Vers des accouchements moins médicalisés en France?

L'expérimentation de maisons de naissance pour les femmes désirant des accouchements plus naturels révèlera dès 2011 si les peurs suscitées se justifient.
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Les revirements de situation sur le projet de loi concernant l'expérimentation des maisons de naissance en France laissent imaginer les débats engendrés par de telles structures. Initialement annulé, l'article 40 du projet de la loi de financement de la sécurité sociale pour 2011 (PLFSS 2011) a finalement été adopté par les députés ce 5 novembre 2010. Gwladys Aubert, sage-femme formée en Belgique où existent déjà des maisons de naissance, commente les éléments polémiques de cette initiative.

Les maisons de naissance

Les maisons de naissance, qui ne sont pas définies comme des établissements de santé stricto sensu selon le projet de loi de la ministre de la Santé Roselyne Bachelot, sont des structures gérées entièrement par des sages-femmes où les parturientes, suivies depuis le début de la gestation, pourront accoucher dans un contexte de "moindre médicalisation". Une petite révolution de l'obstétrique française – réputée très médicalisée – encadrée par de nombreux garde-fous.

Le texte de loi précise que les maisons de naissance ne seront accessibles que dans le cas d'accouchements "sans situation à risque". Gwladys Aubert précise cette notion un peu floue: "De telles structures ne me semblent pas adaptées pour les primipares, le premier accouchement réservant parfois de bien mauvaises surprises, dans le cas de grossesses gémellaires ou lorsque l'enfant se présente par le siège. Bref, toutes les situations comportant des signes d'appel."

Les maisons de naissance pourront également abriter les accouchements dits "physiologiques", qui permettent notamment à la parturiente de se déplacer lors du travail et de choisir la position qui lui semble la plus adaptée. Ce qui, selon la ministre de la Santé, réduira le nombre d'accouchements à domicile, ses dérives et les risques d'une délivrance hors de tout contexte médicalisé.

Garantir la sécurité de la mère et de l'enfant

Le projet de loi insiste par ailleurs sur "la sécurité de la mère et de l’enfant" et la nécessité "à proximité immédiate [d'un] plateau technique d’une maternité". Ceci afin de pallier tout problème survenant lors de l’accouchement. Comme le souligne Gwladys Aubert, "dans les maternités, la salle de césarienne est à moins de cinq minutes, idem pour le service de réanimation néo-natale". Un critère important dans les situations où le temps est compté.

La sécurité constituait le principal argument des députés de la Commission des affaires sociales qui avaient initialement écarté l’article de loi relatif aux maisons de naissance, avant de finalement l’adopter. Dans l’amendement était notamment mentionnée "l'absence de garanties de nature à préserver un haut niveau de sécurité aux soins prodigués aux parturientes et aux nourrissons".

Sur le blog du Monde.fr , Chantal Ducroux-Schouwey, présidente du Collectif interassociatif autour de la naissance (CIAN) réfute cette idée: "Dans ces maisons de naissance, il y a un matériel de premier secours […]: perfusions, réanimation d'un bébé, etc." Et si au cours du suivi de la grossesse, "il y a le moindre signe de risque ou de pathologie ou de problème, [les sages-femmes] conscientes et responsables […] feront transférer cette femme dans la structure médicalisée ordinaire".

L’importance du suivi de la grossesse

Les sages-femmes des maisons de naissance assureront le suivi de la femme enceinte dès le début de la grossesse. Gwladys Aubert souligne l’importance de cet encadrement, notamment lorsque la future maman souhaite un accouchement naturel: "Les demandes d’accouchement sans péridurale sont régulières. Mais toutes les femmes ne vont pas au bout de cette démarche."

"Il ne s’agit pas d’une décision que l’on prend à la légère, sur un coup de tête. L’accompagnement psychologique du début à la fin de la grossesse doit faire comprendre les tenants et les aboutissants d’un accouchement sans péridurale", complète la sage-femme. À l’aune des douleurs, les motivations de l’accouchement naturel deviennent parfois plus floues.

Au cours de sa formation en Belgique, où elle est aujourd'hui en poste, Gwladys Aubert a eu l'occasion de constater les très fortes réticences de certains acteurs de la santé à l'égard des maisons de naissance, qu'ils qualifient parfois de "sectes". Une accusation qui témoigne de la violence des débats autour de l'accouchement. La grossesse, les peurs et les joies qu'il suscite, sont propres à chaque femme. À elle de choisir, en toute connaissance de cause, l'accompagnement qu'elle désire.

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