Le tigre, espèce pourtant protégée, en voie de disparition

Ce fauve, menacé d'extinction, voit sa population décroître à toute vitesse. Essentiellement à cause de l'homme, qui échoue aujourd'hui à le sauver.
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Une première. Ce 21 Novembre s'est ouvert à Saint-Pétersbourg, pour quatre jours, le sommet international du tigre. Le pays hôte et douze pays asiatiques vont essayer de mettre en place la préservation de la population des tigres qui animent leur nature. Le Fonds Mondial pour la Nature (WWF) met au défi ces nations de doubler le nombre de ces fauves menacés d'extinction d'ici 2022. Retour sur un massacre et les mesures pour l'endiguer.

Le tigre, une espèce décimée

Selon WWF , le XXe siècle a vu disparaître 95% des tigres... Encore 6.000 il y a dix ans, 3.200 spécimens sont aujourd'hui recensés. Cinq sous-espèces sont aujourd'hui référencées: outre le plus connu de tous, le tigre du Bengale, survivent les tigres de Sibérie, de Malaisie, d'Indochine et de Sumatra. WWF fait état d'une sixième sous-espèce, le tigre de Chine, qui n'a pas été observé à l'état naturel depuis 1983.

Certaines sous-espèces de tigres sont d'ores et déjà éteintes. Ainsi, le tigre de Caspienne a disparu suite à la déforestation massive qui a affecté les rives de la mer qui lui a donné son nom. Les tigres de Java et de Bali, cantonnés à leurs faibles superficies insulaires, ont été entièrement décimés par les chasseurs et braconniers.

Les raisons d'un tel dépeuplement

Dans Le Monde daté du 13 Novembre 2010 , Frédéric Bobin revient sur les causes successives de la diminution de la population du tigre. Outre la dégradation de son écosystème, le fauve, symbole de puissance, a de tout temps été pourchassé par l'homme. La chasse du félin constituait auparavant un prétexte aux «safaris mondains conduits par quelque maharadjah à l'auguste turban».

La fourrure féline a également longtemps orné les costumes traditionnels tibétains, jusqu'à ce que le Dalaï Lama, alerté par des associations de défense de l'environnement, déclare en 2006 « contre le bouddhisme », le fait de « porter sur soi des peaux d'animaux ou de la fourrure ». Actuellement, la principale menace vient de Chine. Chaque partie du corps du tigre (os, cerveau, griffe, peau, pénis...), ou presque, est censée guérir d'un mal selon les préceptes de la médecine traditionnelle chinoise.

Le Fonds international pour les animaux (IFAW) alerte sur le commerce illégal de produits dérivés du tire. De grandes fermes d'élevage en Chine, sous couvert de conservation de l'espèce (alors que ces félins sont totalement inadaptés à la vie sauvage), alimentent le marché chinois de poudre à base d'os de tigre. Et stimule le braconnage, puisque « abattre un tigre sauvage ne coûte pas plus que le prix de la balle, alors qu'élever des tigres jusqu'à l'âge adulte a un coût 250 fois plus élevé ».

L'échec de la protection du tigre

Le tigre est une espèce protégée, inscrite à l'Annexe I de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvage menacées d'extinction (Cites). Sont concernées par cette annexe « les plus menacées de toutes les espèces animales et végétales ». En raison du spectre d'extinction, « la Cites en interdit le commerce international de leurs spécimens sauf lorsque l'importation n'est pas faite à des fins commerciales mais, par exemple, à des fins de recherche scientifique ».

Administré par le Programme des Nations Unies poujr l'Environnement (PNUE), la Cites est la première à reconnaître l'échec de la sauvegarde du tigre. En mars 2010, dans Sciences & Avenir , son secrétaire général, Willem Wijnstekers dresse le bilan de la protection du félin: « Si nous prenons le nombre de tigres comme un indicateur, nous devons admettre que nous avons lamentablement échoué et que nous continuons à échouer ».

Le sommet international du tigre laisse présager de bonnes intentions quant à sa protection. Mais ironie du sort, à 6 jours du début de ce premier congrès en Russie, l'IFAW révélait qu'un tigre de l'Amour a été abattu sur le sol russe par des braconniers. Arrêtés - fait assez exceptionnel, ces derniers risquent trois ans de prison et 20.000 $ d'amende. Dès le lendemain, selon la même source, un tigre réintroduit dans une réserve indienne était tué. La route reste longue.

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