Album sur écoute : « Born To Die » de Lana Del Rey

Artiste portée aux nues puis lynchée, Lana Del Rey émerveille et dérange. Décryptage de son album « Born To Die » et de son prisme étonnant d'influences.

Adulée par les découvreurs de talent et les connaisseurs de pop indépendante en 2011, puis révélée au grand public en l'espace de quelques semaines, Lana Del Rey est le phénomène pop du début d'année 2012. Son brin de voix puisant dans les graves, ses airs de poupée sur papier glacé et son attitude un brin provocante ont enflammé la sphère musicale. A peine quelques titres avaient été révélés au grand jour jusqu'au 30 janvier, on attendait son album Born To Die pour achever de cerner le personnage à travers les paroles de ses titres et son style musical.

Le style Lana Del Rey

L'album Born To Die serait le second de Lana Del Rey, et l'autopsie de l'opus n'est pas simple. En quinze chansons édulcorées d'une pop à tempo lent, l'album recèle de petites pépites et prouve les ressources encore cachées de l'artiste. Lana Del Rey impose un style qui n'appartient qu'à elle.

Et surprend, là où certains médias l'attendaient peu jusque là. Sur des airs laconiques et quelque peu pesants, Lana Del Rey rappe finalement aussi bien qu'elle chante, le plaisant Off To The Races en tête. L'artiste y narre l'histoire d'une jeune fille entretenue pour l'argent par un vieil homme. Lana Del Rey déraille sur certains couplets... mais ne fait jamais fausse route. Elle surprend et a de quoi suspendre l'attention un long moment avec plusieurs airs qui auront certainement droit à leur jour de gloire sur les ondes radios : Born To Die , National Anthem , Dark Paradise . Les paroles prennent à chaque fois des airs de cinéma et Lana joue tour à tour les femmes fatales et sensibles. La fin de l'album est, curieusement, plus enjouée et plus pop, ce qui n'est pas pour déplaire ( This is what makes us girls , Without you ).

L'opus affiche une ligne directrice digne des titres qui l'ont fait connaître, où l'artiste s'est néanmoins amusée à distiller des influences hip-hop et pop dignes de Feist ou Kanye West. Le titre Million Dollar Man semble même puiser dans les influences les plus classiques de Lana Del Rey, qui se surnomme elle-même « Gangsta Nancy Sinatra ». Un mélange des genres qui étonne et lui façonne un style.

Artiste indépendante ou diamant de marketing ?

A la sortie de l'album de Lana Del Rey, bercé par une pop météorisée d'influences diverses, on reste plus sceptique que jamais sur le caractère indépendant de l'artiste. Si Lana Del Rey a été découverte par les dénicheurs de talents les plus pointus de la blogosphère musicale, ces même personnes sont aujourd'hui déçues par le tournant international qu'a pris sa carrière. Artiste au style indépendant, forgée dans un écrin musical qui n'appartient à personne d'autre, l'artiste assure une promotion mondiale de Born To Die. L'opus a été propulsé dès sa sortie en tête des ventes digitales dans 14 pays du monde. Lorsqu'on l'écoute, on comprend mieux l'écho énorme rencontré par le succès de l'artiste. Lana Del Rey renouvelle tout en douceur une pop mondiale survitaminée, elle est à même de plaire à tous les publics.

Artiste de pop indépendante, Lana Del Rey ne l'est plus, tout simplement parce qu'elle s'expose et que ses titres sont amenés à être écoutés par le plus grand nombre. A l'écoute, l'album Born To Die indique qu'on peut être un diamant brut, tout autant en matière de musique que de marketing. Les journalistes et les maisons de disques, tour à tour sceptiques et dithyrambiques , ne restent jamais de marbre sur le phénomène musical du début d'année. Et l'agacement des premiers fans de Lana Del Rey tient probablement de l'exposition sous les projecteurs d'une artiste de pop indépendante (a priori) qu'ils auraient voulu garder pour eux.

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