Sea Shepherd : l'association écologiste qui fait polémique

Ce groupe écologiste, créé et dirigé par Paul Watson, doit justifier de méthodes opératoires plutôt controversées. Et répondre à de nombreuses accusations.
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Interdite par la commission baleinière internationale depuis 1946, la chasse à la baleine peut toutefois se cacher - plus ou moins efficacement - derrière des motivations plus respectables... Sous couvert de missions scientifiques, le Japon organise chaque année des expéditions destinées en réalité à ravitailler ses stocks de baleine, prisée des consommateurs du pays du Soleil Levant. Une hypocrisie contre laquelle beaucoup s'insurgent, et qui constitue le principal combat de la controversée association Sea Shepherd.

Sea Shepherd, fondée par un homme en colère, Paul Watson

La Sea Shepherd Conservation Society est officiellement fondée en 1981 aux Etats-Unis par Paul Watson, qui en avait posé les premières bases en créant l'Earth Force Society quatre ans plus tôt à Vancouver. Celui qui avait participé à la fondation de Greenpeace pose, pour objectif premier de l'association, la lutte contre la chasse illégale des phoques et des baleines. Combat qui s'étend rapidement à la protection, dans son ensemble, de la vie marine.

Soutenu financièrement par le Fonds pour Animaux ( The Fund for Animals ), organisation créée par l'écrivain et humoriste Cleveland Amory, Paul Watson achète en 1978 un bateau rebaptisé du nom de Sea Shepherd, "berger des mers" en français. L'ancien garde-côte canadien ne tarde pas à faire parler de lui. Dans l'année qui suit l'acquisition du bateau, il intervient lors du massacre des blanchons - ces petits bébés phoques du Groenland - et éperonne le Sierra, baleinier pirate particulièrement actif.

Dès lors, celui qui avait quitté Greenpeace pour rester au contact du terrain, ne cessera plus d'arpenter les eaux internationales pour s'interposer entre les navires de pêche et les créatures qu'ils poursuivent. Aujourd'hui essentiellement consacrée à la défense des baleines contre les navires japonais, l'organisation dispose chaque année d'un millier de volontaires prêts à défendre le cétacé en Antarctique.

Des méthodes controversées

Pourtant l'offre de recrutement pour de telles opérations, rapportée par l'Agence France Presse (AFP) n'est guère encourageante : "pas de salaire. Pas d'horaire. Travail fatigant et dangereux". Dangereux notamment parce que les missions sont régulièrement jalonnées de heurts plus ou moins violents avec les marins des baleiniers. Et aussi parce que Sea Shepherd n'hésite pas à mettre en place ds opérations mouvementées.

Soupçons de sabotage ou encore interpositions musclées... Paul Watson est ainsi accusé d'avoir coulé pas moins de 11 bateaux et éperonné dix autres. Le site Internet de l'association parle de "stratégies novatrices d'action" pour "enquêter, documenter et intervenir si nécessaire" et en appelle à la Charte Mondiale de la Nature qui "donne autorité à tout individu, toute organisation, pour faire respecter les règles internationales concernant la conservation de la nature."

Les manœuvres spectaculaires dont use Sea Shepherd sont justifiées pour Paul Watson, qui leur impute une plus grande efficacité, comparativement aux manifestations pacifiques et autres campagnes de sensibilisation. Après une traque de plus de deux mois , le 16 février 2011, le Japon a renoncé et écourté son expédition en Antarctique devant les assauts régulièrement menés contre le Nisshin Maru .

"Afin d’assurer la sécurité des membres d’équipage et des navires, le gouvernement est contraint de mettre fin à la campagne", a déclaré le ministre de l’Agriculture et de la Pêche, Michihiko Kano . Si les autorités japonaises refusent toutefois de mettre fin définitivement à la chasse à la baleine, la retraite du Nisshin Maru sonne comme une victoire pour les défenseurs de la vie marine. Cependant, les manœuvres de Sea Shepherd ne font pas l'unanimité parmi les associations écologistes.

Greenpeace et Sea Shepherd ; je t'aime, moi non plus

Début janvier 2011, Sea Shepherd a demandé à Greenpeace son soutien, par le prêt d'un bateau destiné à partir pour l'Antarctique, rappelant à la plus connue des organisations écologistes "l'obligation morale d'utiliser cet argent [collecté en faveur de la défense des baleines] pour mettre un terme à la chasse baleinière en Antarctique de la manière la plus efficace qui soit", même si "Greenpeace n'est en rien tenu de cautionner les méthodes de Sea Shepherd".

Et ce, "quels que puissent être les griefs de Greenpeace à l'égard de Sea Shepherd". Car le torchon brûle entre les deux associations. Paul Watson ne mâche d'ailleurs pas ses mots, décrivant Greenpeace comme une "organisation bureaucratique qui fait du mailing". Greenpeace soutient de son côté préférer mettre l'accent sur "sa campagne sur le terrain, auprès de la population japonaise" pour la sensibiliser à la défense des baleines.

Des tensions qui tournent aux règlements de comptes personnels… Jim Bohlen , le fondateur de Greenpeace, n'a pas hésité à qualifier Paul Watson de fou, à l'occasion d'une interview accordée au Los Angeles Times . Lorsque sa participation à la fondation de Greenpeace est remise en cause, Paul Watson publie un éditorial plutôt virulent , accusant Greenpeace de falsifier l'histoire...Pendant qu' un ancien militant de Sea Shepherd reproche au berger des mers d'avoir organisé le sabordage de son propre bateau...

Piques de toutes parts et tensions entre associations qui irritent le plus souvent les militants écologistes, qui en appellent régulièrement à un partenariat entre Greenpeace et Sea Shepherd. Un obstacle de taille s'y oppose pourtant: des moyens d'actions différents, que ne semblent pouvoir réconcilier le partage d'une même idéologie et le combat pour une même cause.

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