L'autodafé: quand le feu tue les hérétiques ou détruit les livres

Mise à mort des impies par le feu ou démolition d'objets par les flammes, l'autodafé constitue un geste symbolique, impressionnant et souvent extrêm(ist)e.
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Nombreux sont les mythes et images associés au feu, parmi lesquels celui du Phœnix. L'oiseau fabuleux, originaire d'Ethiopie, dont le plumage se parait de couleurs éclatantes, renaissait de ses cendres. Le feu, dont la symbolique de purification et de régénération explique la présence forte dans les mythologies et religions. Le feu, également ennemi implacable et outil de toute-puissance.

L'autodafé à l'origine: la mise à mort des hérétiques

Le terme autodafé , du portugais auto da fé , signifie littéralement acte de foi. Acte de foi qui consistait, sous l'Inquisition à brûler sur la place publique ceux qui ne se soumettaient pas au dogme catholique. Créé en 1233 par le pape Grégoire IX, le tribunal de l'Inquisition avait pour mission de démasquer, sans dénonciation ou plainte, les "hérétiques et catholiques non sincères", selon le site Hérodote .

Tristement célèbre, l'inquisiteur général Tomas de Torquemada, aurait envoyé entre 1483 et 1498, plus de 2000 personnes au bûcher. Réservé aux hérétiques refusant toute repentance - parmi lesquels des juifs ou des personnes soupçonnées de sorcellerie, l'autodafé porte une forte charge symbolique. Notamment par l'utilisation du feu, purificateur et régénérateur. Jérôme Savonarole , à la même époque, a épargné les vies humaines…mais a également usé du feu.

Peu connu pour sa modération religieuse, le dominicain organise, à Florence en 1497, un gigantesque brasier - le "bûcher des vanités" - dans lequel les habitants sont invités à jeter objets de luxe et apparats divers. Bijoux, miroirs, instruments de musique, œuvres de Pétrarque et Boccace…Tant de symboles, pour Savonarole, de la dépravation morale de la Renaissance - clergé compris. Le moine sera pendu puis brûlé un an après cette action jugée excessive par le pape.

L'autodafé depuis le XIXe siècle: des livres essentiellement partent en fumée

L'autodafé concerne d'ailleurs aujourd'hui moins des personnes que des objets - essentiellement des livres. Souvent expression de violence, de tyrannie et d'oppression, l'autodafé de livres conserve bien souvent une connotation religieuse à laquelle se mêlent parfois des idéaux politiques. Ainsi, le régime nazi a pratiqué la destruction par le feu de nombreux ouvrages.

Dissidents du système totalitaire allemand et auteurs juifs ont ainsi vu leurs livres brûler en place publique. Une pratique qui a débuté dès 1933 à Berlin, avant de se poursuivre à travers toute l'Allemagne et qui a livré aux flammes des œuvres de Bertolt Brecht, Alfred Doblin, Stefan Zweig ou encore Sigmund Freud et Karl Marx.

L'autodafé, lorsqu'il est étatique, apparaît souvent dans des régimes dictatoriaux ou semi-totalitaires, dans lesquels la liberté d'expression, quand elle existe, est étroitement surveillée. Ainsi, en 1998, les autorités chinoises ont fait détruire 50 000 exemplaires d'un mensuel appelant à la libéralisation du régime. Le magazine est finalement reparu…sans toutefois que n’y figure l’article incriminé.

Aujourd'hui: l'autodafé, un acte de provocation religieuse souvent d'initiative personnelle.

Les derniers autodafés relayés par les médias relèvent davantage d'actes isolés, œuvres de conservateurs religieux, guidés essentiellement par l'extrémisme dogmatique et / ou la provocation. Ainsi en 1998, l'évêque Nikon , dignitaire connu pour son conservatisme, ses propos antisémites et nationalistes, a ordonné que soient brûlés dans l'Oural les ouvrages écrits par trois théologiens orthodoxes, invoquant des "thèses dangereuses et hérétiques".

Le 11 septembre 2010, date anniversaire des attentats du World Trade Center, le pasteur fondamentaliste Terry Jones avait envisagé de brûler le Coran à l'occasion d'une manifestation publique en Floride. Avant de renoncer le 9 septembre, devant les protestations générales que suscitait un tel projet... Moyen de pression, l'autodafé d'ouvrages, qu'ils soient religieux politiques ou romanesques, constitue une manœuvre violente.

Le livre peut s'avérer, dans les régimes totalitaires, un outil de propagande pour les autorités. Mais également un moyen de contre-pouvoir et du refus de l'uniformisation, idée centrale du livre Fahrenheit 451 . Fahrenheit 451, soit environ 233 degrés Celsius, qui correspondent, selon son auteur Ray Bradbury à la température à laquelle se consume le papier... Une vision futuriste sombre, dans une société déshumanisée qui jette au feu les écrits, menaces pour l'ordre établi.

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