Rosemary, la soeur de JFK que le clan Kennedy a voulu cacher

Rosemary Kennedy fut cachée pendant près de 60 ans dans une institution, après avoir subi une lobotomie dont les motivations restent bien mystérieuses.
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Le clan Kennedy appartient à ces dynasties prestigieuses qui ont marqué l'histoire. Ses membres se montrèrent tous aussi beaux et brillants les uns que les autres. Les drames qui frappèrent la famille et la malédiction évoquée participèrent aussi à la légende de la lignée Kennedy qui, comme toutes les familles, n'est pas exempte de secrets maladroitement dissimulés. La jeune Rosemary Kennedy, sœur aînée de John Fitzgerald Kennedy (JFK) en fut un exemple.

Rosemary Kennedy, lobotomisée à 23 ans

Lorsque Rosemary Kennedy décède le 7 janvier 2005, seuls Jean Kennedy, anciennes ambassadrice en Irlande, le sénateur Edward "Ted" Kennedy et Eunice Kennedy-Shriver – mère de l'épouse d'Arnold Schwarzenegger – lui survivent. Ces deux derniers furent sans doute les plus proches de Rosemary, plongée dans un profond retard mental après la lobotomie qu'elle subit en 1941.

Après l'opération, réalisée par Walter Freeman et James Watts, figures majeures de la neurochirurgie à l'époque, Rosemary est placée dans une clinique psychiatrique de New York. Puis en 1948, elle part pour le Wisconsin et le couvent Saint Coletta, institution catholique spécialisée dans l'accueil des personnes souffrant de retard mental. Dès lors, la première des filles de Joseph "Joe" Kennedy et Rose Fitzgerald ne quitte plus le cottage "Kennedy" spécialement édifié pour elle, sauf à de rares occasions.

Au début des années 1950, lorsque l'ascension du jeune et fringant John Fitzgerald Kennedy s'amorce, les médias commencent à s'intéresser à tous les membres du clan d'origine irlandaise.

Rosemary, membre caché du clan Kennedy

Dès 1953, le Saturday Evening Post mentionne l'existence de Rosemary, prétendument "institutrice dans le Wisconsin". Quelques années plus tard, un ami de la famille précise qu'elle s'occupe d'enfants attardés. En 1960, Joe révèle au magazine Time que sa fille conserva des séquelles intellectuelles d'une méningite spinale.

Il faut attendre 1962, un an près l'élection de John Fitzgerald Kennedy à la présidence des Etats-Unis, pour qu' Eunice Kennedy Shriver ne confie au Saturday Evening Post que sa sœur était née avec un retard mental. Très attachée à Rosemary, la troisième fille du clan Kennedy consacre d'ailleurs une partie de sa vie à la cause des handicapés mentaux et crée les Special Olympics , auxquels concourent des participants souffrant de handicap mental.

La lobotomie subie par Rosemary ne sera évoquée – brièvement – qu'en 1974, dans une biographie écrite par Rose et dédicacée à sa fille ainsi qu'à tous ceux qui sont "mentalement déficients mais sains d'esprit". Les raisons de la lobotomie opérée sur Rosemary restent néanmoins mystérieuses, tout comme l'origine des accès de rage dont l'adolescente pouvait faire preuve.

Pourquoi Rosemary fut-elle lobotomisée?

En raison du tabou qui entourait l'état de la troisième enfant de la famille, il s'avère compliqué de mettre des mots sur le mal de Rosemary et de savoir réellement dans quel état psychologique elle se trouvait avant la lobotomie. Gérald O'Brien, professeur de l'Université de l'Illinois, avance l'hypothèse que le retard mental, somme toute léger, de Rosemary ait "pu dégénérer en une forme de dépression agressive". D'autres évoquent la dyslexie comme origine des difficultés de la jeune fille.

Il est plus complexe encore de comprendre les motivations de Joe et Rose lorsqu'ils ont confié leur fille aux mains de Walter James. Rosemary paya-t-elle juste des performances intellectuelles un peu moindres? Carences sans doute insupportables pour le patriarche Joseph qui destinait chacun de ses enfants à un avenir hors-norme, à tel point que Joe Jr, premier enfant du mariage, qui mourut durant la seconde guerre mondiale à 29 ans, fut inscrit à Harvard alors qu'il était âgé d'un mois...

Ou alors faut-il y voir l'influence de Rose Kennedy, pratiquante catholique frôlant la bigoterie qui n'aurait pas supporté les multiples conquêtes de celle dont tout le monde s'accordait à dire qu'elle était la plus jolie de la famille? La mère de famille avait par ailleurs décidé "d'en faire une Kennedy". Ou alors peut-être les deux parents ont-ils espéré, chacun de leur côté, que la lobotomie ferait de Rosemary la fille dont ils avaient rêvée.

Sources:

  • Patrick Patrabuy, "Rosemary, le dernier secret des Kennedy", L e Monde , 8 Avril 2009
  • L'effacée des Kennedy, France Info , 19 Avril 2009
  • Mort d'Eunice Kennedy-Shriver, Le Monde , 11 Août 2009

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