Le professeur René Frydman, figure de l'obstétrique en France

Ce grand nom de la médecine a participé à nombre d'innovations françaises en matière de gynécologie-obstétrique. Portrait d'un docteur engagé.
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Entre 1982, année de la grande première, et fin de 2008, plus de 200 000 fécondations in vitro ont abouti à des naissances en France. Une grande avancée pour les couples frappés par la stérilité, rendue possible en grande partie par un homme que rien ne prédestinait pourtant à devenir le chef de file de la gynécologie-obstétrique en France. Retour sur la vie et les combats de René Frydman.

Rien ne prédestinait René Frydman à la gynécologie-obstétrique

Né en 1943 à Soumoulou dans les Pyrénées-Orientales, René Frydman est issu d'une famille d'immigrés juifs polonais, loin du milieu médical mais dans laquelle, selon l'aveu de René Frydman dans Le Monde Magazine daté du 4 décembre 2010, être docteur est considéré "comme une bonne situation et une situation mobile, qui permettait de partir s'il le fallait".

Durant son internat, un - très bon - poste en traumatologie fait prendre conscience au jeune René que le "bricolage osseux" ne le passionne guère et l'amène dans un service de gynécologie-obstétrique, dont certains aspects lui évoquent tristement le Moyen Âge. Celui qui participe en 1971 avec Bernard Kouchner à la fondation de Médecins sans frontières (MSF) arrive en 1973 à l'hôpital Antoine-Béclère de Clamart.

Il y intègre, pour ne plus le quitter, le service de gynécologie-obstétrique dirigé alors par Emile Papiernik, figure majeure de sa discipline en France. "Je sentais qu'il y avait beaucoup de choses à faire. [...] Je voulais voir ce qu'était une obstétrique moderne. Papiernik était très ouvert à toutes les nouveautés, et s'intéressait aux aspects physiologiques et psychologiques. [...] il y avait un courant très novateur", explique le professeur dans les colonnes du Monde Magazine .

Plus de 30 ans d'innovations obstétricales

Les deux hommes développent péridurales, échographies ou encore amniocentèses plus performantes. Et de nombreuses premières médicales françaises naissent de cette fructueuse collaboration. Les études de Papiernik et Frydman sur l'ovulation aboutissent à la première fécondation in vitro (FIV) dans l'Hexagone et à la naissance, en 1982, d'Amandine, premier bébé-éprouvette français.

S'ensuivent en 1986 la congélation d'embryons et en 1994 - quatre ans après la nomination de René Frydman au poste de chef de service - l'injection intracytoplasmique de spermatozoïdes (ICSI)... La longue liste des innovations, non exhaustive, est enrichie en février 2011 par la naissance du premier bébé-médicament . Une pratique médicale qui ne saurait se passer d’une profonde réflexion éthique.

"Dans le domaine de la bioéthique, on ne peut pas tout autoriser ou tout interdire. Il faut donc réfléchir thème par thème, même si cela donne parfois l'impression d'un manque de cohérence", argumente-t-il dans les colonnes du Figaro . Si le professeur Frydman déplore "le maquis de précautions sur le plan législatif" qui a retardé la venue au monde du premier bébé du double-espoir, il refuse toute marchandisation du corps humain et s'oppose fermement à la gestation pour autrui.

Un homme engagé qui refuse les mouvements compassionnels

"Le progrès, c'est de savoir refuser certaines choses", explique cet amoureux de l'art africain et océanien dans Le Monde Magazine . Mais le progrès nécessite que l'on se batte aussi parfois. En 1966, à 23 ans, celui qui n'est pas encore un obstétricien célèbre appose son nom aux côtés de 120 autres médecins qui reconnaissent avoir pratiqué l'interruption volontaire de grossesse (IVG).

Alors pourfendeur de l'amiante au sein du Groupe Information Santé (GIS) et partisan de la contraception et de l’avortement - à une époque où l'interruption volontaire de grossesse était encore punie par la loi - le jeune René Frydman fait fi des éventuelles conséquences de son engagement sur sa toute jeune carrière. L'homme qui s'inquiète aujourd’hui des "mouvements compassionnels" dans la société a toujours pris position dans les débats publics.

Et pas uniquement ceux qui traitent de la bioéthique. L'engagement politique du Professeur Frydman en témoigne. D'abord militant à l'Union nationale des étudiants de France (UNEF) puis à l'Union des étudiants communistes (UEC), il participe ensuite à des mouvements maoïstes. Soutien de François Mitterrand puis de Lionel Jospin, il s'est opposé fermement à la loi Hôpital, patients, santé et territoires (HPST).

René Frydman a mis au monde environ 3000 bébés. Naissances qui lui valent photos et cartes tout au long de l'année. "C'est sûr que ces histoires de vie créent des liens. [...] Mais je n'oublie pas tous ceux avec qui ça n'a pas réussi." Il semblerait bien que le grand professeur Frydman appartienne à la même famille que ceux qu'il dit avoir pour modèle: tous ceux "qui ne ferment pas les yeux sur le malheur des autres".

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