Le cancer du pancréas: dépistage et diagnostic difficiles

La découverte tardive des tumeurs de cet organe du système digestif ainsi que leurs caractéristiques compliquent la lutte contre ce cancer hautement mortel.
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7 200 personnes meurent chaque année du cancer du pancréas, selon les chiffres de l'Institut de veille sanitaire (InVS). Les décès liés à cette pathologie augmentent alors même que l'Institut national du cancer vient de publier une étude révélant la baisse, en France, de la mortalité liée aux cancers. Un paradoxe qui s'explique par la complexité du diagnostic et la difficulté du traitement.

Le pancréas et les cancers qui lui sont associés

Le pancréas est une glande située sous l'estomac, entre le foie et la rate. Il remplit deux fonctions, détaillées par La ligue contre le cancer et qui, toutes les deux, peuvent abriter la prolifération de cellules cancéreuses.

  • La première activité, dite "exocrine", consiste à produire les sucs digestifs libérés dans l'intestin, au niveau du duodénum. 95% des cancers concernent cette fonction. On parle alors d'adénocarcinome pancréatique.
  • La seconde activité pancréatique, dite "endocrine", aboutit à la production de l'insuline, déversée dans le sang et destinée à diminuer la glycémie. 5% des tumeurs sont relatives à cette fonction. Il s'agit alors d'une tumeur endocrine.
Le magazine de la santé l'Institut national de la santé et de la recherche médicale

Les tumeurs endocrines s’accompagnent, en raison de la perturbation de la fonction insulinique, d’un diabète ou d’hypoglycémies. Quel que soit le type de cancer, est observé un affaiblissement général. Les symptômes du cancer pancréatique, dont la description reste vague, varient selon les patients. De plus, ils peuvent être inhérents à bien d’autres maux moins sévères que le cancer.

Les dépistage et traitement du cancer pancréatique

La ligue contre le cancer regrette qu’aucun "dépistage systématique" ne puisse être "proposé face à ce cancer". Des marqueurs tumoraux – comme l’antigène CA 19.9 –, ne sont pas toujours retrouvés dans le sang des personnes atteintes. A contrario , une élévation de tels marqueurs biologiques peut trouver son origine ailleurs que dans la prolifération cancéreuse (pancréatite ou calcul biliaire).

L’Association de recherche contre le cancer (Arc) insiste sur le fait que le bilan sanguin, s'il révèle des anomalies pancréatiques, doit être complété par l’imagerie médicale (échographie et scanner abdominaux). Le diagnostic de cancer du pancréas ne pourra être confirmé qu’après biopsie (prélèvement et analyse de tissu pancréatique), voire exploration chirurgicale en cas de doute.

L’Inserm revient sur les différentes traitements appliqués en cas de cancer pancréatique. L’ablation du pancréas – pancréatectomie –, est la première solution envisagée, radicale, mais qui laisse entrevoir le plus de chance de guérison. Cette opération chirurgicale nécessite cependant un bon état général du patient, l’absence de métastases et aucun vaisseau de taille importante à proximité de la tumeur. Des conditions réunies dans seulement 15% des cas.

Lorsque la tumeur est inextirpable, la chimiothérapie et la radiothérapie constituent les seuls moyens de limiter la progression des cellules cancéreuses et d’améliorer la qualité de vie des patients. La chimiothérapie peut, après l’exérèse de la tumeur, réduire les risques élevés de récidive associés au cancer pancréatique. L’administration des substances chimiques peut également diminuer la taille de la tumeur et permettre ainsi l’intervention chirurgicale.

Pourquoi un taux de survie si bas?

Le taux de survie, 5 ans après le diagnostic d’un cancer pancréatique, est inférieur à 5%. Il peut atteindre 10 à 30% chez les patients ayant bénéficié d’une intervention chirurgicale, selon les chiffres de l’Inserm . Ces statistiques faibles s’expliquent en premier lieu par un dépistage tardif. En raison de l’absence de dépistage systématique et parce que les symptômes apparaissent lorsque la tumeur atteint une taille importante, réduisant fortement le taux de survie.

Ensuite, l’importance du pancréas dans le système digestif et sa riche vascularisation entravent les interventions chirurgicales risquées. Enfin, les systèmes hormonaux, de par leur structure adaptée à leur fonction, produisent des tumeurs agressives et résistantes aux traitements, et favorisent l’invasion métastasique d’autres organes. Si le traitement échoue, le seul champ d’action réside dans les soins palliatifs, destinés à réduire les douleurs du patient.

L’Arc entrevoit toutefois quelques espoirs. Les chercheurs tentent de mettre au point de nouvelles méthodes diagnostiques, afin de dépister la maladie à un stade moins avancé. Des molécules récentes, dites anti-angiogéniques, privent les tumeurs d’alimentation sanguine et ont faire leurs preuves dans le traitement d’autres cancers. Enfin, l’amélioration des techniques de chimio et radiothérapie doit permettre d’augmenter les chances de rémission.

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