âgées", explique Hervé Machi, secrétaire général de la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Milivudes).

Comment lutter contre la maltraitance financière?

La maltraitance financière des personnes âgées constitue un phénomène excessivement difficile à prévenir mais également à punir. Pour plusieurs raisons. La première difficulté réside dans l'altération des capacités de certaines personnes âgées, qui ne s'aperçoivent pas forcément des méfaits dont elles sont victimes. Ensuite, l'intimité dans laquelle se déroulent les délits n'aide pas à rendre les méfaits particulièrement visibles.

Enfin, les membres de la famille qui usurpent les biens des ascendants sont souvent ceux qui en ont la charge, facilitant ainsi la dissimulation des forfaits. Ils bénéficient en outre de l'immunité pénale , annihilant ainsi la crainte suscitée par une éventuelle sanction. Tant de problèmes auxquels le rapport tente d'apporter des solutions, par le biais de 25 propositions. Entre autres: Une meilleure formation de tous les professionnels en contact avec les plus âgés.

Mais également un plus grand suivi médico-social des personnes susceptibles d'être spoliées, ce qui passe aussi par une meilleure évaluation de la faiblesse éventuelle de la personne âgée. Le rapport appelle à alléger l'immunité familiale et à l'adapter au regard des résultats de l'enquête. Enfin, les établissements bancaires sont invités à lever le secret bancaire lorsque des opérations financières jettent un doute sur le proche en charge des biens.

Pour répondre à la détresse des personnes abusées et pour recueillir les récits de témoins éventuels de maltraitance sous ses différentes formes, un numéro d'appel unique - le 3977 - avait été instauré en février 2008 par Valérie Létard , à l'époque secrétaire d'Etat à la solidarité. Un peu plus d'un an après, 170 appels quotidiens obligeaient la structure à recruter. Un phénomène d'ampleur confirmé par le médiateur de la République. Et qui laisse présager, à l'aune du vieillissement de la population, bien des dérives.

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