La pêche certifiée durable, explications et polémiques

Le principal label garantissant une pêche respectueuse de l'environnement est remis en cause. Retour sur cette certification et les questions soulevées.
8

La France ferme-t-elle les yeux sur la surpêche du thon rouge? Cette interrogation posée par le Monde le 7 novembre 2010 fait suite à une enquête d'un groupe international de journalistes, qui accuse plusieurs pays de ne pas faire respecter les quotas de thon rouge imposés aux pêcheurs. Alors que le précieux poisson alimente encore un virulent débat européen, la mise en place d'une pêche mondiale durable exempte de critiques s'annonce périlleuse.

Le label Marine Stewardship Council (MSC)

Le Marine Stewardship Council (MSC) a été créé en 1997, à l'initiative d'une collaboration entre l'industriel Unilever et l'ONG World Wild Funds (WWF, Fonds Mondial pour la Nature). Organisme à but non lucratif indépendant depuis 1999, MSC se présente « en matière de certification des pêcheries » comme « le seul écolabel en accord avec les directives pour l’étiquetage écologique de la FAO, l'organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture ».

Pour se voir accorder le label MSC et pouvoir en estampiller les ressources pêchées, les entreprises doivent répondre à 23 critères, regroupés en trois grands principes. Le premier concerne les stocks des espèces et leur préservation à long terme. Le deuxième appelle au respect des écosystèmes marins. Enfin, la troisième et dernière grande règle s'attache à l'efficacité du système de gestion de la pêche.

Dans son rapport annuel 2009/2010 , MSC déclare avoir vu son label apposé sur plus de sept millions de tonnes de produits de la mer, ce qui représente 12% des captures mondiales. Parmi la liste des 187 pêcheries certifiées ou en cours d'évaluation en 2009/2010, figurent en majorité des entreprises anglo-saxonnes ou scandinaves. Seules quatre pêcheries françaises y prennent place.

La remise en cause de la certification MSC

Le «marché» MSC ne demande qu'à se développer, alors que croît la demande, de la part des consommateurs, de produits dont la fabrication respecte l'environnement. Gaëlle Dupont, dans Le Monde daté du 7 septembre 2010 , relate comment un homme est venu gripper ce succès. Nom: Daniel Pauly. Fonction: membre de la renommée Scripps Institution of Oceanography .

Daniel Pauly, qui a soutenu avec d'autres scientifiques l'initiative MSC lors de sa création, a, avec cinq de ses collègues, publié un article dans Nature . Force exemples y démontrent que les critères revendiqués par l’écolabel ne sont pas toujours respectés. Ainsi, Gaëlle Dupont cite entre autres la certification de la plus grande pêcherie de colin en Alaska alors que les stocks y ont diminué de 64% depuis 2004.

En outre, MSC labellise parfois des entreprises pratiquant la pêche au chalut - réputée pour abîmer les coraux, ou prélevant dans leurs filets le krill, petite crevette à destination des poissons d'élevage et dont la pérennité n'est pour le moment assuré. Enfin, la certification d'industries toujours plus intensives remet en cause l'image de développement durable dont bénéficiait jusque là MSC.

Marine Stewardship Council se défend

Face à ces accusations, Robert Howes, président de MSC qui déclare y voir « beaucoup d'idéologie », affirme qu'« aucun stock surexploité n'est labellisé », les populations de poissons dépendant, outre de la pêche, d'autres facteurs comme le climat. De plus, le MSC se défend de donner les moindres directives aux entreprises labellisées et rien, dans les accords passés avec la FAO n'interdit de techniques de pêche particulières. Du reste, sur fonds marins sablonneux, le chalutage ne pose pas de problème.

Le Marine Stewardship Council rappelle son indépendance: tous les dossiers passés entre les mains de MSC sont soumis au contrôle d'autres experts en ressources marines. Après ce long processus, 60% environ des certifications sont accordées. Malgré ces justifications, de nombreux acteurs écologiques se joignent aux critiques de Daniel Pauly. L'ONG Greenpeace déplore ainsi sur son site l'insuffisance du label et des normes pas assez rigoureuses.

Les hommes se trouvent aujourd'hui à la croisée des chemins. L'éveil de la conscience écologique, qui porte tout à trac sur le réchauffement climatique, la pollution ou la préservation de la biodiversité, laisse entrevoir des perspectives de grands travaux. La confrontation de la sauvegarde de l'environnement et des réalités socio-économiques oblige chaque camp à grignoter ses prérogatives. Au moins faut-il se réjouir que le débat soit ouvert.

Sur le même sujet