Pourquoi la variole effraie-t-elle encore ?

Pourtant déclarée totalement éradiquée à l'aube des années 80, la maladie infectieuse suscite toujours des craintes. Pour quelles raisons?

10 millions de personnes souffraient encore de la variole, aussi appelée petite vérole, en 1967. En décembre 1979 , les membres de la Commission d'éradication de la variole de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) signaient un parchemin attestant de la disparition totale de cette infection éruptive. Et pourtant, plus de trois décennies plus tard, la variole, dont la résurgence naturelle semble peu plausible, fait toujours peur. Pourquoi?

Une arme bioterroriste de premier choix

Le virus de la variole, ou poxvirus, est souvent présenté comme l'une des plus probables armes utilisées lors d'une attaque bioterroriste. Et ce pour plusieurs raisons. En premier lieu l'infection variolique est considérée comme très contagieuse, même si certains scientifiques, à l'instar de James Koopman , contestent cette idée. Toutefois, l'Institut de Veille Sanitaire (InVS) estime qu'en France, en moyenne, chaque malade pourrait contaminer cinq autres personnes.

Mais surtout, aucun traitement actuel ne permet de soigner la petite vérole, qui tue le tiers des personnes infectées. La dissémination du virus, dans l'air ou via la literie infectée par exemple, rend en outre très compliqué un endiguement rapide de l'épidémie variolique.

Si une attaque terroriste à l'arme biologique nécessite une certaine maîtrise technique, d'autant plus que 90% des particules virales perdraient de leur efficacité en aérosol au bout de 24 heures, les attentats du World Trade Center ainsi que l'utilisation du bacille du charbon envoyé par courrier ont accru les craintes d'attaques bioterroristes.

Plus de souche dans la nature, mais encore en laboratoire

L'idée d'utiliser le poxvirus comme arme remonte bien au-delà de la catastrophe du 11 septembre. Durant la guerre froide, Russes et Américains ont entamé des recherches sur le virus variolique. Du conflit qui opposa les deux blocs, le Center for Disease Control d'Atlanta (Etats-Unis) et l'Institut d'Etat de virologie et de biotechnologie de Koltsovo (Russie) ont hérité de deux souches de virus variolique .

Le spectre d'une contamination - volontaire ou non, au sein d'un des deux laboratoires a poussé l'Organisation mondiale de la Santé à réclamer, à maintes reprises depuis les années 80, la destruction définitive de ces souches. Une élimination totale plusieurs fois retardée par les deux pays concernés mais demandée à nouveau en mars 2011 par l'OMS.

Principal argument des opposants, minoritaires, à la destruction des souches restantes? La recherche scientifique, évoquée par exemple par Kathleen Sebelius , secrétaire d'Etat à la Santé américaine dans le New York Times du 26 Avril 2011. Qu'il s'agisse de mieux appréhender les maladies apparentées à la variole, d'utiliser éventuellement ce virus à des fins médicales ou encore de mieux connaître le poxvirus pour pouvoir le contrer en cas d'attaque bioterroriste.

Le vaccin serait-il encore efficace?

En cas de résurgence de la petite vérole, quelle qu'en soit son origine, force est de constater que les autorités sanitaires de nombreux pays seraient bien en peine. Du fait de l'éradication totale de la variole, les grandes campagnes de vaccination ont été arrêtées dans la quasi-totalité des pays - les derniers rappels ont eu lieu en 1984 en France, faisant ainsi chuter la couverture vaccinale et, en toute logique, la production des vaccins antivarioliques.

Les attentats du 11 septembre ont poussé de nombreux pays, dont la France, à étoffer leurs stocks de vaccins. En cas de réapparition de la variole, au regard des stocks, faudra-t-il limiter la vaccination aux personnels de secours et autres soignants ou immuniser toute la population ? Un scénario qui peut difficilement s'écrire à l'avance et qui dépendra de l'ampleur de l'épidémie, dépendant de plusieurs facteurs comme les densités de population ou les conditions socio-économiques.

Les effets secondaires très sérieux, induits par le vaccin antivariolique notamment au niveau du cœur, comme en témoignent les études réalisées chez les soignants vaccinés aux Etats-Unis - à l'occasion d'une grande campagne qui leur était destinée dans les années 2000- compliquent un peu plus la donne. Et constitue une raison de plus de la crainte du retour, même peu probable, de la variole.

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