L'hydrocotyle, plante invasive, fait des ravages en Europe

La plante aquatique introduite en Europe au début des années 90 a colonisé des cours d'eau au point de les recouvrir entièrement. Retour sur ce phénomène.
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Mesurant de 20 à 30 centimètres, elle survit aussi bien en milieu aquatique qu'en mode amphibie. Parée de très discrètes fleurs blanches, l'hydrocotyle fausse-renoncule, Hydrocotyle ranunculoïdes , cache bien son jeu. Cette plante de la famille des ombellifères se révèle pour le moins envahissante, proliférant dans les eaux à débit lent et étouffant les espèces endogènes.

Hydrocotyle ranunculoïdes , une espèce invasive présente dans le Nord de l'Europe

L'hydrocotyle fausse-renoncule répond aux principaux critères qui décrivent les espèces dites invasives. Importée volontairement en Europe en 1992, par l'intermédiaire du commerce des plantes depuis l'Amérique du Nord, Hydrocotyle ranunculoïdes s'est parfaitement acclimatée à son nouveau milieu. Au point d'être catégorisée plante invasive au Royaume-Uni, aux Pays-Bas ou en Belgique.

Ne rencontrant aucun prédateur sur sa route, la fausse-renoncule bénéficie en outre d'une reproduction asexuée par bouturage ; chaque fragment est susceptible de donner naissance à une nouvelle plante. En découle une prolifération rapide, qui se concrétise par la formation d'immenses tapis végétaux à la surface des cours d'eau à faible débit, voire dans les eaux stagnantes. Des milieux particulièrement favorables à l'envahissant végétal.

La faune et la flore endogènes subissent de plein fouet les transformations physico-chimiques du milieu auquel elles étaient jusque là adaptées. La lumière s'atténue, et lorsque cette dernière parvient à traverser le tapis vert, elle voit ses paramètres physiques (longueur d'onde par exemple) modifiées. L'oxygène se raréfie. La quantité de nutriments diminue, réduction d'autant plus dommageable que l'hydrocotyle aime à se développer dans des milieux peu à moyennement riches en ressources.

Les cours d'eau et leur population asphyxiés

Des conditions qui favorisent la décomposition des plantes, à l'origine d'une sédimentation de matières organiques. Les cours d'eau se trouvent alors excessivement enrichis en nutriments et donne naissance au phénomène d'eutrophisation - du grec eu, bien, et trophein, nourrir. Malgré les apparences, ce terme est plutôt négatif, traduisant un déséquilibre du milieu. La production excessive de quelques espèces appauvrit l'écosystème. L'eau est littéralement asphyxiée.

Outre la dégradation du milieu naturel, de tels phénomènes ont également des conséquences sur l'activité humaine. En plus de l’aspect inesthétique des cours d'eau recouverts d'un tapis végétal, le débit se voit fortement ralenti par l'accumulation des plantes, qui peuvent obstruer les canaux. Une situation qui en appelle à la mise en œuvre de moyens pour lutter contre l'hydrocotyle et les dégâts qu'elle provoque.

Ainsi, l'Union des Syndicats d'Assainissement du Nord (USAN), a-t-elle du réagir face à la galopante invasion des cours d'eau nordistes par la plante d'origine américaine. Arrachage manuel et "léger dévasement" sont nécessaires pour espérer se débarrasser des racines, feuilles et tiges. Les déchets ainsi récupérés sont enfouis assez loin des cours d'eau pour éviter toute nouvelle dissémination. De multiples précautions en raison de la facilité avec laquelle l'hydrocotyle peut renaître de ses cendres...

Les espèces invasives, un mal moderne

L'invasion par l'hydrocotyle, déplorée dans plusieurs pays européens, rappellent une fois encore les ravages provoqués par l'introduction - volontaire ou non, d'espèces exotiques dans de nouveaux milieux naturels. Car malgré les outils puissants dont l'homme dispose en matière scientifique, il ne peut contrôler - ni même envisager - les réactions en chaîne inhérente à l'arrivée d'une nouvelle espèce dans un écosystème étranger.

Les raisons de l'arrivée d'une nouvelle espèce sont nombreuses. Elle peut résulter du commerce des plantes, qu'elles soient ornementales dans les jardins ou destinées aux aquariums. Dans le premier cas, peu ou prou d'obstacle sur le chemin des végétaux au contact de la nature. Dans le second, il suffit que les eaux des aquariums soient rejetées dans les cours d'eau. Si la plante s'adapte, survit et prolifère rapidement, il peut y avoir danger...

De cette façon, le rejet, dans la Méditerranée, des eaux des aquariums du musée océanographique de Monaco est responsable de l'extraordinaire - mais écologiquement catastrophique - essor de la Caulerpe qui recouvrait en 2005 près de 9000 hectares de fonds méditerranéens. L'algue menace aujourd'hui l'existence des posidonies et les espèces qu'elles abritent.

Le mode de vie de nos sociétés occidentales est lui-même responsable - en partie, de la dispersion des plantes invasives. L'incroyable développement des transports mondiaux ont ainsi favorisé la migration d'espèces animales comme végétales qui ont débarqué dans des contrées qu'elles n'auraient pas dû connaître... Heureusement, toutes ne s'avèrent pas capables de survivre et d'envahir leurs nouvelles conquêtes territoriales.

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