Les Chaps, excentriques britanniques et dandys anarchistes

Ces gentlemen à l'allure toujours impeccable, à l'extravagance toute anglaise et aux idées anarchistes font des émules... et avec humour, "please"!

"Always look on the Bright Side of life" (toujours voir le bon côté de la vie), chantaient les Monty Python, sextuor on ne peut plus symbolique de l'humour anglais. Décalés, excentriques, cultivant le non-sens si cher à nos voisins d'outre-Manche, les Monty Python continuent à faire rire alors que sont apparus, il y a une dizaine d'années, des gentlemen d'un genre nouveau qui soignent autant leur look typique que leur philosophie anticapitaliste.

Un look de dandy... et des idées révolutionnaires

Costumes de tweed et moustaches soignées pour les messieurs, boucles anglaises (doit-on le préciser?) et ombrelles pour les dames... Sans oublier les ciseaux à ongles pour s'assurer une netteté jusqu’au bout des doigts. Quelle que soit leur époque de prédilection, qui s'étend du XIXe siècle au milieu du XXe, un seul point commun: un look impeccable. Ainsi les Chaps – « bon gars » en français - se baladent-ils au gré des rues anglaises, dans la lignée d'Oscar Wilde.

"Une nouvelle espèce d'insurgés identifiable à ses tenues irréprochables", explique Gustav Temple au magazine urbain Let's Motiv . Celui qui fut avec son acolyte, Vic Darkwood, à l'origine de ce drôle de mouvement insiste d'ailleurs sur "l'effort de trouver les vêtements qui correspondent à sa personnalité", dans le but de s'affranchir de la vulgarité du monde moderne.

Toutefois, loin du conservatisme victorien, les Chaps et Chapettes revendiquent aussi des idées anarchiques. Proches des milieux altermondialistes, "anti-chaînes, anti-corporate, contre le sexisme et le racisme", peu adeptes des nouvelles technologies et prompts à se révolter contre le patronat, ces "bons gars" d'un nouveau genre peuvent se targuer de réunir des personnes issues de tous les milieux sociaux, de chaque âge, de différentes nationalités et des deux sexes.

Les Chaps Olympics

Peu importe qu'une minorité utilise l'idéologie Chap comme refuge empreint de nostalgie car ils finissent par s'effacer devant le kitsch et le second degré. Les dandys révolutionnaires prônent toujours le ton décalé, dont ils font preuve tous les ans, à l'occasion des Chap Olympics. Concours de claques , course sur le dos de son partenaire, escrime avec homards en plastique amusent les participants encore un peu plus endimanchés qu'habituellement.

A Bedford Square, aucune chance de découvrir un quelconque survêtement sur le dos des participants, jogging ou autre T-shirt constituant un motif de disqualification immédiate. Un verre de gin-tonic à la main et des pimm's à la bouche accompagnent la lecture de vers, qu'ils soient métaphysiques ou absurdes. Sans doute les initiateurs du mouvement Chap n'avaient-ils pas osé rêver d'une telle concentration de gentlemen.

Vic Darkwood et Gustav Temple se rencontrent dans les années 90. Leur admiration commune pour David Niven, Charles Baudelaire et les pubs confidentiels les rend vite inséparables. S'ensuivront des années de dandysme, marquées par une vie insouciante remplie de flânerie, jalonnée de conquêtes, de nuits agitées suivies irrémédiablement par des grasses matinées. Mais toujours avec le style, grâce aux vêtements et accessoires dénichés pour de modiques sommes...

Comment divulguer ses idées? Créer un journal!

Lorsqu'ils fondent The Chap Magazine , un peu par hasard et fortement alcoolisés, les deux compères n'imaginaient sans doute pas sérieusement que ce fanzine un peu "cheap" (étonnant pour des Chap toujours impeccables qui s’en amuseraient sans doute beaucoup aujourd’hui !) dont le lectorat se limitait essentiellement à quelques amis, deviendrait un bimensuel tiré à 10 000 exemplaires.

Ils ne pensaient sans doute pas non plus faire tant d'émules. Et pourtant, les ventes du livre Le Manifeste Chap, savoir-vivre révolutionnaire pour gentleman moderne , de Gustav Temple, publié aux Editions des Equateurs et tiré à 20 000 exemplaires témoignent du succès du mouvement Chap. La "conjuration anarcho-dandyste" s'y voit défendue pendant plus de 300 pages, bien que le couple Chap se soit fâché il y a maintenant quelques années.

Faut-il y voir une révolte contre le monde moderne ou l'énergie du désespoir devant la menace de disparaître à tout jamais? Car peu de chance pour le mouvement Chap de se développer à l'étranger avec un tel sérieux - entendre avec une telle conviction, l'humour primant toujours. Car selon Michael Attree, du Chap Magazine, plus qu'un simple hobby, il s'agit d'un mode de vie... auquel l'excentricité britannique confère toute sa saveur. So british!

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