L'agent orange de Monsanto, de dégâts en scandales

L'herbicide abondamment utilisé pendant la guerre du Vietnam a provoqué de nombreux dégâts... et illustre les collusions entre industriels et scientifiques.

Utilisation du napalm pour bombarder des civils, enlisement des troupes américaines dans un conflit alors que la victoire s'éloignait de jour en jour... Une guerre qui a duré plus de quinze ans, dont le Vietnam porte encore aujourd'hui les stigmates. Parmi ces derniers, les effets désastreux de l'épandage de l'agent orange. Tour d'horizon.

L'agent orange et la guerre du Vietnam

L'agent orange , du nom des bandes de couleur qui ornaient les fûts de stockage, est un puissant défoliant créé par la firme Monsanto dans les années 40. Commercialisé par cette entreprise mais également par d'autres, à l'instar de Dow Chemical, l'agent orange, composé d'une dioxine, a été abondamment épandu par l'armée américaine au Vietnam lors de la guerre éponyme.

L'usage de 2,4,5-trichlorophénol visait plusieurs objectifs. En premier lieu, la destruction des refuges boisés des combattants du camp adverse, à leur avantage dans une jungle qu'ils connaissaient comme leur poche. En second lieu, la ruine des récoltes en raison des « opérations de guérilla [qui] dépendent étroitement des récoltes locales pour leur approvisionnement », selon une circulaire du quartier général du ministère des Armées américain.

Selon l'étude menée par Jeanne Mager Stellman et parue dans Nature (avril 2003), plus de 77 millions de litres d'herbicide défoliant - soit environ 400 kilos de dioxines - auraient ainsi été déversés sur 2,6 millions d'hectares (soit 10% de la superficie du Vietnam) entre 1961 et 1971, après que le président Kennedy a donné son accord pour de telles opérations chimiques. Des quantités faramineuses, notamment au regard de la nocivité des dioxines aujourd'hui connue.

Les dioxines, bombes à retardement pour la santé humaine et l'environnement

Très stables chimiquement, les dioxines - terme générique qui englobe un grand nombre de molécules aux propriétés proches, ne se dégradent pas dans l'environnement. Et tendent même à s'accumuler dans les organismes tout au long de la chaîne alimentaire. Une bioaccumulation qui a bien des conséquences.

La persistance d'agent orange dans la nature vietnamienne, dans les sols, les cours d'eau mais aussi dans la faune et la flore, expose encore aujourd'hui la population vietnamienne aux dioxines. Malgré la difficulté de lier contamination aux dioxines à la survenue de maladies, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) évoque des « investigations [qui] se poursuivent sur le lien [de l'exposition à l’agent orange] avec certains types de cancers et le diabète».

En plus de ces pathologies, peuvent être cités les handicaps physiques - notamment membres surnuméraires ou manquants, mais aussi mentaux, ainsi qu'un nombre plus important de fausses couches chez les femmes exposées. Selon les chiffres de la Croix-Rouge Vietnamienne repris par le Monde Diplomatique de Janvier 2006, un million de Vietnamiens seraient directement concerné par une exposition aux dioxines.

D'importants préjudices sanitaires et environnementaux mais également sociaux ou encore économiques que les Vietnamiens paient aujourd'hui, et qui jettent une ombre de plus sur la sombre histoire de la guerre de Vietnam. Mais qui écorne également l'image de la firme Monsanto, éclaboussée par un scandale relatif au puissant défoliant qu'elle a mis au point.

Corruption d'un scientifique (re)connu

En 2006, The Guardian révèlait des informations promptes à faire des vagues. Sir Richard Doll, scientifique respecté et célèbre pour avoir démontré le lien entre le tabac et le cancer du poumon, a été payé pendant plus de 20 ans (pendant les décennies 70 et 80), à hauteur de 1500 dollars quotidiens, par la firme Monsanto et obtenu 15.000 dollars de différentes entités de l'industrie chimique américaine. Ce, alors même que l'épidémiologiste, décédé en 2005, était en charge d'un travail qui devait étudier les éventuelles conséquences sanitaires de l'utilisation de l'agent orange... et qui concluait à l'innocuité de l'herbicide. Des collusions qui décrédibilisent aussi la théorie de Sir Richard Doll selon laquelle l'augmentation des cas de cancer serait plus imputable à notre mode de vie moderne qu'à l'influence d'un environnement de plus en plus pollué.

Le Dialogue Group , réunissant acteurs publics américains et vietnamiens, a annoncé en août 2010 une aide de 300 millions d'aide sur dix ans pour lutter contre les conséquences de l'épandage, au Vietnam, de millions de litres d'agent orange durant les années 60. Des fonds pour tenter d'atténuer aujourd'hui les erreurs d'hier.

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