Quand corps et esprit se confrontent et se confondent

L'être ne fait qu'un. Mais mental et physique peuvent lutter l'un contre l'autre, se tromper mutuellement ou s'unir pour notre plus grand désarroi...
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Les sportifs, aussi entraînés soient-ils, ne doivent-ils pas montrer une mentalité de fer? Le préparateur mental n'est-il pas devenu un membre à part entière du staff de nombreux athlètes? L'organisme ne peut se départir de l'esprit, parfois encombrant, quelquefois handicapant, mais souvent riche de ressources. L'organisme n'est pas en reste et peut leurrer l'organe de l'intelligence. Quelques exemples parmi une longue liste.

Quand l'esprit domine le corps

Le plus notoire exemple de la domination de l'esprit sur le corps est sans doute l'effet placebo, du latin signifiant "je plairai". Une bonne impression en quelque sorte... Dans l'industrie pharmaceutique, ce dernier se caractérise par une amélioration de la santé de patients à qui l'on a pourtant administré un traitement sans principe actif. Ce même effet placebo peut être invoqué lorsqu'un enfant se sent mieux après le baiser maternel sur une blessure récente...

Pour reprendre la jolie formule du médecin écrivain Martin Winckler , "l’effet placebo est la conséquence biochimique d’une suggestion symbolique" et ne relève ainsi pas de la magie. La confiance que le patient voue à son médecin ou au médicament qu'il ingère mène à la libération d'endorphines, molécules du bonheur, et conduit ainsi, si ce n'est à une sensation de bien-être, au moins à une impression de soulagement.

À l'effet placebo répond l'effet nocebo. Ce dernier s'observe par exemple lors de la prise d'un médicament, la peur des effets secondaires aboutissant à leur apparition, ou du moins à leurs symptômes physiques. Cet effet nocebo est notamment évoqué par le docteur Jean-François Lemoine, dans le Nouvel Observateur paru le 28 octobre, parmi les explications du mal-être ressenti par les personnes sujettes à l'hypersensibilité aux ondes magnétiques. Un sujet qui fait aujourd'hui débat.

La somatisation: le corps devient miroir de l'âme

Si les convictions de l'individu peuvent améliorer ou dégrader son état de santé, le corps peut également refléter des maux que le cerveau ne peut ou ne veut pas voir. Ainsi, la somatisation est généralement définie comme l'expression physique d'un conflit psychique. Comme l'explique le site de l'Association d'aide aux personnes souffrant d'un trouble de la personnalité (Aapel), la somatisation, autrefois appelée syndrome de Briquet, est évoquée lorsque aucune affection médicale et/ou substance administrée n’expliquent l'apparition de symptômes physiques.

Le site troubles-anxieux.com , à l’initiative de psychologues, explique que la somatisation apparaît en cas d'angoisse sous-jacente. Permanente, elle handicape grandement les personnes atteintes de lésions cutanées ou de migraines, sans qu'aucun traitement ne les soulage. De manière plus anodine et transitoire, ce phénomène est impliqué dans les signes physiques, parmi lesquels les troubles intestinaux ou les jambes flageolantes, qui surviennent par exemple avant un entretien d'embauche. Et explique aussi les frissons et les palpitations ressentis quand l'être aimé apparaît...

Mental et physique s'associent pour tromper... et faire souffrir

La douleur illustre l'intime rapport qu'entretiennent corps et esprit. Le cas des personnes amputées est à ce titre particulièrement révélateur. L'association SOS douleur Domicile revient sur les sensations fantômes, douloureuses ou non, perçues après l'amputation d'un membre. L'impression fantôme, hallucinose dans le jargon médical, se traduit par la "présence obsédante du membre absent" et la perception d'accessoires tels que les bijoux ou les chaussures.

Lorsque la douleur du membre amputé ne peut s'expliquer physiquement, il s'agit alors d'algohallucinose. Psychologiquement très difficile à supporter, elle s'explique par la plasticité des voies nerveuses: la souffrance ressentie auparavant par le corps s'est gravée dans le cerveau et perdure malgré l'ablation du membre.

À l'instar de la douleur, de multiples exemples pourraient exprimer l'influence réciproque que se livrent esprit et corps. L'angle, psychologique ou médical, sous lequel le mal-être est appréhendé, influencera forcément l'opinion du patient comme du soignant. La prudence réside sans doute dans le fait de ne pas négliger ou surévaluer l'un ou l'autre de ces deux aspects.

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