Le Citarum, fleuve le plus pollué au monde

Les immondices et produits chimiques qui asphyxient le cours d'eau indonésien valent au Citarum le triste titre de fleuve le plus pollué au monde.
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L'or bleu, richesse inestimable régulièrement malmenée... L'eau alimente des tensions et se transforme en enjeu géopolitique dans certaines contrées. L'Egypte et le Soudan se disputent ainsi le Nil, alors que la Turquie, la Syrie et l'Irak bataillent pour bénéficier des ressources du Tigre et de l'Euphrate. Nécessaire pour abreuver les populations et irriguer les récoltes, les cours d'eau ne bénéficient pas toujours de la protection indispensable. Le fleuve Citarum illustre bien tristement les désastres d'une eau négligée.

Situation géographique du Citarum

L'embouchure du Citarum se situe au nord-est de l'île indonésienne de Java. Prenant sa source dans la Mer de Java, le fleuve chemine sur plus de 270 kilomètres. Supportant une densité de population de 1000 habitants au kilomètre carré, Java voit ses cours d'eau soumis à une forte pression démographique. Le Citarum est d'autant plus concerné qu'il serpente à proximité de Djakarta et de Bandung, villes abritant à elles deux environ 12 millions d'habitants.

Or les infrastructures sanitaires indonésiennes font cruellement défaut. Les ordures ménagères sont jetées directement dans les flots du Citarum. Sans système de tout-à-l’égout, les déjections humaines connaissent le même sort. Et les 500 industries, majoritairement dédiées au textile, qui jalonnent le parcours du cours d'eau indonésien rejettent métaux lourds et solvants chimiques directement dans l'eau.

Les déchets qui flottent sur l'eau saturée de produits chimiques offrent à voir un paysage de désolation. Pourtant, aussi difficile que cela puisse paraître, les berges du fleuve se paraient encore, il y a 20 ans, d'une beauté peu commune. Mais industrialisation à marche forcée et urbanisation anarchique ont transformé Java de manière imprévue... et dangereuse.

Les conséquences de la pollution du Citarum

Comme le rapporte le Daily Mail , les habitants, sans autres alternatives, continuent néanmoins d'utiliser l'eau fluviale pour boire, cuisiner ou encore se laver. Des millions de personnes sont ainsi susceptibles de souffrir des maladies inhérentes à la consommation d'eau insalubre, comme le choléra, ou d'être intoxiquées par les substances chimiques.

La pêche, devenue de toute façon quasiment impossible en raison de l'asphyxie des poissons, a été peu à peu remplacée par la récupération des déchets, ensuite lavés et revendus. Les éboueurs de l'eau peuvent ainsi espérer gagner jusque 3 euros par semaine... Cette activité dangereuse demeure la seule possible sur un fleuve où l'eau est difficile à discerner sous les ordures.

Les experts prédisent une lente agonie pour le cours d'eau, étouffé sous les détritus et empoisonné par les produits chimiques. Une mauvaise nouvelle pour les habitants, alors que le Citarum approvisionnent une majorité de la population de Bandung et Djakarta. Une mauvaise nouvelle aussi pour la nature javanaise, alors que le bassin du fleuve est déjà durement frappé par la déforestation.

Quelles solutions pour sauver le fleuve Citarum?

Certains espèrent pourtant encore sauver les eaux qui arrosent les terres javanaises. La banque de développement asiatique (ADB, Asian Development Bank) a ainsi lancé en 2006 un vaste programme de nettoyage du cours d'eau, pour un coût estimé à 500 millions de dollars . L'ADB, institution financière qui œuvre pour le progrès social, souhaite ainsi favoriser l'amélioration de l'eau javanaise.

En partenariat avec les gouvernements, les acteurs privés et les organisations non gouvernementales, l'ADB espère ainsi fournir les armes pour remédier aux graves problèmes de pollution qui touchent le Citarum. Mais également pour pouvoir aider à la mise en place d'un meilleur système de contrôle et de prévention de la qualité de l'eau...

Une démarche qui va bien au-delà de la simple motivation écologique. Car si l'oracle des experts se réalise et que le Citarum s'assèche, des millions d'habitants seront privés d'or bleu. Et alors, les conséquences qui découleraient d'une telle situation, sur une île très densément peuplée, prendraient sans doute des proportions dramatiques.

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