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DANIEL HUBINON

Publié dans : Les articles Histoire de Daniel Hubinon

La prostitution au moyen-âge

Etonnante époque ou l'église et pouvoirs publics réglementent le plus vieux métier du monde avec tolérance et modernité

Repères historiques

Les historiens situent son apparition au paléolithique, des hommes offraient le produit de leur chasse aux femmes en échange de faveurs sexuelles.

De nombreux textes rendent compte de la présence en Israël d’esclaves, vendues par leurs maîtres à des proxénètes, qui font commerce de leur corps.

La prostituée est mentionnée dans la bible (Genèse 38,15), même Jésus la traite avec bienveillance; "coupable d’une grave faute morale elle peut être sauvée par la foi".

http://www.info-bible.org/lsg/INDEX.html

http://www.questionsenpartage.com/osée-le-fidèle-prophète-du-viiie-s

http://www.lemondedesreligions.fr/dossiers/sexe-religion/quand-la-prostitution-etait-sacree-01-07-2009-1870_181.php

La prostitution existait sur les rives du Nil, la rareté des sources ne permet pas d’apprécier l’ampleur du phénomène et les contextes de sa pratique.

Dans la Grèce antique elles sont issues de l’ esclavage, femmes sans familles ni ressources, les hétaïres (prostituées de haut rang), sont libres et affranchies.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Prostitution_en_Grèce_antique

A Romeon trouve des filles en maisons (signalées par des bougies allumées) en auberges, à leur domicile privé; le client se sert d’un jeton (spintria) pour payer la prestation.

Quand l'adultère était puni de mort des coupables de la belle société s’inscrivaient comme prostituées pour échapper à la condamnation.

http://www.histoire-des-femmes.com/article-a-venir-vendredi-50703026.html

Au moyen âge en France chrétienne

L’ activité est surtout présente en ville suite à la concentration de la population et les nombreuses activités qui engendrent une importante circulation des personnes; marchands, étudiants, artistes, artisans, brigands.

Des restrictions sont imposées à la liberté des femmes, leurs déplacements et fréquentations, ainsi que les jours et heures. Elles ne peuvent pas recevoir les hommes mariés, les prêtres, les Juifs.

Elles doivent porter des vêtements qui les distinguent des autres femmes, parfois par le port d’une ceinture dorée.

A Paris la prostitution doit se tenir en bordure de la cité, (d’où les mots bordes, bordières, bordel), aux endroits aux noms évocateurs comme les rues; du Poil-au-con, Tire-Vit, Tire-Boudin, Gratte-Cul, Trace-Putain, Baille-Hoë, Pute-y-musse.

"Dans l’esprit de l’époque, les prostituées sont des marginales intégrées dans la société où elles tiennent un rôle nécessaire".

Les femmes se prostituent quand elles sont sans ressources, migrantes du milieu rural, filles exclues du mariage après un viol, servantes chassées, veuves abandonnées.

La croissance des villes entraîne au XIIe siècle un essor tolérée par l'Église suite à l’apparition du bordel municipal, créé par les autorités, ou les jeunes hommes abordent l’apprentissage d'une sexualité conforme à la morale chrétienne ...

"Au XIIe, le droit civil et canon cherche comment définir les prostituées, les théologiens vont s’interroger sur le nombre d’amant à partir duquel on peut qualifier une femme de prostituée : soixante ? quarante ? cinq ?".

Au delà de ces élucubrations on se soucie des droits de la prostituée,des bulles pontificales recommandent par charité le mariage avec celles qui renoncent à leur dissolution, c’est un acte pieux encouragé et le culte rendu à sainte Marie-Madeleine va accentuer l’attention portée aux filles publiques.

http://www.marie-madeleine.sainte-baume.org/

La position des autorités

Jusqu’au XIVe siècle, la tolérance reste la règle la chose est un moindre mal à coté de l'inceste, la sodomie, la bestialité et les pratiques sexuelles sans but de procréation, ... l’acte avec une prostituée est admis quand il s'agit de célibataires ou d’hommes en manque de femmes.

Au XIIIe siècle elles peuvent être inhumées dans un cimetière chrétien, un droit supprimé en 1570 par Pie V.

On n’a peu d’informations sur leur nombre avant le XVe siècle; les estimations sont d’une centaine à Lyon, Dijon, Strasbourg, Paris aurait compte plusieurs centaines de filles répertoriées.

Le bordel public

L'établissement est tenu un(e) tenancier(ière) la part des recettes perçue par la ville est destiné à l'entretien de la maison à des donations pieuses.

Le tenancier est libre de son bénéfice s’il respecte les règles, et Il n’existe aucun "milieu" lié comme celui qui sévira au XIXe siècle.

Les filles sont libres du "tarif client", dans lequel elles incluent leurs frais de gîte et de couvert.

L'historienne Beate Schuster note qu'une fille doit faire au moins trois clients par jour pour payer ses frais, en estimant qu'elle ne travaille que 20 jours par mois.

Pendant les croisades des prostituées suivent les troupes, lors de la huitième les livres de comptes font état du salaire payé aux filles engagées pour encourager les soldats à la guerre sainte.

Le rôle de l’église

En 1360, un bordel en Avignon organise le contrôle des filles par un médecin et une abbesse, initiative avant-gardiste pour l’époque ...

Des moines ont même organisé des collectes de fond pour ouvrir une maison, par "oeuvre sainte, pie et méritoire", en 1510, le pape Jules II fait construire un bordel strictement réservé aux chrétiens.

La prostitution hospitalière était fréquente chez les nobles dont les soubrettes, tenues en servage, agrémentaient les soirées des invités.

Dans certains monastères, des bons pères réquisitionnent régulièrement les paysannes des alentours qu’ils encouragent à ne rien divulguer sous peine des foudres divines.

Des supérieures de couvents invitent leurs nonnes à contribuer à récolter, au nom de leur divin époux (auquel elles livré leur corps vertueux), de substantiels compléments à la dîme.

Tous les niveaux des autorités civiles et religieuses comptabilisent les revenus des bordels au même titre que les officiels, les taxes et les dons.

A Paris, l’église "exploitait" plusieurs bordeaux et dans la cité des papes on ironisait;

"On ne peut traverser le pont d’Avignon sans rencontrer deux moines, deux ânes et deux putains."

Conclusion

Blanche la Savetière, Guillemette la Tapissière, Jeanneton la Chaperonnière, la Belle Heaumière, : ces filles dont François Villon chante le souvenir ne sont-elles pas que la description poétique d'un commerce qui obéissait au XVe siècle aux mêmes lois que de nos jours: la misère, l' exploitation de la femme, et l’opportunité, pour certaines d’entre elles (les "call-girls" d’avant la lettre) à se faire une place au soleil?

La tolérance médiévale va disparaître au XVIe siècle, en Europe le pouvoir civil ordonne la fermeture des bordels et l’autorité religieuse enferme la sexualité dans le contexte conjugal.

Un concile va imposes la chasteté avant le mariage, condamner le plaisir sexuel et les positions inadaptées à la procréation.

La prostitution est totalement dénigrée, bannie mais les pratiques dites illégales ne disparaissent pas malgré les interdits, à l’abri des regards elle se perpétue à l’ombre des religieux et de la noblesse.

La cathédrale de Chartres possède un vitrail (la Parabole du Fils prodigue) offert par les prostituées, comme d’autres dons fait par les corporations ayant pignon sur rue.

À propos de l'auteur

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DANIEL HUBINON

De formation scientifique (physico-chimie) mon expérience professionnelle est
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