Iouri Gagarine, le premier homme dans l'espace

1961, la conquête de l'espace symbolise la guerre froide qui fait rage entre les Etats-Unis et l'URSS. Le 12 avril, les Russes gagnent la première manche.
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Iouri Gagarine est né à Klouchino, près de Gjats, le 9 mars 1934, dans une famille paysanne. C'est un enfant féru de lecture. En 1949, après l'école secondaire, il intègre une école de construction de machines agricoles puis l'école technique industrielle de Saratov et ensuite l'école de pilotage d'Orenbourg en 1955. En 1957, il devient pilote de chasse à bord d'un Mig-15. Après ce diplôme, il est assigné à la base aérienne de Luostari, près de la frontière norvégienne.

Choisi parmi 200 pilotes

Il est choisi, avec 19 camarades, parmi 200 pilotes, pour devenir "cosmonaute", l'équivalent russe d'astronaute. Après un entraînement physique intensif, il sont trois sur la liste de la course à l'espace. Ses compagnons Titov et Nelioubov sont plus rebelles que lui. Mais surtout, Gagarine mesure environ 1 mètre 58, ce qui représente un grand avantage pour entrer dans le petit cockpit du Vostok.

L'annonce officielle

Le 12 avril 1961, à la stupéfaction du monde entier, les stations de télévision et les journaux annoncent: "Gagarine, le premier homme de l'espace". Personne n'avait été invité au lancement et aucune télévision n'a retransmis l'événement en direct.

Déroulement du vol

En grand secret, ce même jour, le vol spatial avait été lancé (soi-disant) du cosmodrome de Baïkonour (Kazakhstan) à 9h07 (heure de Moscou), dans la capsule Vostok 3KA-2 (Vostok 1), qui avait effectué une rotation de 108 minutes (1h48) autour de la Terre, à une moyenne de 250 kilomètres d'altitude, survolant l'URSS, le Pacifique puis l'Amérique du Sud, l'Atlantique et l'Afrique.

Découverte de l'apesanteur

Durant son vol, Gagarine, faisant l'expérience de l'apesanteur, devait répondre à des questions et accomplir certaines tâches. Il note ses impressions sur un carnet, qui flotte quand il le lâche, et boit de l'eau qu'il aspire dans un tube. Il est filmé par une caméra embarquée, dans une cabine de 2m03 de diamètre. Son cœur et sa respiration présentent des paramètres parfaits. Gagarine déclarera pendant son vol: "L'apesanteur n'est pas déplaisante. Je me sens très bien. Tous les instruments et tous les systèmes fonctionnent bien."

Rentrée difficile

Le début de la rentrée atmosphérique a failli tourner au drame (que le monde aurait ignoré, sans doute, s'il avait eu une issue fatale). L'atterrissage devait se faire sur la terre (contrairement aux futurs astronautes), à l'aide de parachute pour la capsule mais beaucoup trop brutal pour un homme qui doit s'éjecter à 7 km. Le module de service ne parvient pas à se séparer du module de rentrée comme prévu et Gagarine est secoué dans tous les sens. Finalement la séparation intervient et, en application d'une procédure commune à tous les vaisseaux Vostok, il réussit à s'éjecter de sa capsule et effectue le reste de sa descente en parachute. Il se pose vers 10 h 55 (heure de Moscou) près de Saratov (ville sur la Volga à environ 700 km au sud-est de Moscou).

Héros mondial

Gagarine va devenir un héros international. Il va voyager dans le monde et être reçu par de nombreux chefs d'Etat. Cependant, toutes les questions posées recevront une réponse évasive car il ne doit rien révéler sur le programme spatial soviétique. Une bonne partie des informations données seront d'ailleurs fabriquées de toute pièce ainsi l'URSS a caché l'endroit exact de la bande de lancement, en fait à 360 km de Baïkonour, le nom des autres cosmonautes, mais surtout le déroulement du retour sur terre, cachant l'éjection du pilote et le parachute. Ce ne sera qu'en 1990, à la libéralisation du régime russe, que les archives seront ouvertes.

Grades et Distinctions

À la suite de son vol spatial, le lieutenant Gagarine sera promu au grade de major, recevant également le titre "Héros de l'Union soviétique" et la médaille de "l'ordre de Lénine" qui constituent les plus hautes distinctions de l'Union Soviétique. Il est nommé membre d'honneur de l'Académie internationale d'astronautique (1966).

Son nom a été donné à un cratère lunaire, un astéroïde (n°1772), une place de Moscou et au plus grand musée de l'aéronautique et de l'espace de Russie, ainsi qu'à sa ville natale.

Décès à 34 ans

Il ne retournera jamais dans l'espace et deviendra instructeur de vol avant de mourir le 27 mars 1968, à 34 ans, lors d'un vol d'essai, avec un autre "Héros de l'Union Soviétique", Vladimir Sériogine, pilote de chasse et héros de la guerre. Les circonstances de l'accident ont, elles-aussi, été enjolivées et cachées par les autorités. Il serait dû à une erreur de pilotage mais aucun système d'éjection n'avait été prévu.

Depuis leur décès, les autorités soviétiques ont d'ailleurs changé leur façon de procéder, prenant des mesures bien plus importantes pour la sécurité des hommes qu'auparavant.

Mais la course à l'espace et à la Lune ne faisait que commencer.

Sources : "La Conquète de la Lune", Jacqueline Mitton, édition Gallimard

Youri_ Gagarine

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