E. coli O157:H7, la bactérie tueuse

En 1996, un boucher de la ville de Wishaw, en Écosse, fut à l'origine d'une contamination de plus de 500 personnes dont 20 connurent une issue fatale.
9

L'escherichia coli (ou E. coli) est une bactérie qui se trouve généralement dans l'intestin des bovins. Elle est responsable de beaucoup d'intoxications alimentaires causées notamment par de la viande hachée mal cuite (on parle parfois de «maladie du hamburger»). Récemment, on l'aurait également découverte dans certains légumes verts, tels les épinards. On lui attribue plus de 500 000 victimes par an. La plupart de ces victimes s'en sortent avec une bonne gastro-entérite, mais chez les personnes âgées et les enfants, elle peut s'avérer bien plus dangereuse.

Contamination mortelle

Le 17 novembre 1996, un repas paroissial est organisé à l'église de la ville de Wishaw, en Écosse, pour des retraités. Il leur est servi un ragoût provenant de la boucherie du même village. Rapidement, certains participants à ce repas tombent malade.

Très vite, les autorités suspectent une intoxication alimentaire et, dès le 22 novembre, des experts du département de la santé rendent une visite à la boucherie John M. Barr & son qui a fourni le repas paroissial. On avertit le boucher qu'il s'agit probablement d'une intoxication à l'E. coli, mais celui-ci continue à vendre ses produits, qui s'avéreront hautement contaminés, comme si de rien n'était.

Le 26 novembre, le plus âgé des participants au repas paroissial, Harry Shaw, 80 ans, est la première personne à mourir de la contamination.

La cellule d'investigation apprend bientôt que John Barr a livré de la viande à 214 magasins d'alimentation, mais ses clients continuent à le soutenir croyant qu'il est pris comme bouc émissaire.

Propagation à grande échelle

Après l'enterrement de la première victime, le ministère des Affaires écossaises tente de minimiser l'importance du désastre.

Pendant ce temps, les bactéries continuent de se propager et, bientôt, on recense 120 cas de personnes intoxiquées entre le Lanarkshire et Edimbourg.

Dans une maison de retraite, les pensionnaires commencent à ressentir les symptômes. Ils n'ont pourtant pas participé au repas paroissial mais ont mangé du jambon d'une grande surface dont la machine à découper a été en contact avec de la viande provenant de la même boucherie.

Fermeture de la boucherie

Le 27 novembre, John Barr, qui avait été élu meilleur boucher d'Écosse, ferme sa boutique alors qu'une vaste enquête est lancée et qu'on établit une liste de tous ses lieux de livraison.

Le même jour, deux autres retraités, Alexander Gardiner de Wishaw, 69 ans, et Marian Muir de Cleland, 79 ans, qui avaient participé au repas paroissial, décèdent également.

Une autre victime, Jessie Rogerson, est en train de décliner rapidement, mais il n'y a plus d'ambulance, et les hôpitaux sont débordés. La victime succombe au moment où la police reçoit la preuve que la bactérie tueuse vient bien de la boucherie Barr.

Grâce à l'identification de son génotype, on a pu retracer la souche. Toutes les bactéries prélevées sur les malades et dans la boucherie Barr sont de même souche.

Origine de la contamination

Bien que le personnel de la boucherie ait fait le grand ménage avant la visite des autorités sanitaires, la bactérie est retrouvée sur une machine d'emballage sous vide, sur huit échantillons de bœuf cru et un jambon cuit. Six tranches de rôti de bœuf vendues au comptoir sont fortement infectées également. La même bactérie est retrouvée sur la marmite qui avait servi à préparer le repas de la paroisse.

Pourtant, la préparation avait bouilli pendant assez longtemps pour la tuer, mais la cuisson de la viande s'était faite dans des sacs de cuisson qui, ensuite, avaient été posés à même le sol. Lorsque la femme du vicaire avait reçu la livraison, elle avait versé les aliments dans une casserole. Ceux-ci avaient été en contact avec la face externe, contaminée. Le ragoût ayant cuit plusieurs heures, la bactérie aurait dû être neutralisée, mais la sauce, mise à part dans un récipient, ne l'était pas. C'est cette sauce qui va contaminer les participants au repas. Le technicien qui l'a analysée serait sorti en courant tellement il y avait des bactéries…

Vaste campagne de sensibilisation

La Grande-Bretagne déclarera bientôt cette contamination «catastrophe nationale».

Elle organisera une grande campagne de sensibilisation et de prévention, prodiguant des conseils pour lutter contre la bactéries.

Elle formera également les bouchers spécialement à ce sujet, mais ses conseils sont également valables pour tous les particuliers.

E. coli: conseils de prévention

Lors de préparations culinaires, il est fortement recommandé de:

  • laver régulièrement ses mains, ainsi que les ustensiles, avec des agents antibactériens, particulièrement en revenant des toilettes;
  • laver les légumes et les fruits;
  • utiliser de l'eau propre et sûre;
  • ne pas utiliser les mêmes ustensiles pour découper les aliments crus et les aliments cuits;
  • conserver tous les aliments dans des boîtes hermétiques et les mettre rapidement au frigo;
  • ne jamais laisser des aliments, surtout des préparations, plus de deux heures à l'air libre et à température ambiante;
  • ne jamais décongeler les aliments à température ambiante.

Fin de la contamination

Au mois de janvier 1997, la contamination sera officiellement déclarée terminée. Le boucher John Barr, ayant commis des fautes d'hygiène impardonnables, sera poursuivi mais ne sera jamais condamné au pénal, faute de preuves.

Sur le même sujet