Le don croisé d'organes, un nouvel espoir pour les greffes?

Le don d'organes entre couples donneur/receveur va être légalisé en France. Quelles implications pour les personnes engagées dans une telle démarche?

En 2009, environ 15 000 personnes attendaient un organe, dont un peu plus de 10 000 un rein. Sur les 3 120 transplantations rénales réalisées cette même année, 223 l'ont été grâce à des donneurs vivants. Un don d'organe, qui concerne essentiellement les reins (prélèvement moins risqué qu’une partie du foie) et possède un retentissement éthique particulier. A ce titre, le don croisé d'organe, petit espoir supplémentaire pour les patients en attente de greffe, nécessite un encadrement spécifique.

En quoi consiste le don croisé d'organes?

Un homme, appelons le Jules, souhaite donner un rein à son épouse Marie, souffrant d'une grave insuffisance rénale. Mais leur incompatibilité empêche toute transplantation. Une jeune femme, nommée Julie voudrait donner son rein à son frère malade, Marc, mais des groupes sanguins différents ou leurs caractéristiques antigéniques propres à chacun rendent impossible l'intervention.

Or, le hasard veut que Jules et Marc soient parfaitement compatibles pour envisager un don d'organes. De la même manière, le rein que Julie est prête à donner peut tout à fait être transplanté chez Marie. Pourquoi alors ne pas envisager un don croisé d'organes, entre ces binômes qui ne se connaissent pas? Une option impossible en France jusqu'il y a peu.

En effet, jusque la révision 2010 des lois de bioéthique, une personne ne pouvait donner d'organes de son vivant qu'à une personne proche de son entourage: concubin, frère, soeur, parent ou enfant. grands-parents, oncles et tantes, cousins ou encore conjoint de l'un des parents. Une situation en passe d’évoluer: le projet de loi relatif à la bioéthique qui envisage la légalisation d’une telle pratique, tente d’en appréhender les conséquences et d’en poser le cadre.

Le donneur, dont le consentement éclairé est primordial, ne doit pas faire l'objet de pressions

L'étude d'impact sur le projet de loi relatif à la bioéthique estime que le don croisé d'organes évitera "d'accroître la pression morale sur l'entourage du malade" puisque un donneur potentiel n'appartiendra plus exclusivement à la sphère familiale proche. Toutefois, cela n'exclut pas les tentatives de coercition pour qu'un proche donne un organe à un receveur dont le binôme serait compatible avec le malade...

Celui qui se verra prélever un organe doit d'ailleurs avoir exprimé librement sa volonté de donner un organe pour sauver son proche avant qu'on ne puisse lui soumettre l'idée d'un don croisé d'organe. Les informations délivrées au donneur potentiel demeurent les mêmes que dans le cas d'un don "classique": risques liés aux interventions médicales, conséquences du prélèvement sur la qualité de vie, etc. L'éventualité d'un don croisé d'organe sera désormais mentionnée en sus.

Enfin, le donneur garde le droit de se rétracter jusqu'au dernier moment, Le projet de loi prévoit d'ailleurs que les conséquences d'un tel refus soient "assumées par les équipes hospitalières". Pour éviter tout retour en arrière voyant l'un des malades en attente de transplantation opéré et pas l'autre, les prélèvements d'organe ainsi que les greffes se dérouleront simultanément.

Quelles conséquences, pour le receveur, du don d'organe croisé?

Jusque la révision des lois de bioéthique, deux cas de figure se présentaient au receveur. Soit le donneur était décédé, soit le donneur vivant appartenait à son entourage proche. Le don croisé fait intervenir une troisième possibilité: le donneur existe mais le lien, autre que celui engendré par le don d'organes, se fait plus ténu et par l'intermédiaire de tierces personnes.

Ce qui nécessite un suivi psychologique particulier, pour aider le receveur à gérer le sentiment de dette envers le donneur...Les législateurs appellent, dans cette optique, à préserver à tout prix et lorsque cela est possible, l'anonymat. Principe clé des dons de tissus biologiques, le secret permet également de limiter les conséquences psychologiques dans la situation où les transplantations simultanées ne déboucheraient pas sur les mêmes issues, l'une couronnée de succès, l'autre se soldant par un échec.

Le projet présenté par Roselyne Bachelot, alors ministre de la Santé, évoque la possibilité, grâce au don croisé, de réaliser chaque année 50 à 100 greffes rénales supplémentaires. 50 à 100 personnes qui verront peut-être leur qualité de vie s'améliorer et l'avenir s'éclaircir, motivation du proche prêt à se voir prélever un organe. L'expression donnant-donnant prend ici tout son sens.

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