Les superstitions au théâtre et leurs origines

Des superstitions ancestrales perdurent dans l'univers théâtral. Des origines souvent multiples mais qui éclairent sur ce monde. Coup de projecteur.
60

Si il est un monde particulièrement superstitieux, mais ô combien réjouissant, il s'agit bien de celui du théâtre. Le résultat d'une histoire longue de plusieurs siècles, marquée notamment par la reconversion de nombreux marins en machinistes et qui ont amené avec eux leurs habitudes et croyances d'hommes de la mer. De quoi alimenter de nombreuses superstitions, aux origines multiples mais aujourd'hui encore prégnantes dans les couloirs des théâtres français.

La fatale corde

Une règle prévaut encore aujourd'hui à tout prix: ne jamais prononcer le mot corde dans un théâtre. A moins de vouloir se voir condamner à payer une tournée à l'ensemble des personnes présentes! Les machinistes de la Comédie-Française, souvent anciens marins de la "Royale" ne réservaient le mot corde qu'à celle qui servait à saluer les morts, à supplicier ou à pendre.

Toutes les "ficelles" utilisées par les marins portaient des noms bien spécifiques, depuis la guinde jusque la drisse, selon leur usage sur le bateau. Mais jamais, au grand jamais, de mot corde prononcé sur un navire ! Si il s'agit de l'explication la plus commune, d'autres sont parfois avancées pour justifier l'interdiction totale du mot corde dans les théâtres.

Ainsi au Moyen Âge, les comédiens, souvent réduits à la pauvreté, volaient pour pouvoir survivre. La justice de l'époque, pour le moins expéditive, n'hésitait pas alors à pendre les malheureux. A moins que le mot corde ne soit tout simplement banni pour une raison beaucoup plus pragmatique. Les décors d'antan, souvent de papier, s'enflammaient aisément.

Pour se prémunir des incendies, des seaux d'eau placés dans les cintres étaient déversés sur la scène en flammes, à l’aide de cordes tirées en cas de besoin. La moindre évocation du terme "corde" conduisait alors fatalement à l'inondation... Une eau d’autant plus dommageable lorsque l'appel à la corde n'était pas utilisé à bon escient!

Sur scène: ni vert, ni sifflet

Siffler n’a rien d’anodin sur scène! Pour ne pas tenter le public de huer les comédiens? Peut-être mais sans doute aussi en raison, encore, des marins reconvertis en machinistes. Habitués à communiquer à l'aide de sifflets codés, leur travail risquait d’être perturbé par tout sifflement extérieur...A moins qu'il ne s'agisse d'éviter de déclencher une alerte au gaz, utilisé pour l'éclairage des veilleuses, et dont les fuites se caractérisaient par un son sifflotant caractéristique.

Une autre superstition, qui ne semble pas, pour cette fois, imputable aux marins, concerne la couleur verte. Sur les scènes françaises - autres pays, autres couleurs - le vert n'est pas de mise. La raison premièrement évoquée n'est pas la plus morbide mais simplement d'ordre pratique; l'éclairage à la bougie rendait très peu seyante la couleur verte sur scène.

En outre, au XVIIe siècle, les teintures textiles de couleur verte recelaient de nombreux produits toxiques: arsenic, oxyde de cuivre ou encore cyanure intoxiquaient les acteurs, fragilisés par le trac et la sueur. De quoi rendre malades les comédiens vêtus de vert et superstitieux les autres. La mort de Molière, tout juste après la représentation du Malade Imaginaire et habillé de vert, a sans doute ajouté un peu plus à l'aura de malédiction qui entoure cette couleur.

Avant la montée sur scène: attention aux paroles et cadeaux à l'attention des acteurs!

Encore aujourd'hui, personne n’ose souhaiter "bonne chance" au comédien qui s'apprête à monter sur scène. Acteur à qui l’on réserve plutôt un retentissant "Merde"! L'origine remonterait au temps des calèches, lorsque les chevaux se délestaient sur les parvis des théâtres. Plus les déjections chevalines s'entassaient, plus les spectateurs étaient nombreux. Bref, "beaucoup de merdes" et le succès était assuré!

La comédienne superstitieuse, presque un euphémisme, vit assez mal qu'on lui offre un bouquet d'œillets. Si aujourd'hui la Comédie-Française demeure l’un des derniers théâtres disposant d'acteurs permanents, il fut une époque où cette pratique était monnaie courante. Le directeur offrait aux actrices dont le contrat était renouvelé un bouquet de roses. Les comédiennes remerciées quant à elles devaient se contenter des œillets, meilleur marché mais de sinistre présage...

Des traditions qui demeurent encore aujourd'hui dans les théâtres. Des théâtres qui doivent être fermés au moins un soir par semaine pour permettre aux fantômes de jouer à leur tour et de ne pas hanter les comédiens, déjà bien embarrassés de toutes ces superstitions!

Sources :

Wikipedia : Les superstitions théâtrales

Le site Artsvivants

La Cie théâtrale Les Baladins

Le Théâtre en Action

La Coupole

Sur le même sujet