L'alcool chez la femme enceinte, risques et prévention

Alcool et grossesse ne font pas bon ménage. La survenue aléatoire des troubles fœtaux et la mésinformation compliquent la prévention des risques.

Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) toucherait entre 700 et 3 000 nouveau-nés en France chaque année, selon des chiffres publiés en 2006 par l’Institut de prévention et d’éducation pour la santé (INPES). Le SAF constitue la conséquence la plus grave d’absorption de breuvages alcoolisés par la femme enceinte, mais les troubles foetaux irréversibles liés à l’alcool pendant la grossesse peuvent présenter des formes diverses d’intensité variée. Tour d’horizon.

Pourquoi l’alcool nuit-il au fœtus?

L’alcool et ses produits de dégradation, à l’instar de l’acétaldéhyde, traversent la barrière placentaire. Pour cette raison, lorsqu’une femme enceinte consomme des boissons alcoolisées, la concentration d’alcool dans le sang de l’enfant à naître atteint rapidement celui de sa mère. Voire la dépasse, en raison du poids du fœtus et de l’incapacité de son foie immature à éliminer correctement les composés dérivés de l’éthanol.

Outre les complications de la grossesse liées à l’ingestion d’alcool, à l’instar des accouchements prématurés, l’alcool est particulièrement nocif pour le fœtus (ou embryon avant 3 mois). Comme l’explique le dossier de presse de l’INPES , le cortex cérébral du fœtus est très sensible à l’ingestion maternelle d’alcool. L’exposition alcoolique fœtale peut donc amener des troubles cognitifs: problèmes intellectuels, de mémorisation, de concentration ou encore d’abstraction.

Le syndrome d’alcoolisation fœtale (SAF) constitue la forme la plus sévère d’exposition alcoolique du fœtus. Elle se manifeste, outre par des anomalies faciales et des retards de croissance, par des dommages du cerveau se traduisant par des dysfonctionnements intellectuels et cognitifs marqués. Retard mental, difficultés de concentration et d’apprentissage, hyperactivité… Tant de symptômes divers et d’intensité variables liés au SAF, première cause de retard mental non génétique en France.

Quels gestes adopter pendant la grossesse?

Pour sensibiliser les femmes enceintes, le site Alcool Info Service n’hésite pas à comparer les risques pour le fœtus liés à l’alcool à la survenue potentielle du cancer du poumon chez le fumeur... Aucun seuil minimal de consommation ne protège l’enfant à venir des troubles liés à l’exposition alcoolique mais la consommation maternelle d’alcool ne provoque pas forcément de troubles… De la même manière que tous les fumeurs ne souffrent pas tous d’un cancer du poumon.

Si les dangers pour le fœtus augmentent avec la quantité et la fréquence de consommation, une alcoolisation même minime peut engendrer des séquelles incurables. En conséquence, Alcool Info Service recommande à toutes les futures mamans de s’abstenir de boire la moindre goutte d’alcool, en vertu du principe de précaution. En cas de consommation accidentelle d’alcool, notamment alors que la grossesse n’était pas encore connue, rien ne sert de paniquer, le risque restant limité.

La difficulté d’évaluer les menaces pesant sur le fœtus ainsi que les symptômes d’intensité très variable qui peuvent survenir brouillent le message à destination des femmes enceintes. Une étude de l’INPES révèle d’ailleurs les différentes interprétations sémantiques liées à l’alcool durant la grossesse. Car si 82% des Français reconnaissent qu’une femme enceinte ne doit pas boire, 40% estiment que les risques surviennent dans le cadre d’une consommation quotidienne d’alcool…

Alerter le public sur les dangers de l’alcool sur le fœtus

Dans l’optique de sensibiliser sur les risques de la consommation d’alcool durant la grossesse, une loi datant de février 2005 « vise à faire figurer, sur toutes les unités de conditionnement des boissons alcoolisées, un message à caractère sanitaire préconisant l’absence de consommation d’alcool par les femmes enceintes », selon le ministère de la Santé . Le message préventif peut prendre la forme d’une mention ou d’un pictogramme, téléchargeable sur le site du Ministère.

Obligatoires depuis 2007, à l’exception des boissons conditionnées avant cette date et dont les stocks ne seraient pas écoulés, l’étiquetage des bouteilles et autres canettes participe aux grandes campagnes de sensibilisation initiées par les autorités. A destination du grand public d’abord, par l’intermédiaire de l’INPES et de rencontres organisées dans les collèges et lycées. Mais aussi à l’égard des professionnels de santé, notamment pour les encourager à sensibiliser les femmes enceintes sur les dangers de la consommation d’alcool.

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