L'agriculture locale, arme contre la faim?

La gestion locale de petites surfaces cultivables permet de limiter les risques de famines mais également de répondre aux effets du changement climatique.

925 millions de personnes sont sous-alimentées aujourd'hui dans le monde. Faim et malnutrition constituent le « risque numéro un à la santé humaine » et « leur impact dépasse celui du SIDA, du paludisme et de la tuberculose réunis » selon le Programme Alimentaire Mondial (PAM). Alors que la faim dans le monde a régressé durant les décennies 80 et 90, elle progresse de nouveau. Des initiatives voient toutefois le jour pour améliorer la suffisance alimentaire et réduire les impacts du réchauffement climatique.

La faim dans le monde et les conséquences de la première révolution verte

La faim dans le monde, une préoccupation de longue date. Dans les années 60 fut lancée la révolution verte, comme l'explique le site de l'Organisation de l'Alimentation et de l'Agriculture (FAO, Food and Agriculture Organization). L'introduction des techniques modernes dans l'agriculture des pays en développement, notamment asiatiques et latino-américains, a permis de doubler le rendement des cultures céréalières à l'instar du riz, du maïs ou du blé.

Des résultats encourageants qui ont montré leurs limites. La FAO reconnaît ainsi que « depuis les années 90, nous avons pris conscience d’avoir payé cher le gain de productivité dû à la Révolution Verte. » En terme de biodiversité d'abord, l'agriculture intensive sonnant souvent le glas d'espèces locales délaissées au profit des nouvelles variétés.

Les techniques agricoles modernes ont apporté l'usage intensif d'intrants agricoles, provoquant de fait problèmes sanitaires et pollution, d'autant plus terribles que les infrastructures publiques étaient fragiles... Enfin, l'irrigation intensive a contribué à épuiser les réserves aquifères. Autant de conséquences qui appellent à des alternatives aux cultures intensives, au regard des nouveaux défis mondiaux.

L'agriculture locale pour pallier l'insécurité alimentaire

Depuis les années 60, la consommation croissante de viande, notamment dans les pays en plein boom économique et fortement peuplés tels la Chine, ainsi que le demande en agrocarburants ou encore l'expansion des palmeraies ont réduit considérablement les surfaces destinées aux cultures vivrières. Des obstacles supplémentaires à la sécurité alimentaire dans les pays en proie à la pauvreté.

Pourtant des solutions locales existent. Ainsi le PAM se félicite, en ce début décembre 2010, des effets positifs, en Ethiopie, du programme MERET, mis en place en liaison avec le gouvernement de ce pays africain régulièrement touché par la famine. Contre des rations alimentaires, les paysans du village agricole Goro Wagilo ont revalorisé les surfaces agricoles érodées.

Construction de barrages, déblaiement des rues, terrassement des terres... Un travail de longue haleine, débuté en 1995, qui porte aujourd'hui ses fruits. Alors que « les collines ressemblaient à un homme sans vêtements - dépourvues d’arbres et de plus en plus dégradées après chaque pluie », selon un habitant du village, les agriculteurs produisent suffisamment de maïs, teff, ou soja pour se passer de l'aide alimentaire. Et pour résister plus efficacement aux mauvaises récoltes dues aux aléas climatiques.

S'adapter aux effets du changement climatique

De l'autre côté de l'Atlantique, dans la forêt tropicale mexicaine, les Mayas de Tabi souffrent depuis trois ans de sécheresses, quand un ouragan ne détruit pas l'ensemble des récoltes, peut-on lire dans les colonnes du Monde daté du 5 décembre 2010. Des rendements amenuisés en outre par une agriculture de subsistance, consistant principalement à brûler la forêt pour cultiver une petite parcelle et l'abandonner deux récoltes plus tard lorsque celle-ci est épuisée.

Pour améliorer leur sort et préserver la forêt - dont on connaît l'importance dans l'absorption de dioxyde de carbone, les Indiens s'organisent, aidés par des ONG comme l'Organisation des producteurs forestiers de la zone maya. Un paysan témoigne des changements d’habitude dans la culture des terres: « Désormais, nous choisissons les meilleures terres et nous en faisons des terres permanentes. C'est un travail difficile ».

Enlever «toutes les pierres, les souches», créer «des rangs de labour» et organiser la «rotation des cultures pour ne pas appauvrir la terre» paient aujourd'hui: la productivité augmente, permet de doubler les récoltes et de réduire les effets des aléas climatiques. Une agriculture durable, pour laquelle les Indiens réclament une subvention du gouvernement mexicain qui «refuse toute rétribution».

Sans doute réside là le décalage entre discours politiques et applications pratiques. Alors que les gouvernements réclament la promotion du développement durable, l'agriculture et la sécurité alimentaire ne figurent pas parmi les sujets prioritaires des dirigeants. Ainsi, en juin dernier un article du Monde déplorait-il que la sécurité alimentaire ne soit pas évoquée lors du sommet du G20. Les initiatives locales permettent aussi de pallier le handicap des promesses non tenues.

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