Quelles conséquences au tarissement du lac Tchad?

La réduction, à peau de chagrin, de l'étendue d'eau affecte tant les hommes que la biodiversité, à bien des niveaux. Tour d'horizon.
425

En 1963, 25.000 km². En 2011 ? Moins de 1.500 km². Les chiffres annoncés par la Food and Agriculture Organization (FAO, Organisation pour l'Agriculture et l'Alimentation) parlent d'eux-mêmes quant au tarissement du lac Tchad. Réchauffement climatique, pluviométrie en baisse, pression démographique forte, cultures - notamment celle du papyrus forte consommatrice en eau, ont contribué à cet assèchement. Aujourd'hui, un écosystème et 30 millions de personnes sont menacés.

La biodiversité en danger et l'homme menacé

La raréfaction de l'eau a pour première conséquence, mère de toutes les autres, de modifier grandement l'écosystème. Flore asséchée et faune affamée disparaissent peu à peu de leur milieu naturel. De la même manière, les cultures ainsi que les élevages, notamment ceux des bœufs kouris qui vivent dans l'eau - souffrent grandement du manque d'or bleu. Et l'homme, en bout de chaîne, paie durement le tarissement du lac.

Sans réserve d'eau suffisante l'herbe se raréfie, les vaches ne donnent plus de lait. Les poissons autrefois si abondants dans le lac Tchad ont disparu de l'eau devenue aujourd'hui noirâtre. La malnutrition frappe durement les 20 à 30 millions de personnes qui, selon les estimations de l'UNICEF , dépendent du lac Tchad réparti sur quatre pays (Tchad, Niger Nigeria et Cameroun).

L'eau contaminée provoque des maladies, particulièrement chez les enfants de plus en plus nombreux à souffrir du choléra. Une situation sanitaire compliquée par la paupérisation des populations. Les activités économiques, qui reposent autour du lac Tchad essentiellement sur le secteur primaire, notamment pêche et élevage de bovins kouris, sont frappées de plein fouet.

Des conflits de plus en plus fréquents

Fuyant une terre qui ne leur offre plus rien, les populations autochtones migrent en grand nombre, à la recherche d'une nature plus fertile. Migrations qui s'accompagnent, comme habituellement, de nombreuses tensions. Paradoxalement, la population autour du lac Tchad a été quadruplée en 40 ans. La raison? L'afflux de réfugiés climatiques en provenance du Sahel et de paysans alors que le recul des eaux a révélé de nouvelles surfaces cultivables.

Une pression démographique qui accélère encore plus la dégradation de l'écosystème et complique davantage l'accès aux ressources, quelle que soit leur nature. Ainsi la multiplication des cultures de décrue , qui ont remplacé peu à peu la pêche et l'élevage des bœufs kouris, accroît les conflits au sujet des possessions de terres.

Changement et diversification des activités humaines augmentent également la pression sur la biodiversité locale, et bouleversent la donne. Faune, flore et hommes ont quelques difficultés à vivre en bonne harmonie. " Ils [les hippopotames] détruisent toutes nos semences " explique à RFI un agriculteur de la région du lac Tchad.

Le chef de l'inspection forestière ne l'entend pas de cette oreille. Selon lui, ce sont les cultivateurs qui sont venus " envahir [l'] environnement [des hippopotames] " et qui utilisent cette excuse pour abattre les " chevaux des fleuves ", espèces protégées, et se nourrir de leur viande. Le braconnage qui sévit depuis les années 80 a ainsi abouti à la disparition de près du tiers des hippopotames. Pour des raisons similaires, les caïmans et les loutres, également espèces protégées, sont aussi menacés.

Des conséquences géopolitiques

En raison de sa raréfaction, l'eau devient un enjeu géopolitique dans de nombreuses régions du monde touchées par la sécheresse. Le lac Tchad n'échappe pas à la règle. Le partage de la réserve d'eau entre le Tchad le Niger, le Nigeria et le Cameroun augmente les risques de conflits entre les pays.

Une situation menaçante qui oblige l'Organisation des Nations Unies à se préoccuper de l'avenir de la région. L'organisation onusienne propose ainsi, parmi d'autres idées, de détourner la rivière Oubangui . Une opération périlleuse qui risque de perturber d'autres écosystèmes, de déplacer des populations entières et de voir de nouvelles tensions surgir ailleurs, comme cela s'est déjà passé ailleurs dans le monde, notamment en Chine à l'occasion du détournement du fleuve Yangtsé.

Quelques lueurs d'espoir

Si la NASA prévoit la disparition du lac Tchad d'ici 20 ans, il existe toutefois quelques lueurs d'espoir. En 2010, des précipitations abondantes ont donné quelque répit aux habitants de la région. Des systèmes simples, comme l'usage de filets à grandes mailles pour la pêche, permettent d'œuvrer dans le sens de la préservation des espèces piscicoles .

Ensuite, des polders bien irrigués et correctement agencés montrent une fertilité tout à fait spectaculaire, où fruits et légumes se développent ( TéléObs du 5 Février 2011, sur le documentaire Paradis en sursis: Tchad, le lac perdu d'Hervé Corbière), donnant de l'espoir à ceux qui souhaitent vivre de la culture.

Encore faut-il que les populations sur place aient réellement en leur possession des moyens de subsistance et ceux d'apprendre à protéger la biodiversité. Car le tarissement du lac Tchad, et les tentatives de son sauvetage rappellent les difficultés, dans les régions les plus pauvres du monde, de concilier pérennité de la nature et survie de l'homme.

A lire aussi : Migrations et mobilités dans le bassin du lac Tchad de Henry Tourneux et Noé Woïn

Sur le même sujet