Les forêts de Kelp, ces jungles sous-marines d'algues géantes

De grandes forêts sont parfois observées sous l'eau. Protectrices de la faune, de la flore et des rivages, elles sont menacées par les activités humaines.
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La mer, aussi calme soit-elle, recèle encore bien des mystères pour l’homme. Et cache bien des trésors. Comme les massifs de Kelp, ces algues géantes ou macro-algues, qui grandissent – et déclinent aussi, en toute discrétion. Car les forêts ne sont pas l’apanage de la terre ferme, et revêtent, sous l’eau aussi, une grande importance.

Que sont et où trouve-t-on les forêts de Kelp ?

Le terme Kelp, d’origine anglaise, désigne tout aussi bien l’algue géante que les forêts qu’elles constituent. Les macro-algues, dont l’espèce la plus commune dans les Kelp est Macrocystis pyrifera , mesurent de 30 à 60 mètres et poussent, pour les plus prolifiques, de 50 à 60 centimètres par jour. Ancrées sur des fonds rocheux, les algues possèdent des flotteurs remplis de gaz carbonique qui maintiennent leurs extrémités, à la recherche de lumière, à la surface.

Ces forêts pour le moins insolites se développent dans des endroits riches en nutriments, le long des côtes de zones froides à tempérées, dans le Pacifique, de l’Alaska à la Californie, comme dans les régions australes (Australie, Nouvelle-Zélande ou Chili). A noter que des forêts, de taille plus modeste, peuvent être observées en France, le long des côtes atlantiques et méditerranéennes : elles se constituent de laminaires ( Laminaria digitalia ) qui ne mesurent en moyenne "que" 6 mètres.

Les Kelp, un écosystème très riche en biodiversité

Les Kelp constituent un écosystème spécifique qui héberge faune et flore diversifiées, leur offre une protection, et limite l’effet des courants marins. Ainsi les rivages sont protégés en partie par les jungles sous-marines qui freinent l’onde marine. Mais surtout, les forêts de Kelp préservent la biodiversité en présence.

Dans le fond s’abritent de leurs prédateurs coquillages et oursins. Les bancs de poissons y trouvent un refuge salvateur face aux orques. A la surface –comme pour la forêt amazonienne, le terme "canopée" peut être utilisé- crabes et hippocampes trouvent facilement une nourriture abondante.

Parmi ces êtres vivants, la loutre de mer représente sans doute l’exemple le plus frappant des relations subtiles qui régissent un écosystème. Comme beaucoup d’autres, protégée de ses prédateurs au sein des Kelp, la loutre de mer s’y ébat tranquillement et s’y reproduit. En s’enroulant dans les feuilles de surface, elle échappe aux courants marins trop violents et aux tempêtes. La loutre se nourrit d’oursins, eux-mêmes brouteurs d'algues géantes et particulièrement friands de jeunes pousses. Pour cette raison, la diminution de la population des loutres va de paire avec la réduction des forêts de Kelp.

Les menaces qui pèsent sur les jungles sous-marines

Aujourd’hui, comme nombre d’autres écosystèmes, les forêts de Kelp sont menacées. En premier lieu en raison des activités humaines, comme la surexploitation des forêts sous-marines. Les algues géantes sont utilisées comme engrais, biocarburants ou encore source d’agar. Cet extrait d’algue, vanté pour sa teneur en iode et en vitamines, entre dans la composition de médicaments, de cosmétiques ou d’aliments industriels.

Les écosystèmes, marins ou non, sont régis par des relations et des équilibres subtils. Ainsi, une espèce qui prolifère et/ou une autre qui disparaît et les algues géantes sont en péril. Ainsi la pêche intensive ou l’empoisonnement (par exemple aux métaux lourds) des prédateurs d’oursins, à l’instar de la loutre, conduit à la prolifération de ces derniers, qui consommeront d’autant plus de Kelp ; la forêt déclinera.

D’autres facteurs peuvent être à l’origine de la destruction de ces habitats naturels. La pollution du littoral, la pêche au chalut et le réchauffement des eaux sont particulièrement délétères pour les Kelp. Ainsi, le long des côtes de la Tasmanie, depuis 50 ans, près de deux tiers des forêts de Kelp pnt disparu.

Sources :

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