Pourquoi Di-Antalvic et Propofan sont retirés des pharmacies

Les antalgiques à base de dextropropoxyphène, Di-Antalvic et Propofan notamment, voient leur autorisation de mise sur le marché suspendue. Pourquoi?
139

Le médicament, produit pas comme les autres, ne saurait se passer d'une réglementation stricte. Nocif, il peut affecter potentiellement des milliers, voire des millions de personnes. Les scandales liés aux traitements médicamenteux, à l'instar des affaires du Distilbène et la Thalidomide , ont concouru à la mise en place d'autorités sanitaires et à l'accentuation des contrôles. Sans toutefois que ces derniers n'évitent totalement de nouvelles polémiques de santé publique.

Les dérivés de dextropropoxyphène et leurs génériques: caractéristiques, effets thérapeutiques et consommation

Les médicaments à base de dextropropoxyphène (DPX) sont utilisés comme antalgiques , à savoir comme traitement contre la douleur. Composées de substances dérivées de la morphine, ils ciblent le système nerveux central. Et sont notamment prescrits en plus des analgésiques périphériques - antidouleurs localisés à l'endroit de la souffrance à l'instar du paracétamol - lorsque ceux-ci seuls ne suffisent pas à calmer les maux du patient.

Bénéficiant d'une autorisation de mise sur le marché depuis le début des années 1960 , le DPX est commercialisé par Sanofi-Aventis sous le nom de Di-Antalvic en association avec le paracétamol et sous l'appellation Propofan couplé avec le paracétamol et la caféine. Un demi-siècle de prescription dont la fin semblait amorcée avec la présence de ces deux traitements sur la liste des 77 médicaments sous surveillance renforcée publiée au début de l'année 2011.

La raison de cette mise à l'index? Les risques liés au surdosage de ces deux opiacés contenant du dextropropoxyphène et de leurs génériques - soit une trentaine de traitements commercialisés en France. Les symptômes d'une consommation excessive, involontaire ou non, peuvent aller de la confusion à l'insuffisance rénale, provoquer détresse respiratoire ou troubles cardio-vasculaires. Et entraîner le décès.

Le retrait progressif, et international, des opiacés contenant du DPX

Le retrait progressif des traitements à base de DPX, effectif dès le 1er mars 2011, avait d'ailleurs été contraint par l'Agence européenne d'évaluation des médicaments (EMEA), en raison d'une balance bénéfices/risques qui défavorisait clairement la molécule, les tests n'ayant pas clairement déterminé un apport particulier du DPX associé au paracétamol mais plutôt les dangers liés à son surdosage.

Dès 2005, l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) avait été ainsi avertie par l'Agence anglaise du médicament (MHRA) du retrait outre-Manche des molécules à base de dextropropoxyphène. Les autorités sanitaires britanniques n'ayant d'autre choix après la constatation de plus de 300 décès sur son sol liés au surdosage de DPX...

En France, 65 décès annuels lui seraient imputables, un chiffre estimé faible par les pouvoirs sanitaires, au regard des huit millions de personnes auxquelles sont prescrits, sur ordonnance, de tels antidouleur. Alors que les effets néfastes ont été pourtant étayés en Novembre 2010 par un rapport accablant de l'administration américaine de l'alimentation et des médicaments (FDA, Food and Drug Administration).

Principe de précaution... sous-tendu par des motifs économiques?

Les traitements médicamenteux sont une affaire de santé publique. Lorsque leurs usages sont courants, plusieurs millions de patients représentent des victimes potentielles. Les récents troubles liés au Mediator ont ainsi animé le débat en France, mettant en exergue les carences des autorités sanitaires, le lobbying des laboratoires pharmaceutiques et leur potentielle collusion avec les pouvoirs publics. Une affaire qui gêne et qui a appelle à une prudence redoublée quant aux éventuels effets indésirables des médicaments.

L'hebdomadaire Marianne n'hésite pas à évoquer des motifs économiques au retrait annoncé de ces opiacés. Délivrés sur ordonnance et remboursés par la Sécurité sociale, leur remplacement par le paracétamol associé à la codéine permettrait de réaliser de substantielles économies, appréciables au regard du déficit de l'assurance-maladie en ces temps de rigueur.

En attendant, même si d'autres analgésiques sans effets indésirables existent, les patients craignent de se retrouver seuls face à leur douleur. Les plus fidèles d'entre eux n'ont d'ailleurs pas hésité à se constituer de véritables stocks d'opiacés , depuis que la fin des prescriptions est programmée. "Je crains de ne pouvoir trouver des médicaments aussi efficaces", s'alarme Lisa, 29 ans, dans les colonnes de L'Express . Après avoir potentiellement été exposés à des risques de troubles physiques, huit millions de français redoutent aujourd'hui la peur de souffrir.

Sur le même sujet