L'Agence du Don en Nature ou le développement durable solidaire

Organiser le don de produits non alimentaires invendus voués à la destruction: telle est la mission de l'ADN, lien entre industriels et associations.
11

75 millions de produits non alimentaires invendus en France chaque année pour une valeur de 400 millions d'euros, selon une étude du cabinet AT Kearney . Des chiffres d'autant plus marquants en comparaison de ceux de la pauvreté qui touche aujourd'hui l'Hexagone. Partant de ce constat, sur le même principe que la banque alimentaire, Jacques-Etienne de T'Serclaes a créé l'Agence du Don en Nature (ADN). Explications.

La naissance de l'Agence du Don en Nature

Chaque année, les industriels se retrouvent avec des millions d' invendus sur les bras. Petits appareils d'électroménager, ordinateurs ou encore shampooings et gels douche, remplacés par de nouveaux modèles ou dont les recettes ont changé. Si une part de ces produits non-alimentaires est cédée à des discounters qui les revendent à prix cassés, une grande majorité est détruite.

De l'autre côté, des associations qui luttent contre la pauvreté n'osent pas toujours frapper aux portes des industriels, très souvent sollicités. Et ne peuvent pas toujours gérer la logistique et le stockage de plusieurs palettes d'un même produit. L'idée de Jacques-Etienne de T'Serclaes: faire le lien entre industriels et associations.

Ancien directeur général d'Euromarché - enseigne vendue à Carrefour depuis -, Jacques-Etienne de T'Serclaes assure, dans le Monde Magazine daté du 18 Décembre 2010, avoir eu "le premier déclic" au forum de Davos au début des années 2000. Il y entend Klaus Schwab parler de sa Fondation pour l'entrepreneuriat social. Les bénéficiaires de telles entreprises? Point d'actionnaires mais des associations engagées dans l'action sociale.

Le principe de l'Agence du Don en Nature

S'inspirant de l'association américaine Gifts in Kind International (GIKI) qui, depuis 1983, s'occupe de la redistribution d'invendus aux américains les plus démunis, Jacques-Etienne de T'Serclaes fonde l'Agence du Don en Nature en 2008. Fort de ses réseaux dans le milieu de la grande distribution et de l'industrie française, il frappe aux portes des enseignes... et organise la logistique.

Parmi les premiers à soutenir le nouvel entrepreneur social, les groupes Seb et L'Oréal, bientôt rejoints par Carrefour ou encore la Société Générale mais aussi par des experts , consultants de la grande distribution, des fiscalistes et des juristes. Aujourd'hui, ce sont trente sociétés qui fournissent à l'ADN environ 250 références différentes.

Autour des quelques salariés de l'Agence du Don en Nature, des dizaines de bénévoles complètent l'équipe chargée de la logistique, du stockage et de la redistribution des biens. Une fois l'inscription des associations validée par le Comité d'Engagement, elles peuvent commander en ligne ce dont elles ont besoin et sont livrées au plus tard 10 jours ouvrés après commande, pour un montant symbolique ne dépassant 5% de la valeur des produits.

Toujours prompt à perfectionner un système de fonctionnement aujourd'hui viable, Jacques de T'Serclaes souhaite maintenant mettre à contribution les transporteurs routiers dont les camions rentrent à vide une fois la livraison effectuée.

Quels avantages pour les industriels?

Pourquoi donner plutôt que revendre les invendus à des solderies? " Economiquement, c'est une opération neutre " explique Stéphanie Nowak, directrice de la gestion et de la planification d'Etam Lingerie au Monde Magazine du 18 Décembre 2010. Car le don permet une déduction fiscale de l'ordre de 60% de la valeur des biens légués.

Sans oublier que les grands groupes préfèrent rester discrets sur leurs produits vendus à des enseignes discount, n'hésitant pas à menacer de rupture d'approvisionnement les soldeurs un peu trop bavards... Alors que le don, écologiquement responsable et socialement bénéfique, profite à l'image de marque d’enseignes souvent décriées.

Surconsommation, obsolescence programmée et surenchères de nouveaux produits semblent aller à l'encontre des préoccupations écologiques actuelles. Avec l'Agence du Don en Nature, les industriels ont trouvé un interlocuteur unique à qui donner leurs invendus, sans risquer de les retrouver en vente sur des marchés parallèles.

Comme l'écrit le président de l'association dans la tribune du Monde daté du 4 décembre 2009: " En matière du développement durable, les bonnes idées sont souvent des idées simples. Leur succès tient cependant à un facteur-clé: une adhésion massive, significative qui seule permet d'agir pleinement à la source et de générer, à l'arrivée, des bénéfices concrets et importants. " Démonstration faite depuis.

Sur le même sujet