Monsanto : L'histoire d'une firme controversée

La multinationale, créée à l'aube du XXe siècle, montre une histoire jalonnée de scandales. Retour sur une entreprise qui alimente les polémiques.
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Le XXe siècle est celui qui a vu l'agriculture prendre un essor sans pareil. Le domaine de la chimie a progressé à grands pas, en raison notamment de la seconde guerre mondiale qui a lancé de nombreux chercheurs à l’assaut de nouvelles molécules. Par la suite, la progression galopante de la population mondiale a favorisé la mise en place de la Révolution Verte, pour améliorer la production agricole mondiale. L'entreprise Monsanto a pris part à ces évolutions. Retour sur son histoire.

La naissance de Monsanto

Au début du XXe siècle, John F. Queeny importe aux Etats-Unis de la saccharine - le premier édulcorant synthétique utilisé dans l'agroalimentaire - en provenance d'Allemagne pour le compte des Frères Meyer. Il décide de s'associer avec John Rossiter, l'un de ses amis, et Jacob Baur, manufacturier d'ingrédients pour sodas, et se lance dans la production d'édulcorants synthétiques.

Nous sommes en 1901 et John F. Queeny nomme son entreprise Monsanto , du nom de jeune fille de sa belle épouse Olga. A la faveur de l'expansion de la chimie en ce début du XXe siècle, la firme développe ses activités et produit de nombreux édulcorants. Il faut attendre les années 60 pour que la compagnie Monsanto crée sa division dédiée à l'agriculture, qui constitue aujourd'hui sa marque de fabrique.

C'est à cette époque qu'est commercialisé l'agent orange , herbicide à base de dioxine et puissant défoliant (provoquant la chute des feuilles de la végétation). Notoirement et malheureusement connu pour son utilisation durant la guerre du Vietnam - en particulier entre 1961 et 1971, et à l'origine de bien des conséquences en terme de santé humaine et d'environnement.

La spécialisation dans le secteur agricole et l'essor des biotechnologies

En 1974, Monsanto dépose le brevet du glyphosate , commercialisé sous le nom plus connu de Roundup. Cet herbicide non sélectif élimine sur son passage tous les végétaux, sans exception... ou presque, comme l’avenir le révélera. En 1982, les chercheurs de Monsanto réalisent la première modification génétique d'une cellule de plante; la firme s'oriente alors nettement vers le créneau des biotechnologies végétales.

Des efforts concrétisés dans le milieu des années 90 par la mise au point des semences dites "Roundup Ready". Les plantes ainsi appelées résistent à l’herbicide le plus célèbre de la multinationale aux 21.400 salariés . Les agriculteurs qui les utilisent peuvent donc répandre du Roundup sur leurs cultures et éliminer les mauvaises herbes sans altérer leurs récoltes. Une avancée vue comme une révolution dans le milieu agricole.

Parallèlement, le rachat par Monsanto de plusieurs entreprises spécialisées dans le secteur agricole, en particulier la production et la vente de semences, place la firme parmi les toutes premières dans ce domaine. Une filière clairement privilégiée par la multinationale qui se sépare d'ailleurs, durant les années 2000, de sa section pharmaceutique.

Une image ternie par les scandales

Implantée dans 82 pays, Monsanto doit pourtant faire face à de multiples actions judiciaires et à de nombreuses critiques, dans la presse comme sur la toile qui voit fleurir groupes Facebook hostiles ou blogs dénonciateurs . Les voix indignées s'élèvent contre les conséquences désastreuses d'agents chimiques utilisés par le passé, à l'instar de l'agent orange, mais aussi contre les produits vendus actuellement par la multinationale.

Ainsi l'apparition de plantes résistantes au Roundup, comme l'Amarante de Palmer , causent de nombreux problèmes aux agriculteurs américains dont les champs, plantés de semences Roundup Ready, sont aujourd'hui envahis de cette espèce. La position quasi monopolistique de Monsanto sur le marché américain des semences complique un peu plus un éventuel – et très hypothétique - retour en arrière.

Consciente de cette mauvaise image de marque qui lui colle à la peau, la firme américaine cherche à redorer son blason, notamment via la promotion de ses programmes de développement durable, comme le Sustainable Yield Initiative, pour "doubler les rendements, utiliser moins de ressources et améliorer la vie des agriculteurs".

Dans la même optique, la firme américaine a érigé un centre d'éducation pour l'utilisation de l'eau dans le Nebraska et lancé des initiatives dans des pays du Sud, comme le projet SHARE pour assister les agriculteurs indiens. En raison de la longue - et contestée - histoire du groupe, il n'est pas sûr que ces programmes, aussi louables soient-ils, apaisent le feu qui couve.

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