PCB : La lente agonie d'Anniston

La ville américaine a été empoisonnée pendant des décennies par les polychlorobiphényles (PCB) déversés par l'usine locale. Retour sur une tragédie.
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Les parabènes et les phtalates, bientôt interdits en France? Les nombreux scandales liés aux produits chimiques, quel que soit leur usage, obligent les pouvoirs publics - en France comme ailleurs - au principe de précaution mais aussi à l'interdiction de certaines substances chimiques à la nocivité démontrée... sans toutefois que cette règle ne s'applique systématiquement. Comme à Anniston, ville américaine empoisonnée pendant des décennies par les PCB, dont la toxicité était pourtant plus que fortement pressentie.

La production de PCB : une activité à haut risque

" Mon petit frère est mort à dix-sept ans, d’une tumeur au cerveau et d’un cancer des poumons… Il est mort parce qu’il mangeait les légumes de notre jardin et le poisson qu’il pêchait dans un cours d’eau hautement contaminé ! Monsanto a fait d’Anniston une ville fantôme ", explique David Baker, président du comité d'Anniston contre la pollution, au site Bakchich .

Dans les années 1930, l'entreprise Monsanto rachète à Anniston (Alabama) la Swann Chemical Company, d'après Courrier International daté du 1er Juillet 1999. La compagnie Swann a mis au point en 1929 la production des polychlorobiphényles (PCB), utilisés dès lors pour refroidir les transformateurs électriques. Ces produits chimiques gras seront, à partir des années 60, employés également comme lubrifiants, liquides hydrauliques et entreront dans la composition de joints étanches et revêtements d'obturation.

Entre 1929 et 1971, l'usine a produit 300.000 tonnes de PCB ... et déversé 810 tonnes de produits chimiques dans les sols et cours d'eau d'Anniston. Sans oublier les 32.000 tonnes de déchets contaminés, entreposés à ciel ouvert. Une contamination qui a lentement éteint Anniston et empoisonné ses habitants.

La population intoxiquée

Que ce soit par inhalation, ingestion ou contact dermique, rappelle l'Agence Américaine pour l'Environnement (EPA), les PCB pénètrent les organismes et s'y accumulent, notamment au niveau des tissus et produits gras en raison de la nature même des polychlorobiphényles. Les produits chimiques sont ainsi retrouvés en cas d’intoxication chronique dans le foie et le tissu adipeux, mais aussi dans le lait maternel.

L’Institut de Veille Sanitaire (InVS) rappelle les effets d’une concentration élevée de polychlorobiphényles dans l’organisme. Sont ainsi constatés retard du développement moteur et mental chez le fœtus comme chez l’enfant, et pathologies hépatiques, cutanées et oculaires. Les systèmes endocrinien et reproducteur sont également perturbés, de même que les facultés immunitaires sont diminuées chez des individus déjà amoindris par un empoisonnement continu.

Des désastres sanitaires qui ont conduit les habitants de la ville - aujourd'hui quasiment désertée - à porter plainte. L'issue du procès achevé en 2003 a vu Monsanto condamnée à verser 700 millions de dollars . Six cents millions de dollars sont consacrés à l'indemnisation des 20.000 plaignants, alors que les 100 millions restants sont destinés à la grande campagne de nettoyage de la ville, mise au point par l'agence américaine de l'environnement .

Une indignation encore vive

Un verdict qui n'apaise pas totalement l'indignation soulevée à Anniston. En effet, la toxicité des PCB a été démontrée dès les années 30 . Sans, toutefois, que Monsanto ne réagisse à ces avertissements, un document de la firme rédigé en 1970 stipulant même que la multinationale " ne peut se permettre de perdre un dollar de business " à cause d'une quelconque nocivité des PCB, selon le site Bakchich.

En outre, les déchets contaminés ont essentiellement été abandonnés à ciel ouvert dans les quartiers les plus pauvres - et majoritairement noirs, d'Anniston, désertés de fait par les habitants intoxiqués. Le président du comité de la pollution d'Anniston n'hésite d'ailleurs pas à qualifier la cité de " ville la plus polluée au monde ".

Une pierre de plus dans l'histoire controversée de Monsanto, au monopole presque sans partage et à la mauvaise réputation. Pourtant, les résultats du semencier mondial ne pâtissent des scandales qui l'ont secoué. La multinationale a ainsi annoncé en avril 2011 un bénéfice net d'un milliard de dollars (700 millions d'euros).

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