Tara Océans, le tour du monde de la vie marine

L'épopée scientifique Tara Océans améliore les connaissances des chercheurs sur les écosystèmes marins et leurs incidences sur l'évolution des climats.
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Tara à la découverte du plancton

Là est une aventure épique et mémorable pour tous les chercheurs sur le réchauffement climatique. Partie de Lorient pour un long voyage, la goélette Tara vogue pour près de trois ans sur toutes les mers du monde. Un équipage d'une dizaine de scientifiques de disciplines diverses, embarqués à bord, accompagnés par moments d'artistes et de journalistes invités, recherche des preuves tangibles de l'impact du réchauffement sur les écosystèmes aquatiques. Tara Océans est le deuxième volet d'un programme entamé en 2004, émergé tout d'abord sous l'appellation Tara Arctique. L'expédition s'était développée sous l'égide du Programme des Nations Unies pour l'environnement, plusieurs années d'une aventure à la découverte de la fonte des glaciers – c'est notamment grâce à Tara Arctique qu'avait pu être révélée la présence de plastique au pôle sud – avant de partir pour les mers plus chaudes avec Tara Océans. 7ème expédition de la goélette, elle n'en demeure pas moins spectaculaire par les moyens mis en œuvre et l'éventail incroyable de découvertes qu'elle soulève.

Plusieurs millions de gênes et d'organismes marins insoupçonnés

Le plancton, c'est l'objet majeur de l'expédition. Cet organisme vivant n'est qu'un élément minuscule de l'écosystème global, concède le programme , mais demeure porteur d'une biodiversité et d'une complexité insoupçonnable à l'œil nu. Tara Océans participe de l'émergence d'une connaissance accrue sur le plancton et les organismes marins qui y résident, pas seulement des poissons et des micro-organismes vivants, mais aussi des bactéries ou des virus marins ! A ce jour, Tara a répertorié et été à la rencontre de nombreuses espèces et gênes dont on soupçonnait à peine l'existence. L'équipe d'une quinzaine de chercheurs embarqués, et d'une centaine de scientifiques en tout, estime que Tara est une réussite, car elle a permis de mettre en lumière une faune marine jusque là assez obscure. Comme le précise, à travers les carnets de bord de Tara, la journaliste et navigatrice Catherine Chabaud, qui est montée à bord à plusieurs reprises, et notamment sur le voyage Savannah-New York, les nouvelles espèces découvertes offrent un horizon de recherche aux possibilités ïnouies : « Avec Tara Oceans, les stars ont pour noms virus, bactéries, diatomées, copépodes… Elles font l’objet de toutes les attentions, alimentent toutes les conversations. Un écran les passe en boucle sur une cloison du carré, où ces « poussières de mer », invisibles pour la plupart à l’œil nu, affichent leurs formes si originales et belles. ». Aujourd'hui, 60 à 80 % des organismes marins vivants seraient encore méconnus des chercheurs. 85 % des espèces trouvées n'étaient pas encore étudiées par les scientifiques associés à Tara en novembre 2011, prouvant toute l'immensité du chemin à parcourir pour mieux appréhender l'océan. Parmi les êtres vivants trouvés, on retrouve les protistes, peuplade jusque là inconnue des océans. Ceux-ci présentent la particularité de n'être composés que d'une cellule parfaitement autonome, capable tour à tour de manger, de se reproduire, ou encore de se prémunir des risques alentour. Plusieurs autres organismes pourraient par ailleurs être utilisés par certaines sciences pointues et notamment en médecine. Tara Océans a le mérite de rassembler les chercheurs d'horizons différents et participe par là même à la confrontation de leurs connaissances... comme à leur partage à la communauté scientifique et au grand public. D'escale en escale, Tara vogue de découvertes en découvertes...

Sarannah River – NYC : d'une escale à une autre, sur les traces du Gulf Stream

Dernière grande escale avant le retour en Bretagne, New York City ! Embarqué dès le 26 janvier 2012 pour faire escale à Big Apple 10 jours plus tard, Tara Océans part prélever des échantillons marins tout au long du Gulf Stream. La goélette se laisse porter au gré de ce courant puissant, 3000 fois équivalent à celui du fleuve Amazone. Au moins deux stations -les 144ème et 145ème de Tara Océans !- sont réalisées à deux ou trois jours d'intervalle. Le Gulf Stream est un courant atmosphérique et les scientifiques cherchent à mieux connaître les éléments vivants qui y résident, un cas particulièrement intéressant pour étudier les interactions entre les espèces et le milieu, leurs migrations éventuelles au gré du courant également. Tara Océans est une expédition prolifique pour les chercheurs du monde entier, tant on sait que les océans régulent les mouvements atmosphériques autour du monde et les écosystèmes sont fragiles aux bouleversements : la vie sous-marine pourrait nous en apprendre largement sur nos climats et leur évolution. A l'heure de publier cet article, Tara et tout son équipage devraient arriver très prochainement à NYC. La goélette rentre au port de Lorient le 31 mars 2012 et on l'attend déjà pour une foule d'animations en Bretagne. On attend déjà les expéditions suivantes !

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