L'acidification des océans: origine et conséquences

Les émissions de carbone perturbent les échanges entre air et océans, qui s'acidifient. Une menace pour la faune aquatique, la flore marine et l'homme.

Les océans demeurent les parents pauvres de l'écologie. Alors qu'elles couvrent 70% de la surface de la terre, ces grandes surfaces d'eaux salées sont souvent oubliées... Car l'homme n'y vit et ne prend pas toujours conscience des conséquences marines de ses activités. Pourtant, qu'il s'agisse de pollution par le plastique ou de l'extinction silencieuse d'espèces, les océans sont menacés. L'acidification représente un autre danger. Explications.

Le phénomène d'acidification

Les océans captent 25% des émissions de dioxyde de carbone (CO2), selon les chiffres du Programme des Nations Unies pour l'Environnement (PNUE). Si ce phénomène permet de réduire un tant soit peu la quantité de C02 atmosphérique et donc le réchauffement climatique, la captation de dioxyde de carbone par les étendues océaniques n'est pas sans conséquence sur l'environnement sous-marin.

La dissolution du CO2 libère des ions bicarbonates et des ions hydrogène, qui tendent à acidifier le milieu marin, phénomène quantifié par la diminution du pH. Le rapport du PNUE estime ainsi que depuis la révolution industrielle, le pH moyen a diminué de 30%, et prévoit une baisse de 150% d'ici à la fin du XXIe siècle.

Le bouleversement des écosystèmes marins

Le lien formel entre augmentation du dioxyde de carbone atmosphérique et acidification des océans est difficile à établir, en raison des nombreux paramètres qui entrent en compte dans les échanges gazeux entre les interfaces marine et aérienne. De plus en plus d'études tendent pourtant à prouver la perturbation de la faune et la flore aquatiques en raison de l'acidification des océans.

Une étude parue dans Nature Geoscience et reprise par Science et Vie démontre que la masse de planctons foraminifères, constitués de calcite, a diminué de 30 à 35% depuis le début de l'ère industrielle. La faute à la disponibilité moindre des ions carbonates, en raison du pH diminué. De la même manière, les coraux et les mollusques sont en première ligne des espèces menacées, la croissance de leur squelette calcaire étant ralentie.

Dès lors, l'ensemble de la chaîne alimentaire est menacée. Les espèces abritées par les récifs coralliens sont menacées par la disparition de leur habitat. Le saumon, qui se nourrit de microorganismes est en péril. Au sommet de la chaîne alimentaire, l'homme, qui se nourrit de produits marins ou en tire ses revenus, pourrait souffrir à terme de la dégradation de l'écosystème marin.

Le projet européen sur l'acidification des océans

Un état de fait souvent méconnu qui nécessite de sensibiliser tant le public que les décideurs publics . En 2008 a été lancé, pour quatre ans, le projet européen sur l'acidification des océans ou EPOCA (European Project on Ocean Acidification), soutenu par l'Union Européenne. Le consortium regroupe plus de 100 chercheurs européens issus de 10 pays du Vieux Continent, parmi lesquels figurent pour la France le Centre National de la Recherche Scientifique et le Commissariat à l'Energie Atomique .

Les objectifs du projet EPOCA? Améliorer la compréhension des mécanismes biologiques, écologiques et biogéochimiques de l'acidification mais également appréhender les conséquences sociales du phénomène. Pour l’heure, il est trop tôt pour parler de solutions à l’acidification océanique et espérer préserver totalement la biodiversité marine.

En effet lutter contre l'acidification océanique revient, à l'instar du combat contre le réchauffement climatique, à diminuer l'émission de gaz à effet de serre en général et le rejet de dioxyde de carbone en particulier. Alors que l'arrêt total des émissions de GES, qui s'accumulent de façon exponentielle depuis l'ère industrielle, est irréalisable, aucune lueur d’espoir ne point, à l'heure actuelle, au bout du tunnel.

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