Ronnie Lee: portrait d'un pionnier de l'écoterrorisme

Participant aux premiers mouvements écologistes radicaux, Ronnie Lee a marqué de sa patte la défense radicale des animaux. Portrait.

Ne vous fiez pas à ses lunettes rondes qui lui donnent un air faussement sage. Ronnie Lee, acteur incontournable de la défense des droits animaux qui vit le jour en Grande-Bretagne dans les années 70, a renoncé à l’activisme. Mais conserve toute sa verve, sa réputation d' écoterroriste , mais aussi la radicalité qui l’a toujours animé. Retour sur le parcours - controversé - d'un militant qui a défrayé la chronique et suscite toujours la polémique.

Les débuts de Ronnie Lee: des moyens d'action directs mais légaux

Né en 1951 en Grande-Bretagne, Ronnie Lee s'engage très tôt dans la défense des animaux, à la faveur de l'essor, au début des années 70 de la Hunt Saboteurs Association (HSA, Association des Saboteurs de la Chasse). Cette association, créée en 1963 par John Prestige vise alors, par des moyens légaux, à entraver le bon déroulement des parties de chasse britanniques.

En 1971, alors étudiant en droit, Ronnie Lee, très impliqué, fonde le Luton Hunt Sabs , alors que le mouvement anti-chasse fait des émules en Angleterre, pays qui voit alors essaimer de nombreux groupes en filiation directe avec la HSA. En 1972, Ronnie Lee, Cliff Goodman et quelques autres militants créent le Band Of Mercy (Groupe de la pitié), qui, toujours par des moyens d'actions concrets - mais licites -, cherche à combattre la souffrance animale.

1973 marque cependant un tournant dans la manière dont Ronnie Lee conçoit la défense des animaux. A proximité de Milton Keynes, deux militants du Band of Mercy s'introduisent dans un laboratoire de vivisection d'un groupe pharmaceutique pour l'incendier. Cette véritable opération commando, souvent qualifiée de premier acte écoterroriste, en annonce d'autres.

La prison puis la création de l'Animal Liberation Front

En août 1974, alors que Ronnie Lee cible l'Oxford Laboratory Animal Colonies (OLAC) à Bicester, il est arrêté et condamné à trois ans d'emprisonnement. Après avoir purgé le tiers de sa peine, il est libéré en août 1976 et retrouve ses compagnons du Band of Mercy. Toutefois, le fondateur historique de ce mouvement estime que le nom de ce groupuscule, hérité du combat anti-esclavagiste du XIXe siècle, ne rend pas bien compte de la cause qui anime les militants.

L'activiste choisit alors de rebaptiser l'association Animal Liberation Front (Front de libération animale), alors que la Grande-Bretagne se divise sur ces actions controversées en faveur des animaux que certains jugent scandaleuses, d'autres héroïques. Les moyens illégaux employés par l'ALF obligent ses membres à l'anonymat - seul Ronnie Lee les connaîtrait tous, et contraignent le mouvement à une organisation clandestine, sans réelle centralisation.

En 1986, le leader de l'ALF est condamné à 10 ans de prison. En 1989, il fonde, derrière les barreaux, Arkangel , magazine biannuel distribué dans le monde entier et qui prône la libération des animaux ainsi que le régime végétarien - Ronnie Lee étant lui-même végétalien. En 1992, après six ans et huit mois d'emprisonnement, le chef historique de l'Animal Front Liberation recouvre la liberté.

Plus d'activisme... mais toujours la radicalité

A sa sortie de prison, Ronnie Lee renonce à l'activisme, mais conserve une aura très forte sur l'ensemble des personnes impliquées dans la défense des droits animaux. Il se consacre aujourd'hui à la vingtaine de militants de l'ALF emprisonnés dans les geôles britanniques. Et garde toute sa verve quand il s'agit de défendre la faune.

Ainsi dans une interview accordée à L'Hebdo n'hésite-t-il pas à qualifier Daniel Vasella, directeur du groupe pharmaceutique Novartis dont la maison a été incendiée par des militants écologistes, de "génocidaire", "prédateur et terroriste". Et justifie la violence employée par les activistes de l'ALF et des autres organisations du même type.

" N'attendez aucune compassion de ma part pour des personnes qui n'en ont aucune pour les animaux. Si ils sont blessés durant une action, c'est leur problème. Pas le nôtre. [...] Il faut s'entendre sur la notion de violence. Pour moi c'est de l'autodéfense des animaux. Ils ne peuvent pas se défendre eux-mêmes, alors qu'ils sont nos égaux ".

Des méthodes et des propos controversés qui relancent la polémique... D'autant plus que le phénomène prend de l'ampleur. Car comme l'explique Ronnie Lee: " Au début, nous étions six pour lutter en faveur des droits des animaux. Aujourd'hui, ils sont des milliers, partout dans le monde ". De quoi inciter nombre de pays, à l'instar des Etats-Unis avec l'Animal Enterprise Terrorism Act , à punir plus sévèrement les actes écoterroristes.

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