La construction de la Paix (et son échec) à l'heure apolaire.

La démonstration structurelle de l'échec des Processus de Paix des Nations Unies, au niveau étatique, juridique et socio-économique.

Après les deux conflits majeurs du XXème siècle, la sensibilisation populaire et politique pour restreindre l'usage de la force dans le monde est devenue de plus en plus importante. Face à la pression croissante des opinions publiques, les autorités politiques mettent en place des structures pour empêcher que de telles violences se reproduisent.

Ainsi, les États fondateurs de l'Organisation des Nations Unies en 1945 s'accordent pour que celle-ci oeuvre pour " préserver les générations futures du fléau de la guerre qui deux fois en l'espace d'une vie humaine a infligé à l'humanité d'indicibles souffrances" (Conférence de San Francisco, Unesco.org, "Charte des Nations Unies" consulté le 29 mars 2011). La Conférence de San Francisco confère à cette organisation l'ensemble de l'éventail d'actions nécessaires à la préservation de la paix à travers une logique globale de paix multidimensionnelle. Il apparaît notamment dans le préambule que les Nations Unies vont "favoriser le progrès social et instaurer de meilleures conditions de vie dans une liberté plus grande". Dès lors, la prise en considération des conditions économiques, sociales et culturelles nécessaires à la paix permet le développement d'un domaine d'études et de recherches concernant la prévention et le règlement des conflits. Le concept de "paix positive" est un des fruits de cette réflexion fondée sur l'interdépendance des facteurs constitutifs de la paix développée à la fin des années 60.

Les fruits de ces différentes recherches aboutissent au développement d'une doctrine des opérations de paix et notamment de Consolidation de la Paix ( Peacebuilding). Pour stabiliser les pays en situation post-conflictuelle, les autorités onusiennes suivent deux processus distincts mais complémentaires afin d'apporter la paix.

Selon Roland Paris, "Malgré les différences (des environnements), et bien qu'il n'existe pas d'agence centrale de coordination du travail de consolidation de la paix, on constate une nette convergence des stratégies, lesquelles s'articulent autour du développement accéléré de la démocratie et de l'économie de marché". Avec ce constat, Roland Paris nous montre à quel point l'idée de "paix démocratique" constitue un concept largement partagé par les acteurs des Opérations de Consolidation de la Paix. Ce concept issu de l'école libérale qui s'articule autour de l'idée que "les démocraties ne se combattent pas (...) (et que) plus la démocratie est institutionnalisée, plus grandes sont les chances de résoudre les différends par la voie du compromis et de la négociation" doit être néanmoins relativisé. En effet, comme le souligne Arnaud Blin, "les démocraties ont autant de chance d'entrer en conflit avec des pays non démocratiques que n'importe que type de pays" et il est périlleux de penser que la mise en place d'institutions démocratiques constitue la solution à tout type de violences armées.

Dans les opérations de Consolidation de la Paix contemporaines, une deuxième notion vient se greffer à la volonté d'institutionnalisation démocratique afin de garantir la paix. Cette idée, selon laquelle "des nations commerçant entre elles ne se risqueraient pas à perdre leurs bénéfices économiques dans une nouvelle guerre coûteuse" est elle aussi issue de l'école libérale. Il en ressort une volonté de la part des acteurs des Opérations de Paix à vouloir mettre en place rapidement un État adhérant aux préceptes de l'économie libérale.

Ainsi, pour résumer, de nos jours, les Opérations de Paix, ont pour vision globale que la mise en place d'institutions démocratiques (libéralisme politique) et d'un système d'économie libérale (libéralisme économique) seront les déterminants majeurs de l'établissement de la paix à long terme. La porte du concept anglo-saxon de "constitutionnalisme libéral", c'est à dire "la démocratie et le marché" doit tout de même être relativisée.

Il convient donc de s'interroger dans quelle mesure l'essence antinomique de la notion anglo-saxonne du constitutionnalisme libéral lors des opérations de consolidation de la paix suite à un conflit est à l'origine des échecs récurrents de ces missions?

Reconstruire la paix est synonyme pour la communauté internationale de développement d'un système politique capable d'apporter une stabilité. En raison d'un cruel manque de crédibilité et de légitimité, ces institutions politiques sont considérées le plus souvent comme un instrument oppressif d'un groupe.

Face à l'échec assurément rencontré dans l'extension des prérogatives étatiques dans l'ensemble d'un pays sortant de plusieurs années de conflit, les autorités internationales vont alors s'efforcer de mettre en place un instrument judiciaire. Mais l'institutionnalisation judiciaire se construisant autour des institutions politiques, elle est dépendante de ces dernières. Par un effet domino, ces institutions sont elles aussi, discréditées.

La libéralisation politique étant un échec pour la construction de la paix dans ces pays, la communauté internationale se décide ensuite à se concentrer sur le développement socio-économique (libéralisation économique). Mais, le développement économique, synonyme d'inégalités, mais aussi de frustrations peut dans certaines sociétés favoriser l'émergence de tensions fortes. Enfin, le développement de politiques plus sociales notamment dans le secteur de l'éducation et de la santé font face à la défiance accrue rencontrées par la communauté internationale de la part des peuples et n'a donc que des effets très limités.

Dès lors, le concept de constitutionnalisme libéral suivit dans les processus de consolidation de la paix fait de l'institutionnalisation politique et de l'émergence d'un secteur socio-économique efficace, des priorités. En effet, la libéralisation politique et économique d'une société doit favoriser la stabilité, base à partir de laquelle la paix peut se développer. Mettre en oeuvre de telles réformes fait apparaître la contradiction intrinsèque de ce concept qui en fait un instrument séduisant mais inefficace pour la reconstruction d'une société sortant de plusieurs décennies de conflit. Alexis de Tocqueville met bien en évidence que l'égalité constitue l'idéal des société démocratiques. L'égalité entre les individus doit donc constituer l'aboutissement de la première étape de Consolidation de la Paix après la mise en place d'institutions démocratiques. Toutefois, le concept de constitutionnalisme libéral ajoute que la libéralisation politique doit être suivie d'une libéralisation (socio)-économique. Le libéralisme économique est inévitablement à l'origine d'inégalités favorisant, selon les libéraux, l'initiative individuelle. D'un côté, l'on garantit à la population une égalité de droit et de l'autre on la prive d'un égalité de conditions. Dans les sociétés occidentales, cet équilibre est le fruit dévolutions historiques longues liées notamment à des facteurs religieux importants. Ainsi, le protestantisme favorise l'individualisme et la réussite sociale tout en conservant un idéal d'égalité. Mais, dans des sociétés qui ne connaissent pas de telles évolutions, la mise en place d'institutions qui favorisent l'émancipation économique tout en prônant un idéal d'égalité sociale peut accroître les tensions. Comme le dit très bien Arthur OKUN, il y a donc "deux poids, deux mesures, (...) dans une démocratie capitaliste qui prétend à un système politico-social égalitaire et qui, en même temps, creuse des disparités choquantes sur le plan du bien être économique. Ce mélange d'égalité et d'inégalité frise parfois l'incohérence, voir même l'hypocrisie".

Dès lors, ayant démontré les faiblesses du modèle de reconstruction de la paix fondé sur le constitutionnalisme libéral, il faut admettre une fois pour toute comme l'affirme Huntington que "le modèle de développement anglo-saxon, considéré ces quarante dernières années comme le meilleur moyen de moderniser l'économie des pays en voie de développement et de construire un système politique viable, ne marche pas".

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