"Dernier coup de ciseaux" : la pièce qui décoiffe le théâtre.

Cette adaptation française d'un concept qui cartonne aux USA depuis 30 ans, "Dernier coup de ciseaux" donne un coup de jeune au genre.

Après le "Tour du monde en 80 jours " et " Mission Florimont", deux pépites de l'humour sur la planète théâtre, Sébastien Azzopardi et Sacha Danino récidivent. Ils ont choisi d'adapter en France, et c'est une première, une comédie policière interactive qui bat des records de longévité aux Etats Unis : 30 ans de succès et une entrée au Guinness Book...qui dit mieux.

Chaque soir, un meurtre dans un salon de coiffure au style détonant. Plusieurs suspects aussi ordinaires que louches, un flic décoiffant et un adjoint décoiffé... et...des centaines de témoins puisque le public est en somme partie prenante de ce huis clos coloré. Au final, trois dénouements envisageables. Le public est en somme le héros de la pièce.

Le public est le héros de la pièce

Rien n'est tout à fait ordinaire dans ce spectacle. Quand vous entrez dans la salle, pas de grand rideau rouge qui habille la scène. Là, le décor vous saute aux yeux, le rideau n'existe pas, vous êtes tout de suite dans le lieu : le salon de coiffure style année 80. Puis au fur et à mesure, les comédiens peuplent le salon où la musique eighties souffle un vent vintage. Danse, couleurs, rythme, le spectateur est vite dans l'ambiance de ce salon comme les autres mais pourtant peu commun!

Habillés dans la veine de ces extravagances ou de son classicisme, chaque comédien trouve sa place dans ce décor acidulé à souhait. Les répliques fusent à bon escient sans jamais devenir lourdes, les comédiens partagent leur prénom avec leur personnage, les ciseaux s'aiguisent dans la bonne humeur d'un salon de coiffure où la musique décoiffe et les shampooings moussent.

Le sens du détail, version "Les Experts"

Vient le meurtre. C'est là que l'inspecteur entre en scène et prend la salle à témoins. C'est le moment où la pièce bascule de pièce à spectacle interactif. Fraîcheur des dialogues, spontanéité du public, improvisation travaillée des comédiens, chacun reste concentré sur son rôle et rien ne les perturbe...pas même les questions alambiquées de spectateurs particulièrement attentifs avec un sens du détail taillé version "Les experts Las Vegas".

Le public se sent ainsi investi d'une mission : démasquer le coupable.

Impossible de vous raconter la suite, ou la fin, d'ailleurs elle n'est jamais la même. C'est aussi là, la particularité de ce spectacle réussi tant grâce à l'écriture légère et vive des compères Azzopardi-Danino qu'au décor kitsch et savoureux. Tous les comédiens, drôles et dynamiques insufflent une telle énergie qu'on ne peut que les suivre et donnent à ce spectacle un rythme et un humour rafraîchissant. Palme particulière pour Romain Canard et son short jaune, à Réjane Lefoul pour son décolletée plongeant inoubliable pour bon nombre, à Yan Mercoeur pour son impayable flegme britannique et à Olivier Soliveres pour sa promptitude à relever tous les défis du public.

Dans ce salon, le spectateur se lave la tête de tout ce qui se passe au dehors et sort convaincu par la culpabilité de la troupe dans le crime de nous faire rire. Et là ils plaident tous coupables.

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