Le pétrole issu des sables bitumineux: très polluant et onéreux

Les champs arénophiles pétrolifères, immenses réserves de brut, sont exploités en dépit des dégâts environnementaux et sanitaires. Tour d'horizon.

Le Canada abrite la deuxième plus grande réserve mondiale de brut, après l'Arabie Saoudite. A la différence du royaume saoudien, point de pétrole liquide. Mais du sable pétrolifère - dit bitumeux ou bitumineux -, concentré notamment dans la province de l'Alberta, dans le sud-ouest du pays. La particularité géologique de ces hydrocarbures nécessite des méthodes d'extraction spécifiques, qui menacent la nature et l'homme.

Que sont les sables bitumineux? Explications et méthodes d'extraction

Les sables bitumineux résultent de l'agrégation de sable et d'argile, auxquels se mélangent eau et hydrocarbures. Outre la tristement célèbre région de l'Alberta, le Venezuela abrite également, de façon plus minoritaire, de telles réserves de sables d'or noir. A l'inverse de son cousin conventionnel qui revêt une forme liquide, le sable bitumineux est visqueux à en devenir solide. Ce qui nécessite des techniques d'exploitation particulières.

Comme l'explique le site de la compagnie pétrolière Total , les techniques d'extraction, qui ont en commun un coût élevé, diffèrent selon la profondeur à laquelle se trouve le pétrole:

  • A moins de 100 mètres de profondeur, l'extraction de type minière se fait à ciel ouvert. Cette technique concerne environ 20% des réserves canadiennes
  • A plus de 100 mètres de profondeur, l'extraction est dite in situ. De la vapeur d'eau et des solvants sont injectés via des puits pour fluidifier le bitume ainsi recueilli et purifié par la suite.

Les conséquences environnementales et sanitaires de l'exploitation des sables bitumineux

L'exploitation pétrolière, qu'elle concerne les hydrocarbures conventionnels ou les sables bitumeux, induit des dommages environnementaux. La déforestation nécessaire à l'installation des appareillages et au passage des engins mécaniques dégrade l'écosystème et en trouble la biodiversité. Il n'est pas rare que du pétrole soit libéré dans la nature au cours des manœuvres et pollue l'environnement. Quelques spécificités de l'exploitation des terres bitumeuses, listées par Yves Miserey dans le Figaro , rendent cette activité particulièrement nocive.

Les gisements à ciel ouvert nécessitent de gratter les couches de terre de la forêt boréale. Le bitume récupéré par les pelleteuses offre une qualité médiocre, mélangé à de fortes proportions de sable (80 à 85%); la purification obligatoire est particulièrement gourmande en eau et en énergie. Les gaz à effet de serre (GES) ainsi libérés sont trois à cinq fois plus importants que pour l'exploitation pétrolière habituelle (chiffres de Metro ).

L'extraction in situ, qui utilise des solvants, introduit ces composés chimiques dans le cycle de l'eau. Les produits chimiques, cancérigènes, se retrouvent dans les rivières en aval et empoisonnent tout à la fois les habitants, la faune et la flore. L'impact est d'autant plus important que les communautés indiennes vivant alentour trouvent dans la chasse et la pêche leur unique moyen de subsistance.

Les sables bitumineux, de nombreux désavantages et pourtant....

Actuellement, personne ne nie les conséquences néfastes de l'extraction des sables bitumineux. Mais plusieurs facteurs expliquent les raisons pour lesquelles elle perdure. D'abord, la spéculation liée à l'or noir favorise l'exploitation de toutes les ressources en hydrocarbures, y compris lorsqu'elle est onéreuse. Les fortes hausses du pétrole ces dernières années ont ainsi contribué à l'essor de l'exploitation des terres bitumeuses.

Ensuite, des motivations plus politiques soutiennent également la ruée vers le pétrole en Alberta. Armelle Sanière, économiste à l'Institut Français du Pétrole , rapporte ainsi dans le Figaro que ces gisements - connus donc moins soumis à l'incertitude que les réserves conventionnelles - offrent l'avantage, notamment pour les Etats-Unis, de se situer dans un pays politiquement stable. A la différence des états du Moyen-Orient, fournisseurs mondiaux de pétrole qui entretiennent des relations diplomatiques parfois tendues avec les Etats-Unis.

Des voix s'élèvent aujourd'hui contre l'exploitation des sables bitumineux. Selon Radio Canada , un rapport publié ce 22 Novembre par le Réseau Action Climat Canada dénonce le lobbying intense du gouvernement de Stephen Harper pour « miner les politiques climatiques à l'extérieur [des] frontières [canadiennes] », via une « stratégie de défense des sables pétrolifères secrète menée par le ministère fédéral des Affaires étrangères, avec des dirigeants travaillant aux États-Unis et dans l'Union européenne ». Intérêts politico-économiques et sauvegarde de l'environnement ne font décidément pas bon ménage.

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