Polémiques autour de Michel Cymes et du cancer de la prostate

La campagne pour promouvoir le dépistage du cancer de la prostate lancée par le médecin et animateur du Magazine de la santé suscite des critiques.
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Comment prévenir sans inquiéter? Une interrogation lourde de sens dans le domaine médical. Les campagnes de dépistage massif des cancers – du sein, du colon ou encore de la peau –, visent à diagnostiquer tôt ces pathologies et donc à augmenter les chances de survie grâce à un démarrage rapide des traitements. Une démarche louable qui achoppe sur nombre d'obstacles dans le cas du cancer de la prostate et dont la promotion suscite la polémique. Explications.

"Cancer de la prostate, ne passez pas à un doigt du diagnostic": la campagne qui fait parler d'elle

Ils sont 14 à avoir baissé leur pantalon en public. Gynécologues, proctologues ou urologues s'affichent en caleçon, l'index levé, pour promouvoir le dépistage du cancer de la prostate. Une initiative du docteur Michel Cymes qui, via son site Bonjour Docteur veut sensibiliser le public, et plus particulièrement les hommes de plus de 50 ans, sur le cancer masculin le plus fréquent avec plus de 40 000 nouveaux cas annuels .

Relayée par l'afficheur JCDecaux qui a mis gracieusement à disposition 250 panneaux , cette campagne choc – titrée "Ne passez pas à un doigt du diagnostic" – aborde le sujet du toucher rectal nécessaire pour le dépistage du cancer de la prostate. "Un examen qui rebute les hommes" et à propos duquel Michel Cymes reconnaît sur son blog avoir voulu "parler légèrement" et "dédramatiser en se servant de l'humour".

Plus discrète, une mention en bas de l'affiche précise que "tous les cancers de la prostate ne doivent pas être traités, mais tous doivent être dépistés par un toucher rectal et une prise de sang". Une petite phrase qui, moins anodine qu'il n'y paraît, alimente les discussions sur le diagnostic mais également sur le traitement du cancer de la prostate.

Faire réagir pour (ré)ouvrir le débat

"Je savais que cela ferait polémique, tant mieux si le débat s'ouvre. Effectivement, si les urologues continuent à faire ce qu'ils veulent, c'est-à-dire à faire "sauter" la prostate à la moindre cellule cancéreuse, alors oui, il y aura surdiagnostic et traitement inutile. Il faut expliquer qu'il existe des cancers qu'il ne faut pas opérer mais seulement surveiller", explique Michel Cymes dans les colonnes du Monde .

L'ablation de la prostate fait souvent suite au dépistage de la maladie. Une opération chirurgicale aujourd'hui controversée. Notamment parce que le cancer de la prostate s'avère "fréquent mais souvent asymptomatique [...], latent, sans effets graves", selon David Zavaglia , docteur en biologie cellulaire et moléculaire. Un cancer dont les cas augmentent en raison du vieillissement de la population, mais qui, dans la moitié des cas, ne serait pas responsable du décès de l'homme qui en est atteint.

Dans ces conditions, que penser de l'ablation systématique de la prostate qui porte assez lourdement atteinte à la qualité de vie en raison des troubles urinaires et sexuels qu'elle engendre? Une question d'autant plus problématique que le dépistage du cancer de la prostate par le dosage de PSA (Protein Antigen Specific) manque de fiabilité et peut aboutir à des faux, positifs comme négatifs.

Le dépistage systématique de la prostate soumis à controverse et à de nombreuses critiques

Les résultats contradictoires de deux études , l'une américaine, l'autre européenne, nourrissent un peu plus le débat. Alors que la première ne montre aucune différence significative de mortalité entre hommes dépistés et ceux qui ne le sont pas, les recherches européennes font état d'une diminution de 20% des décès chez les hommes soumis au dépistage.

Une brèche dans laquelle s'engouffrent les détracteurs de Michel Cymes, au premier rang desquels se place le docteur Dominique Dupagne. Sur son site Atoute.org , ce dernier n'hésite pas à dénoncer un "doigt d'honneur à la science". Et brocarde le dépistage du cancer de la prostate, selon lui "dangereux, car il aboutit à de nombreuses mutilations non justifiées et à des décès induits par les biopsies ou les complications des traitements", mais également "inutile, car le bilan en termes de vies sauvées n’est pas brillant".

Est ainsi détournée l'affiche utilisée par l'Association française des urologues à l'occasion de la journée de la prostate. Pastiche qui déclare: "Les temps sont durs. Aidez les urologues à faire bouillir leur marmite." Fustigeant le "lobby des urologues massivement financé par l'industrie pharmaceutique", Dominique Dupagne n'hésite pas à comparer le dépistage du cancer de la prostate au scandale du Mediator, "persuadé [qu'il] a semé bien plus de morts et de malheur" que le médicament.

Au-delà des critiques touchant l'indépendance des médecins, la campagne lancée par Michel Cymes et les débats qu'elle engendre rappellent l'importance de disposer de tests fiables pour le dépistage systématique de certaines pathologies. Notamment parce qu'un diagnostic erroné peut réduire l'espérance de vie comme aboutir à des actes médicaux dispensables. Sans compter les souffrances psychologiques du patient.

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