Public Eye Awards 2011: quelles sont les pires entreprises?

Décernés aux sociétés méprisant droits de l'Homme ou environnement, ces "prix de la honte" épinglent en ce début 2011 Anglogold Ashanti et Neste Oil.

Le forum économique mondial, qui en 2011 se déroule du 26 au 30 janvier, réunit à Davos dirigeants d'entreprise, acteurs politiques, intellectuels et médias internationaux. Le coup de projecteur jeté sur la ville suisse représente une aubaine pour ceux qui, à l'instar des altermondialistes, souhaitent faire entendre leur voix dissonante. Ainsi y sont décernés les Public Eye Awards, prix couronnant les sociétés peu soucieuses de l'environnement ou des droits de l'Homme - parfois tout ensemble.

Les Public Eye Awards, "prix de la honte" pour les multinationales

Créés en 2000 à l'initiative de l'association suisse La Déclaration de Berne et de l'organisation non gouvernementale (ONG) Pro Natura - toutes deux impliquées dans la défense des droits de l'Homme et de l'environnement - les Public Eye on Davos tels qu’ils s’appelaient à l’origine, visaient à pointer du doigt les entreprises exerçant leurs activités au mépris des droits humains ou de la nature.

Aujourd'hui l'ONG Greenpeace a succédé à Pro Natura aux côtés de La Déclaration de Berne pour décerner, à l'occasion d'un "contre-sommet critique" du forum de Davos, les Public Eye Awards . Parmi une liste de six nominés, les internautes sont appelés à voter pour désigner le lauréat du People's Award alors qu'un jury indépendant, composés de trois représentants de chacune des deux ONG, décerne le Global Award.

Les entreprises nominées sont proposées par des personnes ou des organisations, dont la crédibilité ne doit pas faire défaut, avec obligation de justifier leur accusation. Les fautes reprochées doivent être d'importance et d'actualité. Le site des Public Eye Awards ne cache pas qu'est également pris en compte l'importance des retombées médiatiques, voire l'éventualité d'un scandale, qui découleraient de la "victoire" de telle société ou telle autre.

Le People's Award: les internautes votent pour Neste Oil

53 329 internautes ont désigné Neste Oil pire entreprise de l'année. La société finlandaise est appelée à "devenir le plus gros acheteur d’huile de palme et le principal producteur d’agrocarburants au monde" et "ambitionne d’utiliser 2,5 millions de tonnes d’huile de palme, soit 5 % de la production mondiale, pour son diesel" pour produire son "Neste Green Diesel", selon la description du site dédié aux Public Eye Awards .

Une demande importante en huile de palme qui encourage la production de cette substance aujourd'hui controversée. Les conséquences néfastes de la multiplication des palmeraies, notamment en terme environnemental, feraient du Green Diesel un agrocarburant au "bilan carbone plus élevé que celui du diesel classique", selon les deux Organisations non gouvernementales.

"Nous n'achetons que de l'huile de palme (...) dont l'origine est vérifiée", se défend Simo Honkanen, responsable Développement durable de Neste Oil dans les colonnes du Figaro daté du 29 janvier 2011. Neste Oil rappelle avoir été désignée comme l'entreprise la plus efficace, dans son secteur d'activité, en terme "d'empreinte environnementale" par le Forest Footprint Disclosure Project. A préciser qu'elle était la seule à concourir puisque aucune autre entreprise n'a répondu aux sollicitations.

Le Global Award: le jury désigne Anglogold Ashanti

Les six membres du jury ont estimé quant à eux qu'Anglogold Ashanti méritait le titre de pire entreprise de l'année. La compagnie sud-africaine spécialisée dans l'extraction de minerais est épinglée pour ses activités au Ghana, peu soucieuses des droits de l’Homme et de la préservation de la nature. Collusions entre employés de la multinationale, police et armée ghanéennes transforment les champs d'extraction en véritables zones de non droits.

Plusieurs cas d'assassinats ou de tortures sont ainsi listés dans le discours de Daniel Owusu-Koranteng, de l'ONG Wacam du Ghana. Sans oublier les dégâts provoqués par une entreprise peu préoccupée des questions environnementales. L'eau à proximité de la mine d'Iduapriem est ainsi polluée par les déchets issus des décharges minières. Les substances toxiques, qui par ruissellement se déversent dans les rivières, empoisonnent les habitants.

Ce mépris des droits humains et de l'environnement est aujourd'hui mis en exergue par ce prix de la honte, destiné à alerter l'opinion publique. Même s'ils restent plutôt confidentiels, les Public Eye Awards ternissent la réputation de multinationales, qui se passeraient bien d'une si mauvaise presse. Walt Disney, Areva ou Bridgestone, précédents lauréats, n'affirmeront sans doute pas le contraire.

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